Par Linda Verhaeghe
***
La start-up bretonne HYG Motors développe une gamme de moteurs électriques à haut rendement, conçus pour les bateaux et les drones marins et sous-marins. Son innovation « RIM » lui a valu le Prix GICAN de l’innovation navale de défense en mai 2026.
Créée en 2012 dans le domaine de l’hydrogène, avant de réorienter son activité vers la propulsion en 2020, HYG Motors a développé une expertise dans les motorisations électriques. Basée à Vannes (Morbihan), la start-up présente à Euronaval sur le pavillon SEAnnovation conçoit et fabrique ses moteurs pour la plaisance, le transport de passagers, ainsi que les drones de surface et sous-marins. Au cœur de son développement, une technologie baptisée « RIM » reposant sur une conception différente des moteurs électriques traditionnels, qui lui a permis de décrocher le Prix GICAN de l’innovation navale de défense en mai 2026.
La particularité de cette motorisation tient d’abord à son architecture, qui intègre le moteur au plus près des pales de l’hélice pour limiter le nombre de pièces et réduire les pertes énergétiques. Là où les moteurs concurrents peuvent compter entre 80 et 100 composants, le RIM n’en a que quatre : un rotor, un stator et deux paires de roulements. Surtout, il ne possède pas d’axe central : une caractéristique qui évite par exemple aux algues ou aux cordages de s’enrouler autour et de bloquer la propulsion, tout en favorisant la circulation de l’eau autour. « Nous avons repensé la motorisation en l’intégrant au plus près du système rotatif, ce qui permet de simplifier sa conception », explique Guénaël Roux, directeur-général de HYG Motors.
Rendement énergétique et maintenance pensés pour les usages maritimes
Cette architecture se traduit aussi par des performances énergétiques, avec un rendement proche de 92 %, contre environ 55 à 60 % pour les solutions concurrentes. Un niveau d’efficacité qui permet concrètement de mieux exploiter l’énergie disponible dans les batteries et d’augmenter l’autonomie des embarcations et des drones. Autre particularité, le moteur n’est pas étanche. L’eau circule donc à l’intérieur, ce qui supprime le recours aux joints, à l’huile et à la graisse, et la pollution marine. Cette conception facilite aussi les interventions techniques, avec une ouverture de la partie arrière donnant directement accès au moteur. Selon HYG Motors, les opérations de réparation ont ainsi pu être réalisées en moins d’une minute lors de ses essais.
HYG Motors a parallèlement développé une tuyère propulsive intégrée dont la conception s’inspire de l’aéronautique. En accélérant les flux d’eau à son entrée, cette pièce participe à la production de poussée et représenterait environ 30 % de la poussée totale du système. La gamme RIM se décline en outre en plusieurs niveaux de puissance : de 500 W à 30 kW, avec la possibilité de concevoir des motorisations spécifiques adaptées au cahier des charges des clients. Les modèles destinés aux drones sous-marins peuvent fonctionner jusqu’à 4 000 mètres de profondeur, tandis que l’entreprise maîtrise également la conception du contrôleur électronique qui régule la puissance transmise par la batterie au moteur, précise la start-up.
La maîtrise industrielle constitue un argument supplémentaire de différenciation sur un marché où les fabricants de ce type de motorisation sont peu nombreux. La fabrication est entièrement française, seuls les aimants et le cuivre sont achetés à l’extérieur. Cette maîtrise de la chaîne de valeur répond à un enjeu de souveraineté industrielle, sensible dans le secteur de la défense et des systèmes autonomes maritimes. Les applications sont multiples : des opérateurs de drones de surface et sous-marins aux gestionnaires portuaires, qui recherchent des solutions de propulsion silencieuses pour circuler sans perturber les plaisanciers, en passant par les activités de transport de passagers.
La prochaine étape consiste à accélérer le développement commercial et à passer à une nouvelle échelle industrielle : « Ce que nous recherchons avant tout, ce sont des partenaires capables de nous apporter des besoins précis, sur lesquels nos équipes d’ingénieurs pourront travailler pour développer des moteurs adaptés à leurs contraintes opérationnelles », précise Guénaël Roux.




