« Nous avons l’ambition de développer le numérique, les nouvelles technologies à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce n’est pas un rêve désincarné ou une forme de promesse en l’air. C’est ici et maintenant », a lancé dimanche le président Emmanuel Macron, en visite dans l’archipel, à 4.300 kilomètres de Paris.
Le territoire espère beaucoup d’un projet de câble numérique sous-marin qui doit relier la Bretagne à New York. « Ce câble passera par Saint-Pierre » et donc « nous investirons aux côtés de l’entreprise française SCLES » pour réaliser ce projet, a annoncé le président.
Lors d’un échange lundi avec le chef de l’Etat, un des cofondateurs de la société, Gaëtan Chauderlot, a évoqué une mise en service en 2030.
Sa partie centrale, sur 6.000 kilomètres, représente un investissement de 300 millions d’euros qui sera financé par des partenaires privés.
Le raccordement à Saint-Pierre relèvera de l’Etat et de la collectivité territoriale qui « d’acheteuse de bande passante au Canada deviendra fournisseuse » et sera directement liée à la France, sans dépendance vis-à-vis des Etats-Unis, souligne Gaëtan Chauderlot.
– « Un champion mondial » –
La start-up française Look Up a annoncé de son côté l’installation d’un radar de surveillance de l’espace pour 20 millions d’euros, qui entrera en fonction en 2028.
L’entreprise, déjà présente à Tahiti et en Polynésie, propose une cartographie des débris en orbite basse en s’appuyant sur les territoires ultramarins français positionnés à travers le monde.
Elle vend des informations sur la localisation des débris pour éviter des collisions et propose des « analyses comportementales » sur les objets qui se rapprochent trop d’un satellite ou changent d’orbite, explique son directeur général, Alban de Crémiers, à l’AFP.
« Une seule entreprise, américaine, est présente aujourd’hui sur le marché. Toutes les armées du monde achètent américain. Il y a la place pour un autre champion mondial dans la surveillance de l’espace », dit-il à Emmanuel Macron.
La start-up Skynopy va quant à elle installer une antenne pour le téléchargement de données satellitaires à Saint-Pierre-et-Miquelon, où l’Européen Galileo est déjà présent.
« L’archipel présente trois avantages : il est dans un désert de connectivité, permet d’utiliser des fréquences que les Etats-Unis s’interdisent pour des raisons militaires et est sur la trajectoire de lanceurs », explique son PDG, Pierre Bertrand.
– « Désespoir » –
Jusque dans les années 80, Saint-Pierre-et-Miquelon a connu ses heures de gloire avec la pêche à la morue qui attirait de nombreuses flottes de la métropole et d’autres pays.
La filière, frappée de plein fouet par la baisse des ressources et l’imposition de quotas par le Canada en 1992, peine aujourd’hui à reprendre des couleurs, avec seulement 80 pêcheurs contre plusieurs centaines autrefois.
« Les deux conserveries ont fermé au même moment, en 2011. On s’est retrouvé dans le désespoir. J’ai vu des copains perdre leur travail d’un coup », raconte Gilles Poirier, encore ému.
Devant le président, Agathe Schmid, une des rares femmes de la filière, a exposé tous les obstacles à la pêche artisanale, du « manque d’informations sur les ressources disponibles » aux contraintes pour l’accès aux ports canadiens où le poisson est transformé et revendu.
« Du jour au lendemain, le Canada peut décider que plus un bateau français ne débarque », pointe-t-elle, au lendemain de la visite du Premier ministre canadien Mark Carney sur le « caillou » et malgré la volonté de « rapprochement profond » affiché avec Emmanuel Macron.
Sans oublier le port, dont un quai menace de s’effondrer et qui ne dispose pas de station de fuel pour les bateaux, ni de glacière pour la conservation des poissons.
Emmanuel Macron a promis 19 millions d’euros pour la rénovation du Quai du Commerce et une revalorisation de la filière, avec des acteurs privés.