« Le Maroc et l’Union européenne partagent une ambition commune pour protéger la biodiversité marine. » – Virginijus Sinkevičius

Entretien avec Virginijus Sinkevičius, Commissaire européen 
à l’environnement, aux océans et à la pêche. 

Propos recueillis par Bertrand de Lesquen.

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L’Union européenne et le Maroc sont liés par un partenariat privilégié dans le domaine de la pêche. Quels sont la genèse et l’objet de cet accord ? 

L’Accord de partenariat pour une pêche durable entre l’Union européenne (UE) et le Maroc existe depuis trente ans par le biais d’une série d’accords bilatéraux et de protocoles d’application — le premier datant de 1988, le plus récent du 18 juillet 2019 —, qui créent un partenariat de gouvernance avec le Maroc dans une politique sectorielle clé pour les deux parties. Ils s’inscrivent dans le cadre plus large de la politique de voisinage de l’UE. Cet Accord de partenariat pour une pêche durable contribue à la promotion de la bonne gouvernance des activités de pêche ainsi qu’à l’amélioration de l’économie marocaine en renforçant les relations bilatérales entre les deux parties dans le secteur maritime. Il permet aux navires de l’UE de pêcher tout en assurant une gestion durable des ressources naturelles. Il prévoit le financement d’un certain nombre de projets qui soutiennent le développement du secteur maritime marocain.

L’Union européenne et le Maroc ont pour objectif commun de préserver la biodiversité marine. Comment les deux partenaires assurent-ils la réalisation de cet objectif ? 

Le Maroc et l’UE partagent une ambition commune pour protéger et améliorer la gestion de l’environnement et des ressources naturelles. Nous travaillons ensemble à des réponses appropriées en accord avec l’Agenda 2030 des Nations Unies et ses Objectifs de Développement Durable(1). A titre d’exemple, le Maroc est actuellement impliqué dans le projet AFRIMED, financé par le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (EMFF), qui vise à développer des actions innovantes de préservation et de conservation des forêts de macro-algues (cystoseira) endommagées ou dégradées.

Le Maroc et l’Union européenne travaillent ensemble sur les questions de biodiversité dans un certain nombre de forums régionaux. Nous participons activement à l’Initiative pour le Développement d’une Économie Bleue en Méditerranée Occidentale (initiative WestMed), dont le Maroc a assuré la coprésidence pendant la période 2019-2020. La préservation de la biodiversité au-delà de la seule conservation et restauration des habitats marins est l’une des priorités de l’initiative WestMed, depuis l’adoption en 2018 d’un cadre d’action et d’une feuille de route intergouvernementale.

En outre, nous travaillons en étroite collaboration au sein de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Dans la déclaration ministérielle de l’UPM sur l’économie bleue durable adoptée en février 2021, l’UE et le Maroc se sont engagés à augmenter la surface des aires marines protégées dans leurs eaux respectives. Ce que les Etats membres de l’UE se sont déjà engagés à faire, dans le cadre de la Stratégie Biodiversité 2030 de l’UE, à hauteur de 30 % de leur zone économique exclusive.

La plage d’Asma près de Tétouan sur la Méditerranée. Photo : INRH.

La Méditerranée est l’une des mers les plus polluées au monde. Quelles actions l’Union européenne et le Maroc entreprennent-ils pour lutter contre la pollution, en particulier la pollution plastique ? 

Compte tenu de notre proximité géographique, nous devons coopérer pour lutter collectivement contre la pollution. La sécurité maritime et la lutte contre la pollution marine figurent parmi les dix priorités de l’initiative WestMed et de la feuille de route intergouvernementale adoptée en 2018. Le Maroc a également participé, par exemple, au projet WestMoPoCo(2), financé par l’UE, qui prépare la réponse à la pollution chimique.

La déclaration ministérielle de l’Union pour la Méditerranée sur l’économie bleue durable, évoquée plus haut, comprend une série d’actions visant à réduire la pollution plastique et microplastique en Méditerranée auxquelles les secteurs de l’économie bleue des deux côtés de la Méditerranée, telles que le tourisme marin et côtier, la pêche et l’aquaculture, doivent prendre leur part. Nous devons également réduire les pertes de nutriments en mer, nous pencher sur l’utilisation des produits chimiques et les risques qu’ils présentent, et mettre en place un système de gestion des déchets.

Actuellement, l’UE travaille avec ses homologues marocains dans le cadre de l’initiative pilote BlueMed pour une “mer Méditerranée saine et sans plastique”. Cette dernière consiste à recenser et à évaluer les mesures en vigueur dans les pays méditerranéens, membres ou non de l’UE, concernant la pollution plastique afin de promouvoir la diffusion de pratiques exemplaires, la recherche et l’innovation, et des initiatives dans les domaines de la communication et de l’éducation. Le Maroc est également impliqué dans différents projets régionaux sur l’impact de la pollution plastique et les alternatives aux sacs plastiques à usage unique mais aussi sur le développement de modèles économiques engageant les associations et les industries de recyclage des plastiques.

