Pêche: les thoniers français s’ouvrent aux observateurs africains

Le comité de pilotage de ce programme se réunit mardi et mercredi à Concarneau (Finistère), deux ans après le lancement de l’initiative.

Le thon tropical, le plus consommé au monde, se pêche dans l’Atlantique et l’océan Indien, par des navires-congélateurs utilisant des sennes, d’immenses filets entourant les bancs de poisson. Une pêche « industrielle » pour les ONG, qui y voient une menace pour la bonne santé des stocks de thon.

Face à ces critiques, les navires doivent depuis une dizaine d’années embarquer des observateurs scientifiques, mais seulement sur 10% de leurs campagnes de pêche. En outre, sur les bateaux français, les observateurs étaient français.

L’idée du programme OCUP, lancé en 2013 par l’organisation Orthongel, qui regroupe les trois armements français, est d’augmenter le nombre de ces observateurs, et surtout de les faire venir des pays africains voisins des zones de pêche.

Les 22 thoniers-senneurs français ne pêchent pas uniquement dans les eaux internationales, mais aussi dans celles de plusieurs pays côtiers africains, en vertu d’accords de pêche qui prévoient la possibilité pour les Etats riverains de faire embarquer des observateurs.

Face à « une pression internationale qui commençait à monter » sur ce point, Orthongel a décidé « d’anticiper », explique son directeur Michel Goujon.

En collaboration avec l’Institut de recherche et de développement (IRD), Orthongel a donc financé ces deux dernières années la formation d’une trentaine d’Ivoiriens, Sénégalais, Mauriciens, Comoriens, Malgaches et Seychellois, aux profils variés mais en lien avec le domaine maritime.

Pour garantir l’indépendance des recrues, la formation a été dispensée par Oceanic Développement, une filiale du groupe spécialisé dans l’inspection et la vérification Bureau Veritas.

Au menu: réglementation sur la pêche, identification des espèces, saisie de données scientifiques…

Résultat: aujourd’hui, tous les thoniers français en Atlantique embarquent des observateurs.

– Respecter la ressource –

Ils sont « à 75% Africains et 25% Français », ce qui a permis d’établir une relation de « confiance » avec les pays côtiers, assure M. Goujon.

D’autant qu’une bonne moitié des marins sur les thoniers français sont Africains.

A bord, il n’y a d’ailleurs eu que des « querelles anecdotiques » entre marins et observateurs, constate l’Ivoirien Justin Amandé, coordinateur régional du programme.

« Au départ, les pêcheurs n’étaient pas habitués à ce type d’observateurs, ils les voyaient comme des surveillants ou des contrôleurs. Puis ils ont compris qu’ils n’étaient pas là pour leur mettre des bâtons dans les roues », raconte M. Amandé.

Les observateurs ne sont pas là pour surveiller et sanctionner l’application de quotas de pêche, qui n’existent pas pour le thon tropical (contrairement au thon rouge), mais avant tout pour recueillir des données scientifiques.

Ainsi que pour scruter les programmes de « bonnes pratiques » des pêcheurs, comme la remise à l’eau des requins ou tortues pris accidentellement dans les filets, ou de l’utilisation de dispositifs de pêche plus respectueux de la ressource.

Ils apprennent aussi comment se comporter à bord afin de ne pas agacer le patron et la vingtaine de marins, pendant les quelque 45 jours de la campagne de pêche.

Ce genre d’initiatives « va dans le bon sens. Avoir un programme international donne une certaine crédibilité à la démarche », estime François Chartier, chargé de campagne Océans chez Greenpeace.

Mais il faudrait « que ces programmes soient contraignants et obligatoires au niveau des organisations régionales de pêche », plaide-t-il, regrettant aussi que les observateurs ne soient pas aussi nombreux sur les bateaux français dans l’océan Indien, où ont lieu 20% des captures de thons, contre 10% dans l’Atlantique. Selon Orthongel, il n’y a pas assez de place sur ces bateaux qui embarquent des militaires pour lutter contre les problèmes de piraterie.

L’industrie de la pêche thonière dans son ensemble souffre toujours « d’un gros problème de traçabilité et de pêche illégale », souligne l’écologiste.

emi/fpo/tes

BUREAU VERITAS

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