Le ministère de la Marine commande à l’arsenal de Toulon un sous-marin électrique de grande taille, deuxième bâtiment de ce type après le Gymnote. Il prendra le nom de l’ingénieur Gustave Zédé et servira jusqu’en 1909 de banc d’essai à l’arme sous-marine française.
Le Gymnote, lancé à Toulon le 24 septembre 1888, a montré qu’un sous-marin à propulsion électrique pouvait naviguer en plongée et tenir sa route. Il ne jauge qu’une trentaine de tonnes et ne porte, à l’origine, aucune arme. La Marine veut passer à un bâtiment capable de lancer des torpilles. Le projet, étudié par Gustave Zédé, est repris et mené à terme par l’ingénieur Gaston Romazotti, qui avait déjà construit le Gymnote.
La commande est passée le 4 octobre 1890 sous le nom de Sirène. La mise sur cale intervient à l’arsenal du Mourillon au début de 1891. Le 1er mai 1891, quelques jours après la mort de Zédé, le bâtiment reçoit son nom. Il est lancé le 1er juin 1893 ; son armement définitif n’est prononcé que le 1er mai 1900, au terme d’une longue série d’essais.
Long de 48,50 m pour un diamètre de 3,20 m, il déplace un peu plus de 260 tonnes en surface et environ 270 tonnes en plongée, ce qui en fait alors le plus grand sous-marin du monde. Sa coque unique est en bronze « Roma », alliage choisi pour sa résistance à la corrosion. La propulsion est assurée par des moteurs électriques d’une puissance prévue de 720 ch, alimentés par une batterie de 720 éléments. Le projet tablait sur 15 nœuds. Cette vitesse ne sera jamais atteinte : après des accidents de batterie, le nombre d’éléments est réduit de moitié et les performances réelles restent très inférieures, les sources donnant de 9 à 12 nœuds en surface. L’équipage compte une vingtaine d’hommes.
Les premiers essais, en 1894, révèlent une tenue en plongée médiocre. Le bâtiment pique du nez et remonte sans que le barreur puisse le maîtriser. L’ajout de gouvernails de plongée à l’avant et au milieu de la coque règle le problème. En 1897, il reçoit un tube lance-torpilles d’étrave de 450 mm et embarque trois torpilles. Il est aussi l’un des premiers sous-marins dotés d’un périscope utilisable et d’un kiosque surélevé pour la veille en surface.
Principales étapes de sa carrière :
- Décembre 1898 : aux Salins d’Hyères puis au large, il réussit des lancements d’exercice contre le cuirassé Magenta, au mouillage et en marche. Ces essais font grand bruit et décident le ministre Lockroy à commander de nouveaux sous-marins.
- Janvier 1899 : il relie Toulon à Marseille par ses propres moyens.
- Avril 1901 : le président de la République Émile Loubet, venu à Toulon recevoir l’escadre italienne du duc de Gênes, effectue une plongée à son bord.
- Juillet 1901 : pendant les grandes manœuvres, il est remorqué jusqu’en Corse et place une torpille d’exercice sur le cuirassé Charles Martel en rade d’Ajaccio.
- 24 avril 1902 : il s’échoue en sortant du port de Porquerolles et regagne Toulon sans avarie.
- 1905 : il atteint, d’après certaines sources, 12,7 nœuds, sa meilleure vitesse.
- 9 août 1909 : il est rayé des listes de la flotte. Sa coque est vendue à la démolition à Toulon en août 1911.
Le Gustave Zédé a effectué plus de 2 000 plongées sans accident grave. Sous-marin « pur », dépendant de ses seuls accumulateurs, il n’avait qu’un rayon d’action de quelques dizaines de milles. Le Narval de Maxime Laubeuf, mis à l’eau en 1899 avec une double coque et une machine à vapeur pour la navigation en surface, ouvrira la voie du submersible autonome.

, dépendant de ses seuls accumulateurs, il n’avait qu’un rayon d’action de quelques dizaines de milles. Le Narval de Maxime Laubeuf, mis à l’eau en 1899 avec une double coque et une machine à vapeur pour la navigation en surface, ouvrira la voie du submersible autonome.
Gustave Zédé (1825-1891)
Né à Paris le 15 février 1825, fils de l’ingénieur Pierre-Amédée Zédé, directeur des constructions navales, il entre à l’École polytechnique en 1843 et en sort dans le génie maritime. Il sert à Brest puis à Paris auprès de Dupuy de Lôme, dont il devient le collaborateur. Officier de la Légion d’honneur en 1866, il atteint le grade de directeur des constructions navales avant de quitter le service actif vers 1880 pour les Forges et chantiers de la Méditerranée. À la mort de Dupuy de Lôme, en 1885, il reprend l’étude du sous-marin électrique que celui-ci avait ébauchée et en tire les plans du Gymnote. Il meurt à Paris le 26 avril 1891 des suites d’une explosion survenue pendant des essais sur un propulseur de torpille. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse.



