Sur les eaux du Canal de Panama, un centenaire en pleine expansion

L’odyssée se déroule à bord du Tuira II, avec 300 touristes impatients. Le 15 août 1914, le vapeur Ancon a inauguré la voie, entamée par les Français et terminée par les Américains, qui a uni les océans Atlantique et Pacifique, bouleversant le commerce maritime mondial.

Les appareils photos crépitent quand le guide désigne au pied d’une colline un bâtiment cerné de barbelés et de miradors : il s’agit de la prison El Renacer, où est notamment détenu l’ancien dictateur Manuel Noriega.

L’embarcation s’engage ensuite dans le Corte Culebra (Le passage de la couleuvre), le plus étroit du canal, et le plus difficile à construire. Quelques 22.000 ouvriers ont péri de maladies tropicales et des mauvaises conditions sanitaires sur le chantier sous la direction du Français Ferdinand de Lesseps (1881-1904) et 5.000 de plus lors des 10 années suivantes, sous direction américaine.

« Tout cela, ils l’ont creusé à la pelle et à la pioche. Cela a été très dur. Des milliers (de personnes) sont mortes pour construire cette merveille et moi, 100 ans plus tard, je suis là », s’extasie auprès de l’AFP Cecilia Lopez, une retraitée colombienne de 64 ans.

– Un pont entre deux rives –

Quand le navire passe sous le pont Centenaire, un couple espagnol accomplit un rituel : un baiser symbole d’union, car le canal, qui facilite les échanges à travers le monde, a coupé l’Amérique en deux.

Depuis l’Ancon, plus d’un million de navires ont parcouru les 80 km du canal. Pour cela, ils doivent franchir deux jeux d’écluses afin d’atteindre le lac Gatun, au milieu du trajet, situé à 26 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Mais « ça n’est pas vrai qu’un océan est plus haut que l’autre », rappelle le guide au passage de l’écluse Pedro Miguel.

Retentit une sirène et 100.000 m3 d’eau s’échappent par d’énormes conduites. Le Tuira II descend de 10 mètres en huit minutes.

Cecilia ne cesse de prendre des photos. Sur le pont de l’embarcation, tous les passagers immortalisent l’ouverture des comportes de l’écluse de 25 mètres de hauteur, couvertes d’algues. Beaucoup applaudissent comme lors d’un tour de magie.

Un kilomètre plus loin se trouve Miraflores et deux écluses permettant de descendre de 16 mètres supplémentaires. Pélicans, hérons et albatros survolent la surface en quête de poissons d’eau douce qui seront noyés sous des flots d’eau salée à l’ouverture de l’écluse.

– La Mer du Sud –

Peu à peu, apparaît ce que le « conquistador » espagnol Vasco Nuñez de Balboa avait appelé il y a 500 ans la Mer du Sud. « Bienvenue dans l’Océan Pacifique ! », s’exclame le guide dans le haut-parleur.

A droite, on observe la zone où sont en train d’être posées de nouvelles écluses géantes, qui permettront, au prix d’un chantier pharaonique de plus de cinq milliards de dollars, le passage d’immenses navires dits « Post-Panamax », afin de doubler, d’ici 2016, la capacité du canal (de 300 millions à 600 millions de tonnes par an).

Plus loin se trouve le pont des Amériques, impressionnante structure métallique. Et le mont Ancon, sur les flancs duquel ont vécu de hauts responsables militaires américains, qui, tournant le dos aux Panaméens, ont creusé tunnels et abris anti-bombes, au cas où surviendrait une guerre.

Au sommet flotte le plus grand drapeau panaméen du monde, de la taille d’un terrain de basket, rappelant la rétrocession de la voie au Panama par les Etats-Unis le 31 décembre 1999.

La traversée se termine, l’après-midi touche à sa fin et déjà se dessinent les gratte-ciel de la capitale, Ciudad de Panama.

« J’ai accompli mon rêve », commente Cecilia sur la passerelle du navire, avant de poser le pied à terre.

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