Sur la côte de la Havane, une pêche artisanale faite de débrouillardise

La Havane, 24 juil 2024 (AFP) – De petits points blancs constellent le bleu de la mer sur la côte de La Havane: dès que le temps le permet, des pêcheurs artisanaux se lancent à l’eau à bord d’embarcations de fortune fabriquées en polystyrène pour pallier le manque de moyens et de carburant.

« Autrefois on pêchait beaucoup avec des chambres à air de camion, mais le danger était qu’elles se crèvent. Avec ces embarcations, il n’y a pas de danger, elles ne se retournent pas », explique à l’AFP Coli Rivera, 54 ans, qui vient de rentrer de plusieurs heures de pêche sur la côte du village de Santa Fe, dans les environs de La Havane.

A première vue, l’embarcation faite d’un assemblage de quelques plaques de polystyrène, de planches et de quelques vis, semble pourtant bien précaire, prête à chavirer à la première vague ou au premier coup de vent.

Elle est pourtant devenue au fil des années un mode de pêche répandu sur la côte havanaise et il n’est pas rare de croiser dans les rues de la capitale des habitants qui ramènent les esquifs chez eux sur des roulettes une fois la pêche terminée.

« Nous sortons toujours quand il fait beau et qu’il n’y a pas de vent de terre car cela peut nous entraîner vers le large », raconte Coli Rivera, gardien de nuit dans une école et qui pêche dans ce type d’embarcations depuis plusieurs années.

La pêche sur ces petits esquifs est officiellement interdite par les autorités, qui ont toujours exercé sur l’île un étroit contrôle des côtes pour des raisons de sécurité et pour empêcher l’émigration clandestine.

Elle reste cependant tolérée dans la capitale, d’autant que les pêcheurs s’assurent ainsi un complément de nourriture pour leurs familles ou de revenus en revendant les quelques poissons qu’ils rapportent.

– Rames et palmes –

Barracudas et poissons-perroquets sont parmi les plus fréquemment pêchés sur la côte de la capitale cubaine.

Le plus souvent, les pêcheurs partent à deux sur ces embarcations larges d’un mètre et longues d’environ quatre mètres. Alors que l’un dirige à la rame, l’autre assure la propulsion avec des palmes.

« Une barque normale, cela coûte beaucoup d’argent. Nous n’avons pas les moyens », confie Coli Rivera, qui souligne que ces embarcations n’ont pas besoin de carburant, alors que l’essence fait souvent défaut sur l’île en raison des pénuries.

Dans le village de Santa Fe, en cette période estivale, les esquifs sèchent devant les maisons ou sont rangés sur les toits en attendant la prochaine virée en mer. En hiver, les vents et la houle empêchent toute sortie.

Malgré leur conception artisanale et leur aspect précaire, ces embarcations peuvent durer une dizaine d’années. Il faut seulement remplacer de temps en temps les vis corrodées par le sel.

Omar Martin, 46 ans, qui habite à Santa Fe depuis plus d’un an, a acheté sa barque d’occasion pour 10.000 pesos cubains (environ 80 dollars au taux officiel). Parti en mer à deux heures du matin, ce réparateur de pneus n’a ramené que quelques petits poissons, trop petits pour être vendus. Il les offrira à quelques voisins.

« La pêche a été très mauvaise. Cela dépend du temps. La pêche, c’est de la chance », lâche-t-il, avant de rentrer chez lui.

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