A Saint-Nazaire, où sont construits les Mistral, les Russes sont des clients comme les autres

Dans cette ville portuaire, où les chantiers navals sont un poumon économique, on ne veut pas polémiquer sur cette commande. Les 400 marins russes en formation depuis le 15 juillet ne passent pas inaperçus, même en civil, mais leur présence ne suscite aucune hostilité.

Les habitants les croisent dans les salles de sport, sur le front de mer ou jouant au foot sur la plage. Certains sont avec leurs femmes, venues pour les vacances.

Ils vont dans les laveries avec de gros sacs, comme tout militaire en permission. « J’en ai vu plusieurs dans un tabac qui achetaient des cigarettes électroniques », remarque Pierre, un Nazairien retraité qui fait ses courses dans les petits commerces de la ville.

Laurent Dupont, le patron de l’Hôtel de l’Europe, abonde en ce sens: « On a reçu des officiers russes bien avant, et la clientèle internationale n’est pas une nouveauté ici. C’est une ville portuaire, donc cosmopolite, et pour nous, commerçants, les Russes ne sont pas des clients différents des autres ».

« Ils vivent comme n’importe quel militaire en déplacement à l’étranger, ils consomment dans la mesure de leurs moyens et de leurs besoins. Leur présence ici n’est pas problématique, il n’y a pas de raison de mieux ou moins bien les servir que les autres clientèles internationales », ajoute le commerçant.

– « polis et discrets » –

« Bien sûr qu’on les voit! Ils viennent acheter du tabac, ils consomment un peu au café, et ils arrivent toujours à se débrouiller pour se faire comprendre même s’ils ne parlent que russe », assure la patronne du Balto, bar-tabac bien connu du centre-ville.

« En tous cas, nos habitués ne cherchent pas à parler politique avec eux, ce sont des clients comme les autres. Ils sont polis et discrets, on voit bien qu’ils ne sont pas là pour faire des remous », ajoute-t-elle.

Pendant ce temps aux chantiers navals STX la construction continue normalement malgré la polémique qui enfle mardi en plein débat européen sur l’éventualité d’un renforcement des sanctions contre Moscou.

Lundi, le président français, François Hollande, a affirmé que la livraison du Vladivostok, le premier des deux bâtiments de projection et de commandement (BPC), aurait bien lieu, en soulignant que la Russie avait « payé ». Mais il a affirmé que la livraison du second, le Sébastopol, « dépendra de l’attitude » de Moscou dans le conflit ukrainien.

Le Vladivostok, déjà achevé, doit être livré en octobre et d’ici là les 400 marins russes, qui représentent les équipages des deux navires, se seront formés à leurs maniement. Le Sébastopol est réalisé à plus de 50% et doit être livré un an plus tard. Le contrat, signé en 2011 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, se monte à 1,2 milliard d’euros.

« On ne peut qu’espérer que la situation va s’apaiser en Ukraine et qu’on pourra sortir par le haut. Nous faisons le boulot normalement. Après, à qui on livrera, les mois à venir le diront », explique Christophe Morel, élu CFDT chez STX.

Le deuxième BPC est nécessaire aux chantiers pour maintenir la charge de travail, « sinon plus de 300 salariés risquent à nouveau le chômage partiel », assure Nathalie Durand (FO). Mais pour Joël Cadoret (CGT) « la priorité doit être donnée à la construction navale civile ».

« Nous avons toujours été très réservés sur la construction de navires militaires, qui peuvent employés contre les peuples et relèvent de la sphère politique. On voit aujourd’hui les conséquences que cela peut avoir », commente-t-il.

str-phs-gvy/axt/tll

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