Mayotte: le gouvernement s’apprête à faire des annonces pour le développement

Alors que son dernier déplacement en mars dernier sur l’île avait été l’objet de manifestations et d’un accueil houleux de la part d’une population très remontée contre le gouvernement à cause de l’immigration massive venue des Comores, la ministre a été accueillie dimanche dans une ambiance beaucoup plus chaleureuse.

L’intersyndicale et le collectif de citoyens à l’origine du mouvement social qui a paralysé l’île en mars et avril dernier, n’ont pas prévu de manifestation. Ils doivent être reçus mardi matin par la ministre, juste avant que celle-ci ne dévoile un plan de développement pour Mayotte, en réponse à la demande de la population d’un rattrapage avec la métropole.

“Je viens avec une réponse sur les questions plus sociales et économiques, parler logements, aménagement du territoire, éducation, santé”, avait précisé la ministre avant son arrivée.

Certaines de ces mesures ont déjà été annoncées par Edouard Philippe mi-avril, lors d’une réunion à Matignon avec des élus mahorais.

Mme Girardin devrait notamment revenir sur la création d’une Agence régionale de santé et d’un rectorat “de plein exercice”, l’accélération des constructions de classes pour répondre au manque d’infrastructures scolaires, l’exonération de ticket modérateur (le reste à charge) pour les “affiliés sociaux” ou encore des moyens supplémentaires pour le centre hospitalier de Mamoudzou.

Lundi, elle s’est rendue sur le terrain, notamment pour constater à Chirongui (sud) le dispositif de sécurisation des écoles et des transports scolaires mis en place après les violents incidents qui ont eu lieu aux abords des établissements scolaires et dans les transports en début d’année et qui sont à l’origine du mouvement de contestation populaire qui a paralysé l’île.

Cette crise sociale majeure n’est pas encore complètement terminée, malgré la levée totale des barrages début avril. La population continue de dénoncer une immigration clandestine massive venue des Comores voisines, source selon elle de l’insécurité de l’île.

-“Guerre civile en marche”-

Une crise ravivée par le conflit diplomatique avec les Comores voisines. Alors que les autorités françaises avaient, pour apaiser les Mahorais, multiplié début avril les expulsions de Comoriens sans papiers, Moroni, qui revendique toujours la souveraineté sur Mayotte, a refusé de laisser revenir sur son territoire ses citoyens refoulés.

Début mai, la France a suspendu la délivrance de visas aux ressortissants comoriens.

La ministre a appelé dimanche à la patience, reconnaissant que le temps des échanges diplomatiques en cas de crise était “toujours trop long”.

Elle a dû également démentir une nouvelle fois tout projet de “Communauté de l’archipel des Comores”.

Ce projet prêté aux gouvernements français et comorien, qui inclurait Mayotte et les trois îles comoriennes (La Grande Comore, Anjouan et Mohéli), inquiète depuis plusieurs jours population et élus mahorais. Une manifestation contre ce projet a rassemblé plus d’un millier de personnes jeudi à Mamoudzou. Une banderole avertissait notamment d’une “guerre civile en marche à Mayotte”.

“Combien de fois faudra-t-il le dire ? Mayotte est Français et restera Français (…) tant que les élus de ce territoire le souhaitent”, a assuré la ministre.

Mais les Mahorais ne décolèrent pas. Depuis plusieurs semaines, certains n’hésitent plus à chasser eux-mêmes les clandestins, lors d’opérations de “décasages” (expulsions) plus ou moins violentes.

De nouvelles opérations ont d’ailleurs eu lieu dimanche, à Mtsamoudou (sud). Plusieurs dizaines de personnes, accusées d’être en situation illégale, ont été délogées et leurs habitations détruites par des habitants.