Enfin, le Maroc est l’un des huit pays méditerranéens à avoir rejoint l’initiative SwitchMed, financée par l’UE, qui vise à stimuler la création d’un plus grand nombre d’entreprises et d’emplois de qualité, tout en réduisant l’empreinte environnementale des activités économiques existantes dans le sud de la Méditerranée. La deuxième phase (SwitchMed II) s’appuiera sur les résultats de la première, afin de soutenir et d’intensifier la transition vers des pratiques de consommation et de production durables.

Comment se présente la coopération entre l’Union européenne et le Maroc dans le domaine des énergies marines renouvelables ? 

L’UE a adopté une stratégie ambitieuse en matière d’énergies renouvelables en mer avec l’ambition de multiplier par cinq leur capacité d’ici 2030 et par trente d’ici 2050. Si à ce jour, la plupart des projets ont été développés en mer du Nord, les nouvelles technologies laissent entrevoir un potentiel de développement dans d’autres régions. L’UE souhaite coopérer avec le Maroc dans ce domaine compte tenu de son fort potentiel sur ses côtes méditerranéennes et atlantiques.

L’Union européenne et le Maroc ont signé, en décembre 2020, un accord renforçant l’implication du Maroc dans l’Alliance de recherche sur l’océan Atlantique (AROA). En quoi consiste cet accord et quels en sont les enjeux ? 

Le 8 décembre 2020, la Commission européenne et le ministère marocain de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ont signé un arrangement sur la coopération en matière de recherche et d’innovation marines, sur la base d’un accord préexistant entre l’UE et le Maroc en matière de science et de technologie. Nous reconnaissons tous deux le rôle clé que jouent les océans dans le développement des économies nationales et régionales, dans la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies, dans la lutte contre le changement climatique, pour la biodiversité et la sécurité alimentaire.

La lagune de Oualidia sur la côte Atlantique, entre Casablanca et Essaouira. Un ecosystème et une biodiversité exceptionnels et fragiles. Photo INRH.

Grâce à cet arrangement signé en 2020, l’UE et le Maroc entendent encourager une coopération mutuellement bénéfique dans des domaines clés d’intérêt commun comme la variabilité du climat et les approches écosystémiques, les processus d’observation, de prévision et de surveillance des océans, la sécurité alimentaire, la gestion des pêches, l’aquaculture et la biodiversité, les technologies océaniques et la pollution marine.

Cette coopération peut prendre de nombreuses autres formes comme l’organisation conjointe d’ateliers et de conférences, le développement de réseaux scientifiques et citoyens, la promotion de l’engagement citoyen ainsi que la participation à des activités conjointes de recherche ou d’engagement des parties prenantes.

La principale plateforme de coopération en matière de recherche et d’innovation dans l’Atlantique est l’Alliance de recherche sur l’océan Atlantique(3), qui réunit les signataires de la déclaration de Galway (Union européenne, États-Unis, Canada) et de la déclaration de Belém (Union européenne, Afrique du Sud et Brésil), ainsi que tous les autres pays riverains de l’océan Atlantique, notamment le Cap Vert, l’Argentine, et désormais le Maroc grâce à ce récent arrangement. Toutefois, notre coopération ne se limite pas au bassin atlantique mais s’étend également à la mer Méditerranée, notamment par le biais du partenariat BlueMed.

Cet arrangement a déjà produit plusieurs résultats comme la participation du Pr. Saaid Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, à la Conférence ministérielle de haut niveau et des parties prenantes de l’Atlantique 2021, mais aussi la contribution active de jeunes ambassadeurs du Maroc, d’Europe et d’autres pays de l’Atlantique à l’organisation d’une étape de l’expédition Tara “Mission Microbiome” au Maroc. Cet arrangement a enfin permis aux scientifiques marocains d’être pleinement associés aux nombreuses activités de l’Alliance atlantique de recherche océanique.


  1. En 2015, l’ONU a adopté l’Agenda 2030 qui comprend 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) à atteindre, à cet horizon, pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous.
  2. Le projet de coopération en matière de pollution marine par les hydrocarbures et les substances hautement nocives dans la région de la Méditerranée occidentale (West MOPoCo) aide l’Algérie, l’Espagne, la France, l’Italie, Malte, le Maroc et la Tunisie, en collaboration avec Monaco, à renforcer leur coopération dans la préparation et la lutte contre ces pollutions.
  3. Implique des pays des deux côtés de l’océan Atlantique désireux de renforcer leur coopération en matière de recherche et d’innovation marines le long et à travers l’Atlantique, de l’Arctique à l’Antarctique.

 

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