Loin des objets politiques clivants mis en avant par LFI lors de ses précédentes « niches » parlementaires ces deux dernières années (abrogation de la réforme des retraites, nationalisation d’ArcelorMittal), le groupe mélenchoniste a cherché cette fois-ci l’efficacité.
En milieu de journée, l’Assemblée a adopté en première lecture, par 166 voix contre 16, un texte visant à revaloriser le métier d’AESH, en créant pour ces accompagnants scolaires — 140.000 personnes à la rentrée 2026, majoritairement des femmes — un corps de fonctionnaires de catégorie B.
« La manière dont nous traitons les AESH est révélatrice de la façon dont nous considérons les élèves en situation de handicap », a déclaré la rapporteure du texte, Murielle Lepvraud. Les fonctionnariser, « c’est réparer une injustice, celle que nous avons fait subir à toutes ces femmes maintenues pendant si longtemps sous le seuil de pauvreté ».
Toute la gauche a voté pour le texte. Mais aussi la majorité du groupe Les Républicains, dont l’un des députés, Corentin Le Fur, avait déposé une proposition de loi similaire en 2024.
« Ce n’est pas parce que ce texte est repris aujourd’hui par un adversaire politique que nous devons refuser de le voter », a-t-il déclaré, précisant vouloir financer ce dispositif « coûteux » par des « économies massives ».
Le ministre de l’Education Edouard Geffray s’est dit favorable au « principe d’une fonctionnarisation progressive des AESH ». Mais a listé les problèmes « extrêmement lourds » posés par le texte, dont la mobilité géographique liée au statut de fonctionnaire.
Le MoDem a voté contre, quand les députés RN, Renaissance, et Horizons se sont majoritairement abstenus. « Ce texte, c’est de la pure démagogie » à « six mois des élections », a jugé Géraldine Bannier (MoDem).
« Une honte », a lancé Thierry Tesson (RN), pointant du doigt les LR qui « prétendent toujours » faire des économies.
– Outre-mer –
Plus tôt, les députés avaient adopté à main levée une première proposition de loi, qui devra également partir au Sénat.
Technique, elle porte sur le fait de pouvoir être déclaré propriétaire d’un bien après un certain délai d’occupation.
Il est de 30 ans en métropole mais en 2024 il a été abaissé à 10 ans en Outre-mer, dans le but d’aider à sortir de situations d’indivisions. Mais après deux ans, les députés ont finalement décidé de revenir sur le délai initial de trois décennies pour tout le monde.
L’indivision – étape d’une succession censée rester temporaire, où les biens appartiennent indistinctement à tous les héritiers – provoque de lourdes difficultés de gestion foncière en Outre-mer.
Et les « manoeuvres frauduleuses » se sont « considérablement accélérées depuis 2024 », a déclaré l’élu de Martinique Jean-Philippe Nilor, rapporteur du texte.
La députée de la Réunion Emeline K/Bidi (groupe communiste et ultramarin), a abondé en évoquant des héritiers se maintenant dans un bien « par la force », et le risque d’abus de « spéculateurs ».
– Violences sexuelles –
Pour la suite de la journée, LFI espère avoir le temps d’emmener jusqu’au vote plusieurs autres textes faisant l’objet de peu d’amendements.
Au programme notamment : la prise en charge intégrale des soins liés à des violences sexuelles pour toutes les victimes quel que soit leur âge, et la protection des jeunes majeurs de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Les Insoumis ambitionnaient initialement de commencer la journée en proposant de revenir sur la réintroduction possible de pesticides interdits pour certaines filières, dont l’acétamipride.
Mais des dizaines d’amendements ont été déposés par « la droite et l’extrême droite », entraînant la « quasi impossibilité » d’aller au vote, a déploré mercredi la cheffe du groupe LFI, Mathilde Panot. Le texte figure donc désormais en sixième place et a peu de chance d’être examiné.




