Tankers attaqués dans le Golfe: la mine-ventouse, arme classique de sabotage en mer

Appelées « mines limpet » à cause de leur ressemblance avec la patelle –ce coquillage qui s’accroche aux rochers (« limpet », en anglais)–, elles ont été inventées avant le conflit de 1939-45 sur la base d’un principe simple: un cône de métal rempli d’explosif et doté d’aimants pour coller à la coque des navires.

Ce sont ainsi des « limpet mines » que transportaient dans leurs kayaks les commandos anglais de l’opération « Coque de noix » en 1942: dix membres du Special Boat Service avaient (…) saboté des navires marchands amarrés à Bordeaux (France). Seuls deux avaient survécu.

Par la suite, ce sont aussi des mines-ventouses de ce type qui avaient été utilisées par la DGSE (les services de renseignement extérieur français) pour saboter le Rainbow Warrior, un navire de Greenpeace, à Auckland (Nouvelle-Zélande) en 1985.

Mais « les premiers à avoir utilisé ces mines étaient des nageurs de combat italiens, qui attaquaient la flotte britannique en Méditerranée », explique à l’AFP le vice-amiral à la retraite Jean-Louis Vichot, ancien directeur du centre d’enseignement supérieur de la Marine.

« Elles sont posées par des nageurs de combat: c’est apparemment ce qui s’est passé il y a un mois (le 12 mai, NDLR) sur les quatre bateaux qui étaient au mouillage » au large de Fujairah (Emirats arabe unis) « et ont subi des explosions sous leurs lignes de flottaison », ajoute-t-il.

– « Pas une attaque-nageur » –

Concernant l’attaque des tankers en mer d’Oman le 13 juin, l’emplacement du trou d’environ un mètre au-dessus de la ligne de flottaison sur la coque du Kokuka Courageous, ainsi que la trace laissée selon l’US Navy par une deuxième mine-ventouse qui n’a pas explosé et a laissé sur la coque un cercle parfait de 55 cm de diamètre, excluent une pose par des nageurs de combat, dit le vice-amiral.

Cette opinion est partagée par Ludovic Guerineau, ancien de la DGSE, aujourd’hui directeur des opérations de la société de sécurité privée Anticip.

« Ce n’est pas une attaque-nageur », dit-il. « Dans le cas de ce tanker japonais, elles ont forcément été placées par une embarcation, qui s’est approchée et les a ventousées sur la coque. Il est surprenant que ça ait eu lieu en plein jour, ce genre d’attaque se fait plutôt de nuit pour éviter de laisser trop de traces ».

« La piste la plus plausible », ajoute-t-il, « c’est un bateau rapide qui s’approche discrètement, pas forcément détecté au radar, qui vient par derrière, la pose et disparaît ».

– « Faire peur » –

A l’inverse, le fait que les poseurs de mines n’aient pas été repérés par les marins du tanker, qui évoquent plutôt une attaque par un engin volant, n’étonne pas le vice-amiral Vichot.

« Sur des pétroliers de cette taille », dit-il, « la seule préoccupation de l’équipage, c’est d’éviter les collisions avec les autres bateaux ou de se mettre à la côte (s’échouer). Ils se fichent complètement des petites embarcations qui arrivent par derrière et n’ont en principe qu’une seule idée, ne pas se faire écraser par le pétrolier ».

« Il n’y a pas de veille attentive, ajoute-t-il. Sur la passerelle il n’y a qu’un officier de quart et un veilleur, et encore, souvent il n’y a pas de veilleur. Dans le meilleur des cas, ils regardent droit devant. En plus, dans le détroit d’Ormuz, ils ont l’habitude de voir passer des vedettes rapides qui font parfois des manoeuvres un peu bizarre. »

« Cela dit, ça risque de changer maintenant, les armateurs ont dû donner des consignes », relève le vice-amiral Vichot.

Les deux experts sont aussi formels sur un point: le but des saboteurs n’était pas d’envoyer le navire par le fond mais de provoquer une avarie spectaculaire.

« C’est un message qui est envoyé, qui correspond à la tension assez forte qui règne entre les pays dans ce coin-là. Et ce n’est pas la première fois », assure Ludovic Guerineau, en référence au sabotage des navires au large de Fujairah le 12 mai.

Pour le vice-amiral, « ce qu’ils cherchaient à faire, c’est faire peur et faire augmenter les primes d’assurance. Ils ont réussi ».

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