Washington part en guerre contre le marché noir des prises de pêche illégales

Ils emboîtent ainsi le pas à l’Union européenne, qui a déjà mis sur pied un tel programme dont l’objectif est identique, à savoir s’assurer d’une exploitation durable de ces ressources dans les océans de la planète.

Un mécanisme similaire de certification existe déjà pour les poissons et fruits de mer péchés dans les eaux américaines.

Cette initiative, considérée comme un pas majeur pour combattre la pêche non déclarée et non réglementée, vise à retracer les origines des poissons, crustacés et produits transformés de la mer qui sont importés aux Etats-Unis, le premier marché mondial.

Un tiers des importations annuelles en tonnage provient du marché noir, représentant jusqu’à 2,1 milliards de dollars, selon une étude publiée en 2014 dans la revue de référence Marine Policy.

Selon les statistiques de l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA), environ 90% des fruits de mer consommés dans le pays sont importés.

« La traçabilité est un outil essentiel pour combattre les activités illégales qui menacent ces ressources naturelles, accroissent le risque pour la sécurité alimentaire mondiale et pénalisent de façon déloyale les marins-pêcheurs et producteurs de fruits de mer qui respectent les réglementations », a expliqué la sous-secrétaire américaine au Commerce, responsable de la NOAA, Kathryn Sullivan.

« Nous demandons à l’industrie de la pêche, du commerce des produits de la mer, aux défenseurs de l’environnement et à nos partenaires internationaux de nous aider à créer un programme efficace de traçabilité », a-t-elle ajouté.

Le système proposé par le Comité national des océans pour combattre ces pratiques recueillera des données portant sur les prises de pêches de seize espèces particulièrement vulnérables à ces activités frauduleuses, le lieu de leur livraison à terre et la chaîne de détention et de distribution des poissons et crustacés entrant aux Etats-Unis.

Parmi ces espèces figurent la morue de l’Atlantique et du Pacifique, les ormeaux, le mérou, les requins, l’espadon, le rouget et plusieurs espèces de thon et de crabe.

– Pas assez loin –

« Ce système de traçabilité ne couvrira pas les prises de pêche qui ne sont pas destinées à être importées ou distribuées aux Etats-Unis », a précisé lors d’une conférence de presse John Henderschedt, directeur du Bureau des affaires internationales et des inspections des produits de la pêche à la NOAA.

Il a aussi expliqué que les Etats-Unis adoptaient une approche différente de celle de l’Union européenne. Ainsi cette dernière exige que les produits entrant sur le marché européen soient accompagnés de documents attestant de la prise de pêche fournis par l’Etat dont le navire bat pavillon, ou le bateau de pêche lui-même.

Le programme de traçabilité proposé aux Etats-Unis s’appuie sur un partenariat entre l’industrie et le gouvernement fédéral.

« Nous ne cherchons pas à obtenir des autres pays des attestations directes des origines des prises de pêche mais demandons à l’industrie de la pêche de fournir des informations très similaires », a dit le responsable de la NOAA.

« Oceana se félicite de cette mesure qui est un premier pas pour combattre la pêche illégale et le marché frauduleux des fruits de mer », déclare dans un communiqué Beth Lowell, responsable d’Oceana, la plus grande ONG oeuvrant pour la protection des océans.

La NOAA se propose de limiter le contrôle de l’origine au point d’entrée et sur seulement seize espèces. Or on recense plus de 1.800 espèces de fruits de mer et poissons qui sont offerts sur le marché américain.

Ce nouveau système de traçabilité est soumis à une période de 60 jours durant laquelle toutes les parties prenantes sont invitées à soumettre leurs opinions et idées. Elles devraient entrer en vigueur vers la fin de l’année.

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