À la veille de la première visite royale à Ceuta depuis 2007, qui pourrait mettre à rude épreuve les relations historiquement délicates entre l’Espagne et le Maroc, le quotidien assure qu’au moins une frégate marocaine et plusieurs vedettes de patrouille ont pénétré dans les eaux espagnoles sans autorisation préalable, citant des sources ayant connaissance de ces incidents restées anonymes.
« Il ne s’agissait pas (…) d’un simple passage ou d’une entrée accidentelle mais bien d’une violation intentionnelle et répétée des eaux territoriales, pour laquelle il existe peu de précédents », a écrit El Pais.
« Les incursions navales du Maroc se sont poursuivies pendant les premiers jours d’août, en pleine montée des tensions, et ont failli provoquer une collision entre des navires de guerre des deux pays », a poursuivi El Pais.
Seule l’intervention de la marine espagnole et du ministère de la Défense a mis fin aux incursions marocaines, selon ce journal.
Des interrogations persistent quant au rôle que Rabat aurait pu jouer dans la ruée sans précédent et meurtrière de plus de 70.000 migrants en provenance du Maroc vers Ceuta les 30 et 31 juillet.
La droite espagnole accuse le royaume chérifien d’avoir orchestré ces entrées pour des motifs politiques, celui-ci revendiquant la souveraineté sur Ceuta et l’autre territoire espagnol d’Afrique du Nord, Melilla.
Pour le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez, qui s’est efforcé d’améliorer les relations avec Rabat au cours de ses huit années au pouvoir, aucune « preuve solide » n’étaye ces accusations.
Le roi du Maroc Mohammed VI est sorti de son silence sur ce sujet vendredi en dénonçant « les déclarations irresponsables faites par certains cercles politiques et médiatiques et leur instrumentalisation flagrante de la situation », dans une référence aux critiques espagnoles.
Il a déclaré devant le Parlement que le partenariat de son pays avec l’Espagne était « un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait être soumis à quelque pression ou menace que ce soit, ni à aucune forme de chantage ».
El Pais a précisé que ses sources refusaient de se perdre en conjectures sur une possible coordination délibérée entre les incursions navales marocaines et l’afflux de migrants mais a ajouté que l’incident avait « ravivé les tensions ».
Le ministère espagnol de la Défense n’avait pas répondu lundi soir à une demande de commentaires faite par l’AFP.
La visite de mardi à Ceuta du roi Felipe VI et de la reine Letizia revêt une forte portée symbolique. Le voyage effectué en 2007 par l’ancien monarque Juan Carlos avait déclenché une crise diplomatique.




