Les prévisions de rendement dégradés pour le maïs en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis jouent également sur les prix à terme sur les marchés, qui n’atteignent toutefois pas les sommets constatés en 2022 après l’invasion russe en Ukraine.
A la bourse de Chicago, le blé a terminé mardi à 7,64 dollars le boisseau, et même vendredi à 7,67 dollars, au plus haut depuis février 2023.
Le maïs a clôturé à 5,21 dollars, un cours inédit depuis juillet 2023, après avoir réalisé en août sa plus forte hausse mensuelle depuis 2012 selon Bloomberg.
Sur Euronext, le mouvement est quasi-similaire, avec le grain jaune au plus haut depuis février 2023, et la céréale du pain à son sommet depuis juin 2024.
« L’intensification du conflit entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que l’escalade récente entre la Russie et l’Ukraine » en mer Noire, poussent les marchés, souligne Dewey Strickler, d’Ag Watch Market Advisors.
En mer Noire, les affrontements entre la Russie et l’Ukraine autour de ports et de navires commerciaux bloquent largement depuis plusieurs semaines la sortie de leurs amples moissons respectives.
Samedi, la Turquie a convoqué l’ambassadeur d’Ukraine après l’attaque d’un navire turc dans la zone.
Pendant un court temps, des informations autour d’une possible initiative d’Ankara pour détendre la situation ont accordé lundi un petit répit aux marchés, qui n’a pas duré.
Après avoir largement attendu, certains importateurs ont commencé à se tourner vers d’autres producteurs, Roumanie, Bulgarie mais aussi enfin la France à qui l’Egypte et la Libye ont acheté du blé cette semaine, indique Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France.
« Chaque jour d’attente tend le système », note-t-il.
Ukraine et Russie, 4e et 2e exportatrices mondiales de blé, représentent aussi à elles deux 12 à 13% de l’export mondial de maïs.
– « Il y a des stocks » –
Pour le maïs, les rendements des cultures aux Etats-Unis s’annoncent en outre plus réduits que prévu, a indiqué le ministère de l’Agriculture dans sa lettre hebdomadaire. En Europe de l’Ouest, ils seront à la peine voire catastrophiques en France, au plus bas depuis 1980, mais Bulgarie et Roumanie affichent de beaux potentiels.
Les bonnes perspectives de production de blé annoncées cette semaine par l’Australie peuvent aussi contribuer à rassurer.
« Pour l’instant, il y a des stocks » de maïs importants aux Etats-Unis, indique M. Le Molgat, et « on est loin des prix de 2022 », au début de la guerre en Ukraine.
Si le conflit en mer Noire perdure, il faudra être « vigilant sur les résultats de l’hémisphère Sud », poursuit-il: l’Argentine (qui exporte deux fois plus de maïs que l’Ukraine) et le Brésil, où les semis sont en cours, « pourront-ils assurer le back-up? »
Mais pour lui, ce blocage en mer Noire « paraît compliqué » à tenir à moyen terme pour les belligérants eux-mêmes: « les agriculteurs gardent leurs volumes mais ils doivent financer les semis de la nouvelle récolte », dit l’analyste, qui en revanche met en garde contre « un tsunami baissier le jour où ils rouvrent ».
Carsten Fritsch, de Commerzbank, souligne « l’importance capitale de la libre navigation en mer Noire », qu’aucune route alternative ne peut remplacer pour expédier les productions russes et ukrainiennes. « Sans cela, les semis à venir de céréales d’hiver en Russie et en Ukraine pourraient également être compromis, » dit-il aussi.
Quant aux oléagineux, les cours restent soutenus aussi: le soja a terminé à Chicago à 13,06 dollars le boisseau, un plus-haut depuis décembre 2023.
L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a accordé une dérogation record de 1,76 milliard de gallons (3,8 milliards de litres) aux obligations de mélange de biocarburants: l’administration Trump a permis à une trentaine de petites raffineries d’en incorporer moins que ce qui est prévu par la loi.
Mais l’agence « a également annoncé son intention de publier, d’ici fin octobre, une réglementation complémentaire visant à réaffecter 100% des volumes (…) pour les années 2026 et 2027 », souligne Arlan Suderman, de StoneX. De quoi maintenir les marchés.