Le guichet du plan de sortie de flotte destiné aux pêcheurs d’anguilles, de civelles, d’aloses, de lamproies et de salmonidés migrateurs a ouvert le 28 octobre 2026. Doté de 10 millions d’euros, le dispositif doit permettre aux professionnels volontaires de cesser leur activité dans des conditions négociées. Le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) salue l’accompagnement, mais prévient : réduire la flotte ne suffira pas à enrayer le déclin de ces espèces.
C’est une page qui se tourne pour une partie de la pêche estuarienne française. Depuis ce mercredi 28 octobre, les professionnels qui exploitent les espèces dites amphihalines peuvent déposer leur demande au titre du plan de sortie de flotte (PSF). Ces poissons migrateurs, qui partagent leur cycle de vie entre la mer et les eaux douces, sont au cœur d’un resserrement réglementaire.
Pour la campagne 2026/2027, les pêcheurs concernés voient en effet leurs possibilités de pêche réduites. Le plan de sortie leur offre une alternative : arrêter leur activité moyennant une indemnisation, plutôt que de poursuivre avec des droits amoindris.
Un dispositif promis à l’UNOC 2025
L’idée d’un accompagnement des pêcheurs de migrateurs n’est pas nouvelle. Elle avait été annoncée lors de la Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC), organisée à Nice en 2025, en réponse au déclin documenté des populations de poissons migrateurs.
Depuis, le CNPMEM a travaillé avec la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture (DGAMPA) pour en fixer les modalités. L’organisation professionnelle dit avoir cherché à obtenir « les meilleures conditions possibles » pour ceux qui choisiront de raccrocher. Le principe reste celui du volontariat. Seuls les professionnels qui en font la demande, et qui remplissent les critères d’éligibilité, pourront bénéficier du plan.
10 millions d’euros, et une promesse de rallonge
Le plan s’adresse aux titulaires d’une licence CMEA ou d’une autorisation régionale de pêche de l’anguille. Il couvre l’ensemble des pêcheries amphihalines : anguille et civelle, aloses, lamproies et salmonidés migrateurs.
L’enveloppe initiale s’élève à 10 millions d’euros. Reste à savoir si elle suffira. Sur ce point, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est engagée à compléter le budget si nécessaire, afin que toutes les demandes éligibles soient financées.
Pour les pêcheurs qui hésitent encore, cette garantie change la donne : le montant de l’enveloppe ne devrait pas, en principe, limiter le nombre de dossiers retenus.
Civelle : les quotas restent dans la profession
La pêche à la civelle, l’alevin de l’anguille, fait l’objet d’une précision attendue. La DGAMPA a indiqué que les quotas libérés par les navires qui cessent leur activité resteront à la disposition de ceux qui la poursuivent. Autrement dit, les départs ne se traduiront pas par une disparition sèche des droits de pêche correspondants. Ils pourront bénéficier aux professionnels qui restent en activité.
Le CNPMEM entend néanmoins rester attentif. L’organisation dit qu’elle veillera aux conditions de travail des pêcheurs qui continueront d’exercer, afin que les mesures de l’État ne se retournent pas contre eux. Si la pêche est aujourd’hui mise à contribution, le CNPMEM rappelle qu’elle n’explique pas à elle seule le déclin des migrateurs. Plusieurs facteurs terrestres pèsent lourdement sur ces espèces. En tête, les obstacles à la migration, au premier rang desquels les barrages. Pour des poissons qui doivent remonter ou descendre les cours d’eau pour se reproduire ou grandir, chaque ouvrage infranchissable coupe une partie du cycle de vie.
S’y ajoutent l’artificialisation des milieux aquatiques et les pollutions qui dégradent la qualité des eaux. Pour l’organisation, la préservation de ces espèces exige donc une approche globale. Elle doit associer la gestion de la pêche à la reconquête de la continuité écologique et à la restauration des milieux.
« La réduction de la flotte ne peut constituer la seule réponse »
Olivier Le Nézet, président du CNPMEM, résume la ligne de l’organisation : accompagner les départs sans fragiliser ceux qui restent. « Nous devons accompagner les professionnels concernés par les mesures décidées par l’État et veiller à ce que celles-ci ne pénalisent pas ceux qui poursuivent leur activité », déclare-t-il. Mais le responsable professionnel élargit aussitôt le propos. « Cependant, la réduction de la flotte ne peut constituer la seule réponse au déclin des espèces amphihalines », prévient-il. Selon lui, il faut aussi agir sur la rupture de la continuité écologique et les pollutions aquatiques, et participer activement à la restauration des milieux.
La profession accepte de prendre sa part, à condition que les autres causes du déclin soient traitées avec la même détermination. Le CNPMEM assure qu’il restera mobilisé auprès des pouvoirs publics pour faire respecter les garanties obtenues et défendre les intérêts des pêcheurs concernés.




