Qu’est-ce qui a été visé en Russie ?
Depuis plus d’un an et demi, Kiev a intensifié ses attaques de drone contre l’industrie énergétique de son voisin, afin de réduire les revenus russes liés aux exportations d’hydrocarbures et d’affaiblir la capacité de Moscou à financer sa guerre en Ukraine.
Les frappes ont ciblé « surtout les raffineries (…) plutôt que les unités de stockage », explique à l’AFP Julien Mathonnière, économiste d’Energy Intelligence.
D’après l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), une raffinerie russe a été touchée en moyenne tous les trois jours sur les huit premiers mois de l’année.
Résultat, Moscou a mis en place en juillet une interdiction d’exportation du gazole qui court jusqu’à fin octobre, bien qu’en pratique de petits volumes de livraisons soient encore observés.
« Les exportations nettes de gazole de la Russie ont chuté d’environ 80 % en glissement annuel au troisième trimestre 2026, passant d’environ 1,05 million de barils par jour à seulement 200.000 », affirme Viktor Kurilov, analyste à Rystad Energy.
Pourquoi cela contrarie Trump ?
Les prix des carburants ont bondi ces derniers mois, notamment le gazole qui a atteint des prix records dans le monde.
Aux États-Unis, le gazole s’est envolé à la pompe à un nouveau plus haut fin septembre à 6,53 dollars le gallon (3,78 litres), sans ensuite redescendre sous les 6 dollars, alors qu’il s’affichait à 3,75 dollars avant la guerre, selon l’Association automobile américaine (AAA).
Donald Trump désigne Kiev comme le responsable de cette envolée des prix qui met la pression sur le camp républicain auquel le président appartient avant les « midterms », les élections législatives de mi-mandat aux États-Unis prévues le 3 novembre.
Le président américain avait promis durant sa campagne de l’énergie à bas prix et de lutter contre l’inflation. Or le gazole est le carburant principal des tracteurs et des camions et sa hausse alimente l’inflation dans de très nombreux secteurs économiques.
L’Ukraine est-elle vraiment à l’origine de la hausse des prix ?
Les frappes de l’Ukraine expliquent « environ un tiers du déficit mondial de gazole, actuellement estimé entre 1,7 et 1,8 million de barils par jour », affirme M. Mathonnière.
« L’impact des précédentes frappes de drones [de la part Kiev] sur les prix mondiaux des produits raffinés avant la crise au Moyen-Orient était minime », souligne auprès de l’AFP James Henderson, chercheur à l’Oxford Institute for Energy Studies.
Mais depuis fin février, la guerre déclenchée par les frappes israélo-américaines contre Téhéran a drastiquement réduit les capacités d’exportations d’hydrocarbures des pays du Golfe via le détroit d’Ormuz. Les coûts du fret maritime ont bondi, et se répercutent sur les prix du pétrole.
Des conséquences d’autant plus importantes que ces pays du Golfe avaient développé ces dernières années d’importantes capacités de raffinage.
Combinés, le conflit au Moyen-Orient et les frappes ukrainiennes provoquent d’immenses tensions sur le marché.
Les prix peuvent-ils tomber avant les « midterms » ?
Dans une apparente tentative d’abaisser les prix du gazole avant les élections, Donald Trump a annoncé début octobre que Washington et Moscou s’étaient accordés pour la livraison de gazole russe au marché américain.
Mercredi, le président américain a affirmé que la fin de la guerre en Ukraine était proche, après quoi Kiev et Moscou se sont dits prêts à reprendre les négociations directes sous médiation américaine.
Mais pour le moment les attaques se poursuivent.
« Je pense qu’il n’y a pas grand-chose à faire à très court terme pour faire baisser le prix du gazole », juge auprès de l’AFP Jorge Leon, de Rystad Energy.
En cas d’arrêt des hostilités ou d’accord pour épargner les installations énergétiques, les prix pourraient redescendre, mais « pas assez rapidement pour changer la donne » avant les élections de mi-mandat, selon l’analyste.
En attendant, les réparations des infrastructures prennent du temps et les hostilités au Moyen-Orient continuent de pousser les prix du brut.




