Pêche: en Guinée, une lutte inégale contre les pillards de l’océan

Sur la dizaine de navires rencontrés, aucun suspect, constat d’autant plus rapide, selon lui, que les « pirates » opèrent généralement de nuit, pour échapper aux patrouilles de la gendarmerie maritime.

La pêche illicite, non déclarée et non réglementée, dite INN, est l’un des thèmes du sommet de l’Union africaine sur la sécurité maritime qui se tient cette semaine à Lomé (Togo).

Le phénomène touche principalement l’Afrique de l’Ouest, où la pêche INN représente entre un tiers et la moitié des prises, soit un manque à gagner évalué en 2014 à 1,3 milliard de dollars par an, selon les estimations.

« Si un bateau rentre ici, il est automatiquement repéré au niveau de la base de surveillance, sauf s’ils éteignent » leur système obligatoire de suivi par satellite VMS, indique Idrissa Kallo, vice-président de l’Association des jeunes pêcheurs artisans de Guinée.

« Ils rentrent la nuit dans notre zone, ils pêchent jusqu’à 05H00 ou 06H00 du matin, et ressortent. Parfois, ils sont en complicité avec les inspecteurs de pêche, qui coupent le système de surveillance », accuse-t-il, dénonçant une corruption généralisée des autorités du secteur.

« Ce sont eux qui donnent des licences aux bateaux qui sont en infraction depuis des années », et qui continuent pourtant à leur en délivrer, souligne Idrissa Kallo.

Les pêcheurs artisanaux ont proposé d’accompagner les inspecteurs pour contrôler les bateaux, mais se heurtent à la corruption et l’appât du gain, ajoute-t-il: « Quand ils peuvent prendre un bateau en infraction, le contenu leur appartient. Ils font du business ».

Malgré cette mauvaise volonté, la profession a doté les embarcations de pêche de téléphones portables et les capitaines en sortie en haute mer, lorsqu’ils ont une couverture réseau, signalent les navires suspects à leurs collègues, qui alertent les autorités.

– Bateau chinois capturé –

Le ministre de la Pêche, André Louah, dit ne pas avoir connaissance de pratiques de corruption, mais assure qu’elles sont désormais impossibles. « Moi-même, je délivre des licences, je sais combien de navires sont dans nos eaux », affirme-t-il.

« Plus d’une fois, j’ai été informé qu’il y avait eu des navires non autorisés qui étaient probablement en pêche illégale », sans réaction du Centre national de surveillance et de protection des pêches (CNSP), reconnaît néanmoins le ministre, qui rappelle le manque d’équipements d’intervention en haute mer.

« C’est bon d’avoir des informations, mais si on n’a pas les moyens nécessaires de s’y rendre pour pouvoir faire les arraisonnements, cela devient compliqué », souligne-t-il, insistant sur la nécessité d’une coopération régionale, comme lors de la saisie fin août d’un navire chinois.

Le Chang Yuan Yu 6, surpris dans la zone économique exclusive (ZEE) de la Guinée avec un autre bateau chinois qui a pris la fuite, a été intercepté par un patrouilleur de haute mer sénégalais lors d’une opération impliquant quatre pays, soutenue par l’Union européenne (UE) et la Banque mondiale.

Conduit au port de Conakry, il a été condamné à un million d’euros d’amende, la peine maximale, contre laquelle l’armateur a exercé un recours en justice, selon M. Loua.

Reconnaissant les efforts de la Guinée qui s’est dotée d’un « système de sanctions dissuasif » et d’un régime de contrôle et d’inspection, l’UE l’a retirée de sa liste noire des « pays non coopérants en matière de pêche illicite », une décision entrée en vigueur cette semaine.

La pêche INN nuit gravement à l’environnement et aux conditions d’existence des populations, en particulier des femmes, très présentes dans le traitement du poisson, selon les organisations internationales.

Au-dessus du débarcadère de Teminetaye, à Conakry, qui compte 630 pêcheurs, s’élève un nuage de fumée. Sous des tentes, des femmes fument le poisson, tandis que d’autres, munies de sacs et de seaux, achètent les prises des pêcheurs, dans un brouhaha assourdissant.

Le préfet maritime, le colonel Diomandé Doumbouya, se félicite de la décision de l’UE, précisant que certains types de poissons « ne se vendent qu’en Europe », d’où une « perte énorme de devises » si ce marché est fermé.

Il réclame des matériels supplémentaires « pour que les fréquences des patrouilles augmentent » afin d’assurer une présence dissuasive envers les navires pratiquant la pêche illicite, « parce que si vous faites deux à trois jours sans aller en haute mer, le bonhomme viendra pêcher et repartir ».

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