L’UE proche d’une décision pour plafonner les prix du pétrole russe

Bruxelles, 1 déc 2022 (AFP) – Les 27 pays de l’UE étaient proches de finaliser un accord jeudi soir pour imposer un plafond de 60 dollars par baril aux prix du pétrole russe vendu à des Etats tiers, en complément de leur embargo qui entre en vigueur lundi, selon des sources diplomatiques.

Le mécanisme prévoit d’interdire les services de transport maritime (fret, assurance…) pour le pétrole russe au delà du plafond, afin de limiter les recettes tirées par Moscou de ses livraisons aux pays qui n’imposent pas d’embargo, comme la Chine ou l’Inde.

Il s’agit de réduire les ressources qui permettent à la Russie de financer la guerre en Ukraine.

La Commission européenne a proposé un plafond de base de 60 dollars, assorti d’une limite à 5% en dessous des cours du marché, si ces derniers devaient tomber sous ce seuil, selon les sources diplomatiques concordantes.

La proposition faisait largement consensus parmi les Etats membres et il ne manquait plus qu’un feu vert de Varsovie en fin d’après-midi pour approuver le mécanisme, ont-elles précisé.

L’UE a déjà décidé d’interdire aux Vingt-Sept l’achat de pétrole russe par voie maritime à partir du 5 décembre. Cet embargo sur le pétrole par voie maritime supprimera les deux tiers des achats européens de pétrole russe.

L’Allemagne et la Pologne ayant décidé de leur propre chef d’arrêter leurs livraisons via un oléoduc d’ici la fin de l’année, les importations russes seront touchées à plus de 90%, affirment les Européens.

La Russie a tiré 67 milliards d’euros de ses ventes de pétrole à l’UE depuis le début de la guerre en Ukraine alors que son budget militaire annuel s’élève à environ 60 milliards par an, souligne Phuc-Vinh Nguyen, expert des questions énergétiques à l’Institut Jacques Delors.

Le mécanisme de plafond en voie de finalisation jeudi soir doit renforcer l’efficacité de cet embargo. En effet, les tankers transportant du pétrole russe vers les pays tiers ne pourront plus être financés ni assurés d’ici six mois par les opérateurs européens, afin d’entraver une réoriention des exportations de Moscou.

Outre l’UE, la coalition des Etats souhaitant imposer un plafonnement du prix du pétrole russe, inclut l’Australie et tous les pays du G7, dont les Etats-Unis.

Or, à l’heure actuelle, les pays du G7 fournissent les prestations d’assurance pour 90% des cargaisons mondiales. L’UE est par ailleurs un acteur majeur du fret maritime.

La Russie est le deuxième exportateur mondial de brut et, sans ce plafond, il serait très simple de livrer à de nouveaux acheteurs aux prix du marché.

Le cours du pétrole russe (brut de l’Oural) évoluait jeudi soir autour de 66 dollars le baril, soit à peine plus que le plafond européen, d’où un effet attendu très limité dans l’immédiat.

La Pologne et les Pays Baltes militaient pour un plafond très inférieur à 60 dollars, estimant qu’à ce prix il n’avait quasiment aucun effet sur le marché en dehors d’une portée symbolique et politique.

Le prix doit en tout cas rester supérieur aux prix de production, pour inciter la Russie à continuer à vendre, et ne pas couper les vannes.

Certains experts craignent une destabilisation du marché mondial du pétrole et s’interrogent sur la réaction des pays de l’Opep, qui doivent se réunir dimanche à Vienne.

Le Kremlin a prévenu que la Russie ne livrerait plus de pétrole aux pays qui adopteraient ce plafonnement.

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