Ouragan Irma: les bateaux aussi doivent panser leurs plaies

« J’y vais avec appréhension », confie à l’AFP Frédéric Bonin, responsable des grands comptes charters pour le groupe Bénéteau, numéro un mondial de la voile. « Je devais m’y rendre la semaine dernière, mais après Irma, il y a eu Maria… »

« A Saint-Martin, on a rapidement reçu des nouvelles du personnel des loueurs de bateaux, qui sont nos clients, mais on ne sait pas vraiment dans quel état sont les bateaux et les marinas. On commence tout juste à avoir un état des lieux par les experts des assurances », dit-il.

Des blogs publient des vidéos tournées depuis des drones montrant des marinas dévastées. Tous les bateaux sont touchés, retournés, démâtés, tombés des bers s’ils étaient parqués à terre ou gisent au fond du port.

Pourtant, cela aurait pu être pire. « Les loueurs ont envoyé leurs unités dans les îles voisines autant que possible, mais ils ont manqué d’équipages pour les convoyer », explique Frédéric Bonin. A Saint-Barthélemy, en revanche, « il y avait surtout de très gros yachts, avec équipages. Ils ont eu le temps de quitter la zone ».

Cette mission de reconnaissance comprend aussi Guillaume Arnauld Des Lions, délégué général de la fédération des industries nautiques (FIN) et des membres du Cesam, qui regroupe l’ensemble des sociétés d’assurances françaises et étrangères de la branche maritime et centralisera les déclarations d’experts.

« Je m’attends à trouver trois catégories de bateaux, analyse Guillaume Arnauld des Lions. Ceux réparables sur place, ceux qui nécessitent un rapatriement chez le constructeur et ceux bons à déconstruire. Ce dernier point incombe aux assureurs, qui pour le moment répondent présents ».

– « 90% bons pour la casse » –

Jacques-Henri Guillet, gérant de Transmer assurances, redoute que « 90% des bateaux soient bons pour la casse ».

Cette mission, précise le représentant de la FIN, doit aussi évaluer « les conditions nécessaires à la reconstruction de la filière nautique, car les chantiers navals ont été sinistrés comme les autres ». Après avoir rencontré tous les acteurs, « nous rédigerons un rapport que nous remettrons au ministère des Outre-mer pour accompagner les professionnels ».

« On y va aussi pour envisager la création d’une filière de déconstruction des bateaux. Il faudra des infrastructures, des acteurs et un modèle économique, ce qui nécessitera de trouver des financements », ajoute-t-il.

Entre réparations et commandes de bateaux neufs, cette catastrophe naturelle pourrait-elle conforter la reprise d’un secteur nautique qui se relève à peine de la crise économique de 2008? « Même pas, répond Frédéric Bonin, dont le groupe comprend une dizaine de marques de voiliers et de bateaux à moteurs. Saint-Barthélemy et Saint-Martin sont des paradis de la voile. Mais la voile ne représente que 13% des ventes mondiales, et puis les constructeurs ne pourront pas doubler la production. Ça va juste rallonger les délais de livraison ».

Se basant sur des retours encore parcellaires, la fédération a fait une projection, dévoile Guillaume Arnauld des Lions. « On pense que 1.200 bateaux sont touchés dont un tiers bon pour la déconstruction. Or la construction navale française de voiliers produit environ 2.800 unités par an. L’impact sera modéré ».

Les loueurs de bateaux relativisent : « je loue 950 bateaux à travers le monde, dont 250 aux Antilles. Seulement une quinzaine est abîmée, relève Loïc Bonnet, patron du numéro mondial de la location de bateaux, le français Dream yacht charter. Les dégâts que j’ai subis vont affecter ma société à hauteur d’environ 2% du chiffre d’affaires. Et cela ne nuira pas trop non plus à l’activité parce que les clients partiront simplement d’une autre île plutôt que de Saint-Martin le temps que tout soit reconstruit ».

En attendant, le pôle Refit de La Rochelle (réparation navale) se prépare.  » On a proposé aux assureurs de leur mettre à disposition de la main-d’oeuvre compétente », annonce Marion de Mascureau, chargée de développement du pôle.

olg/pjl/LyS

BENETEAU

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