Mayotte: les barrages se poursuivent, une réunion avec l’Etat tourne court

Durant la journée, plusieurs opérations de lutte contre l’immigration clandestine ont par ailleurs été menées par les gendarmes, a constaté une journaliste de l’AFP.

Onze points de barrage ont été comptabilisés dans toute l’île.

Ils seront maintenus vendredi, a prévenu l’intersyndicale qui mène le mouvement avec un collectif de citoyens, à l’issue d’une réunion dans l’après-midi à Tsingoni avec le préfet de Mayotte Frédéric Veau et les trois hauts fonctionnaires chargés d’engager des travaux sur la sécurité et la lutte contre l’immigration clandestine.

– Pénurie –

C’était la première rencontre entre toutes les parties depuis que les organisateurs du mouvement ont rejeté mercredi l’accord de principe qu’ils avaient trouvé la veille avec la ministre des Outre-mer Annick Girardin, rentrée depuis sur Paris. Ils avaient notamment dénoncé la communication du ministère qui semblait prendre pour acquise la fin du mouvement, avant même que la base soit consultée,, et avaient jugé que “des points manquaient” dans l’accord oral trouvé.

“Il y avait un préalable à cette nouvelle réunion. Est-ce que les personnes présentes avaient mandat pour engager des négociations et prendre des décisions, puisque la plateforme négociée avec la ministre a été rejetée par la base?”, a expliqué à l’AFP Saïd Hachim, de la CFDT. En l’absence de ce mandat, “la délégation a quitté la réunion au bout de trente minutes”, a-t-il précisé.

Les barrages sont maintenus tant que les représentants du gouvernement n’ont pas mandat pour décider, a-t-il ajouté, expliquant qu’il y avait des chances que l’élection législative de dimanche soit perturbée par ces barrages.

Mais les organisateurs ont cependant décidé qu’à partir de vendredi ils laisseraient passer “les services d’urgence, la livraison de médicaments, de produits de première nécessité, d’hydrocarbures, de gaz, et les forces de l’ordre”, ont-ils indiqué. Mayotte est menacée de pénurie en raison des barrages, et l’hôpital est notamment en situation critique.

Pour montrer que les engagements de la ministre en matière de lutte contre l’insécurité et l’immigration clandestine sont tenus, les gendarmes ont mené jeudi des opérations de contrôle dans l’ile. Mayotte connait une forte pression migratoire venue des Comores, à seulement 70 km de l’ile.

A la mi-journée, 70 interpellations de clandestins, ont été réalisées. D’autres opérations étaient encore en cours dans la soirée.

– “Marre des promesses” –

Dans la matinée, au nord de Mamoudzou, sur la commune de Koungou, au niveau du village de Majicavo, les forces de l’ordre arrêtaient tous les véhicules passant sur la nationale, contrôlant des papiers d’identité et du véhicule. Tee-shirt rouge et pantalon gris, le conducteur d’une voiture est interpellé. Il n’a pas de papiers. Il est escorté dans un fourgon, où attendent déjà six personnes.

Deux minutes plus tard, une femme en salouva rouge est obligée de descendre d’un taxi collectif et de rejoindre le fourgon: elle n’a pas ses papiers d’identité sur elle mais assure qu’ils sont chez elle. “Je ne peux pas vous croire sur parole, suivez-nous”, répond le gendarme.

“C’est positif, mais c’est plutôt des contrôles et des interventions dans les villages qu’il faudrait faire, la nuit, quand les jeunes font des actions violentes”, estime un conducteur en règle.

“Nous on veut de l’action, on en a marre des promesses”, juge un vieil homme assis sur le trottoir, qui assiste à l’intervention des gendarmes. “Le problème, c’est qu’il n’y a pas de sécurité aux frontières, ces gens vous les renvoyez là-bas (aux Comores, ndlr) , et le lendemain ils vont revenir”, dénonce-t-il.

La ministre des Outre-mer Annick Girardin s’est rendue sur l’île en début de semaine et a annoncé lundi une première série de mesures pour la sécurité et contre l’immigration irrégulière. Mardi, au bout de cinq heures de négociations, 15 mesures supplémentaires réclamées par les acteurs de la contestation ont été acceptées par le gouvernement.