Ceux qui passent, ceux qui s’abstiennent
Seulement deux navires ont emprunté le détroit d’Ormuz depuis l’annonce de l’accord de cessez-le-feu, ce qui change assez peu par rapport à ces derniers jours, à l’heure où plus de 800 navires sont immobilisés dans le Golfe, selon la société de données maritime Lloyd’s List Intelligence.
« De manière assez compréhensible, tout le monde est nerveux », résume auprès de l’AFP Richard Meade, rédacteur en chef de Lloyd’s list.
« Si un navire est touché, nous reviendrons à la case départ, car plus personne n’aura confiance dans le cessez-le-feu », ajoute-t-il. Le Koweït et les Emirats ont d’ailleurs encore rapporté mercredi des attaques sur leur sol malgré une trêve annoncée dans la nuit.
Les équipages bloqués dans le détroit veulent pourtant y croire: « le cessez-le-feu nous rassure. Nous espérons que cela durera », a dit à l’AFP le capitaine d’un navire dont l’équipage est coincé au large du Qatar.
Les transporteurs encore inquiets
De l’avis général, il est trop tôt pour bouger.
Selon Jakob Larsen, directeur de la sûreté et de la sécurité chez Bimco, l’une des plus grandes associations maritimes internationales représentant les armateurs, quitter le Golfe « ne serait pas conseillé » sans coordination avec les États-Unis et l’Iran.
« Nous ne savons toujours pas si cette zone est désormais sûre pour y passer », abonde l’association japonaise des armateurs, interrogée par l’AFP, au lendemain du plan en dix points proposé par l’Iran aux Etats-Unis pour mettre fin à la guerre.
Les armateurs voudraient avoir « suffisamment confiance pour reprendre la navigation », dit aussi à l’AFP John Stawpert, directeur de la division marine chez ICS, l’une des principales organisations mondiales du secteur maritime, au sujet de ce plan.
L’Organisation maritime internationale (OMI), agence de l’ONU chargée de la sécurité en mer, a affirmé mercredi travailler à un mécanisme pour garantir la « sécurité du transit ».
Outre le risque de s’aventurer dans le détroit dans un moment de tensions très fortes, une sortie désordonnée risque aussi d’entrainer des collisions ou des échouages de bateaux, met en avant Richard Meade.
Que devient le « péage » de Téhéran ?
Les modalités concrètes de l’accord restent floues concernant le « péage » de facto mis en place par Téhéran ces derniers jours, prévoyant le paiement d’une dime contre une autorisation de passage.
Le plan iranien en dix points exigerait notamment « le maintien du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz ». Or, selon le président américain Donald Trump, l’Iran a accepté « l’OUVERTURE TOTALE, IMMÉDIATE ET SÉCURISÉE du détroit d’Ormuz ».
« Il y a un nouveau mécanisme (…) selon lequel il y a eu et il y aura un droit de passage » organisé avec Oman, autre pays riverain du détroit, a affirmé une source diplomatique iranienne à des journalistes. Le sultanat d’Oman s’est lui félicité mercredi du cessez-le-feu sans se prononcer sur cette question.
Selon le Financial Times, Téhéran demande 1 dollar par baril de pétrole passant dans le détroit, payé en cryptomonnaies.
L’idée d’un partenariat avec Oman pour exploiter les voies navigables d’Ormuz est une revendication « réalisable », juge Amir Handjari, du groupe de réflexion américain Quincy Institute for Responsible Statecraft dans une tribune mardi.
« Oman bénéficierait ainsi de revenus et d’une importance stratégique accrue. L’Iran gagnerait en légitimité, en liquidités et pourrait présenter à sa population un succès notable de la guerre », ajoute-t-il.
Quelques précédents de déblocage
Le gel du détroit d’Ormuz est sans précédent car même pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, durant laquelle il y a eu des attaques de pétroliers, ce point de passage crucial pour le commerce a été maintenu, malgré un ralentissement des échanges.
Plus récemment en 2024, des attaques de milices Houthis pro-iranienne ont entrainé un effondrement de 50% du trafic dans le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb, rappelle le ministère français de l’Economie, sans laisser place depuis à un trafic normal.
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