Péril sur le chantier du canal de Panama, après la rupture des négociations

Cent ans après son inauguration, ce canal, par lequel transite 5% du commerce maritime mondial, peut difficilement espérer boucler comme prévu sa troisième série d’écluses d’ici à 2015, alors que le chantier tourne déjà au ralenti depuis des semaines, dans l’attente d’une solution au conflit.

Une solution qui aurait pu aboutir mardi, date-butoir des discussions entre l’Autorité du Canal de Panama (ACP) et le Groupe uni pour le Canal (GUPC), consortium international chargé des travaux et dirigé par Sacyr.

Las: ce dernier a communiqué mercredi matin la rupture des négociations.

La Bourse de Madrid n’a franchement pas apprécié ce revers: à 13H42 GMT, les actions de Sacyr chutaient de 6,01% à 3,644 euros, dans un marché quasi stable (-0,09%).

La Commission européenne a exprimé sa stupéfaction devant cette annonce « inattendue », le commissaire chargé de l’Industrie, Antonio Tajani, demandant aux parties de « reconsidérer leurs positions » dans les prochains jours.

Même appel de la ministre espagnole de l’Equipement Ana Pastor: « nous avons demandé aux parties de parvenir à un accord, car ce qui est en jeu, c’est une infrastructure qui a un impact non seulement sur l’économie (du Panama) mais aussi sur l’économie mondiale ».

Si Sacyr promet que le consortium « continue de chercher une solution de financement pour terminer le projet et les travaux en 2015 », le ton de son communiqué, dans lequel il attribue la responsabilité de l’échec des discussions à l’ACP, est particulièrement dur.

« La rupture des négociations met en danger l’expansion du canal de Panama et jusqu’à 10.000 postes de travail », affirme Sacyr, ajoutant que « l’attention du monde entier se concentre sur Panama et sa capacité à terminer le projet du canal de Panama ».

« Sans une solution immédiate, Panama et ACP feront face à des années de conflits devant les tribunaux nationaux et internationaux sur les étapes qui ont mené le projet au bord de l’échec », prévient le groupe, de quoi « jeter une ombre » sur ce canal centenaire.

Au coeur du conflit: une facture bien plus lourde que prévu, le consortium réclamant une rallonge pour couvrir des surcoûts qu’il estime à 1,6 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros).

Une somme « d’une telle ampleur qu’aucune entreprise privée ne peut l’assumer seule », c’est à la fois « injuste et impossible », dit le groupement d’entreprises, qui inclut aussi l’Italien Salini-Impregilo, le Belge Jan De Nul et le Panaméen Constructora Urbana.

Ce montant, dû selon le GUPC à des problèmes géologiques imprévus sur le chantier, est surtout faramineux au regard du contrat initial fixé à 3,2 milliards de dollars.

Il propose que « les parties partagent le financement à 50-50 jusqu’à l’achèvement du projet », puis qu' »un tribunal international d’arbitrage décide qui est responsable des surcoûts additionnels et qui doit les payer ».

« Nous luttons jusqu’au dernier moment, parce que nous sommes convaincus que notre offre est la meilleure », a assuré le président de Sacyr, Manuel Manrique, sur la radio nationale, confiant avoir envoyé un dernier courrier, mardi soir, à l’Autorité du Canal « pour lui demander de reconsidérer la situation ». « Nous attendons sa réponse ».

Les travaux, que le consortium dit avoir réalisés à plus de 70%, accumulent déjà un retard d’au moins neuf mois. Selon une estimation de l’assureur Zurich, il atteindrait trois à cinq ans en l’absence d’accord.

Long de 80 kilomètres, le canal de Panama a été inauguré en 1914 et avait été rétrocédé par les États-Unis au Panama en 1999.

Son extension, qui passe notamment par l’élargissement des voies d’accès et la construction de nouvelles écluses sur trois niveaux, doit permettre le passage de navires transportant jusqu’à 12.000 conteneurs, soit plus du double de la charge actuellement autorisée à emprunter la voie navigable.

ka/mcj

SACYR

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