A Saint-Jean-de-Luz, des bateaux carburent à l’huile de tournesol

Le bateau, c’est le « Lapurdi », bolincheur (pêche à la sardine et à l’anchois) se consacrant à la petite pêche. Avec le ligneur Nahikari, il teste avec succès depuis 2009 ce carburant atypique dans le cadre du programme Itsasoa (Itinéraire technique de substitution agricole pour la sauvegarde de l’océan), soutenu par le ministère de l’Agriculture.

Selon l’Institut français des huiles végétales pures (IFHVP) ce sont les premiers bateaux en Europe à maîtriser la technique. Le moteur démarre au gasoil et lorsque la température de combustion est suffisante, il bascule sur l’alimentation végétale consommant 80% d’huile et 20% de gasoil.

Pascal Gonzalez, patron du « Lapurdi », n’y voit que des avantages. « La réduction d’émission de gaz à effet de serre est considérable et aucun problème mécanique n’a été constaté depuis 2009 », assure-t-il.

Comme Anne-Marie Vergez, la patronne du Nahikari, il s’approvisionne auprès d’une coopérative d’agriculteurs locaux, « Bizi Garbia », produisant déjà de l’huile pure de tournesol pour un syndicat d’ordures ménagères gros consommateur de carburants.

Un « circuit court » (le carburant ne doit pas parcourir des centaines de kilomètres pour parvenir jusqu’à eux) avantageux favorisant une filière agricole locale.

Selon l’IFHVP, l’huile de tournesol a des avantages à deux titres. Premièrement, pour la produire, les émissions de CO2 sont largement inférieures à celles du gasoil: « Un litre de gasoil produit 3,3 kilos équivalent CO2 contre 493 grammes pour l’huile de tournesol », explique son directeur Frédéric Perrin. Ensuite, elle est moins polluante pour l’océan. Des tests montrent selon lui « un abaissement de la charge de pollution, notamment liée à l’absence des métaux lourds présents dans le gasoil ».

Argument économique

A ces avantages environnementaux, s’ajoute pour l’instant un argument économique.

« Le prix du gazole détaxé pour les pêcheurs est passé de 0,35 euros par litre en 2004 à 0,75 euro/litre aujourd’hui », explique Frédéric Perrin. « Il représente plus de 40% de charges fixes pour certains bateaux. D’où la nécessité de réduire cette dépendance ».

Le prix de l’huile de tournesol reste au-dessus, 90 centimes par litre, mais les subventions du programme Itsasoa ont permis jusque-là son utilisation.

« Avec l’aide d’Itsasoa, nous l’obtenons à 67 centimes/l », dit M. Gonzalez en notant cependant que le système de subventions arrivant à échéance, il devra « négocier le prix de l’huile avec les producteurs locaux ».

Mais, ajoute-t-il, « je préfère travailler avec les agriculteurs sur place que de me fournir chez un groupe pétrolier qui bousille la planète ».

Autant d’arguments sur lesquels ses interlocuteurs finlandais semblent convaincus, alors que ce pays doit importer plus des trois quarts de son énergie (pétrole, charbon, gaz naturel, électricité).

En Finlande, comptant quelque 1.100 kilomètres de côtes sur la mer Baltique, « nous n’arrivons pas (encore) à mettre cette technique au point », déclare Mikael Nygard, qui accompagne les chercheurs, pour expliquer cette inhabituelle expédition au Pays basque.

Or « Nous sommes convaincus que c’est la bonne méthode pour une pêche durable et respectueuse de l’environnement », poursuit M. Nygard, venu avec une équipe de l’Université de Sciences appliquées de NOVIA.

Ce biocarburant, selon François Gallet, membre d’un groupe de travail du Fonds européen pour la pêche, le « Fishing local action groupe » qui a également fait le déplacement, a un autre avantage: il ne présente pas de danger de déforestation comme on a pu le voir ailleurs avec la production massive d’huile de palme ».

La coopérative « fonctionne avec des cultures en rotation, qui évite l’appauvrissement du sol, sur 76 hectares,  » précise-t-il.

De retour à Vaasa, leur port d’attache qui compte 130 pêcheurs équipés de bateaux de 6 à 10 mètres, les chercheurs finlandais sont bien décidés à appliquer la +méthode basque+. « Nous devons résoudre ce problème technique de moteur et réussir à construire les mêmes liens entre agriculteurs et pêcheurs », martèle M. Nygard.

Ils pourraient notamment s’inspirer de l’adaptation du moteur, mais avec un autre biocarburant, peut-être issu de graisses animales, précise-t-il.

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