Piraterie : la France va autoriser des gardes armés à bord des navires

« La piraterie maritime constitue une menace majeure sur le commerce maritime international et la sécurité des approvisionnements », a assuré M. Ayrault, au premier jour des Assises de l’économie maritime et du littoral à Montpellier, rappelant les perspectives de développement « considérables » dans le domaine maritime.

« Assurer la sécurité du transport maritime revêt donc un enjeu économique considérable pour les armateurs français », a estimé le Premier ministre. « C’est pourquoi nous avons décidé d’autoriser le recours à des équipes privées en complément des équipes embarquées mises à disposition par la Marine nationale », a-t-il annoncé, alors que les actes de piraterie ont connu un essor considérable en quinze ans dans le monde.

Le Comité interministériel de la mer (CIMer), réuni lundi à Paris, a validé ce projet qui vient d’être transmis au Conseil d’Etat, a expliqué M. Ayrault. Il sera ensuite présenté en Conseil des ministres avant sa transmission au Parlement, a-t-il ajouté, assurant que la mesure allait être mise en oeuvre « sans attendre ».

Les armateurs « très satisfaits »

Depuis 2008, les armateurs de navires français bénéficient de la protection de la Marine nationale pour prévenir les risques d’attaques pirates, mais ne sont pas autorisés à embarquer des gardes armés, contrairement à de nombreux autres pays, comme la Grande-Bretagne, l’Espagne, le Danemark ou la Norvège.

Face à cette situation, ils réclamaient de pouvoir recourir eux aussi à des équipes privées, après avoir adopté certaines mesures de sécurité à bord comme l’installation de fils barbelés, de canons à eau ou sonores, ou encore avoir augmenté la vitesse de leurs navires dans les zones dangereuses.

Alors que 80% du commerce mondial transite par la mer, dans un contexte très concurrentiel, ils souhaitaient se retrouver à armes égales avec leurs homologues européens.

« Nous sommes très satisfaits de cette mesure que nous attendions depuis presque deux ans », s’est félicité Eric Banel, délégué général d’Armateurs de France, disant souhaiter maintenant que le projet de loi soit rapidement déposé au parlement. « Il faut que ça aille vite », a-t-il dit à l’AFP.

Selon l’organisation professionnelle, « les entreprises françaises perdent des marchés, faute de pouvoir garantir en continu la protection des navires, des équipages et de leurs cargaisons ».

M. Banel a assuré qu’entre un quart et un tiers des navires français ne bénéficiaient pas d’une protection militaire, faute de disponibilité ou de délais de déploiements sur zone trop longs.

Légitime défense

Jack Lang, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies sur la piraterie maritime au large de la Somalie, s’est également « réjoui » de l’annonce faite à Montpellier, tout en soulignant que les gardes embarqués ne devaient agir qu’en légitime défense.

« Je me réjouis de l’annonce de Jean-Marc Ayrault d’autoriser les navires à se protéger par des hommes armés. Une condition doit évidemment être respectée : le respect du droit international. La présence de gardes armés doit uniquement servir à la protection des navires en cas d’attaque », a déclaré M. Lang dans un communiqué.

En recul au large de la Somalie, la piraterie est en essor dans plusieurs autres secteurs du globe, notamment dans le golfe de Guinée.

La piraterie somalienne a largement diminué ces dernières années après avoir atteint un pic en 2011, à la faveur, notamment, des patrouilles de flottes internationales dans le golfe d’Aden et plus au large dans l’océan Indien, ainsi que de la présence de gardes armés à bord de bon nombre de bateaux commerciaux qui traversent ces eaux.

En janvier 2011, les pirates somaliens détenaient 736 otages et plus de 32 navires marchands. Aujourd’hui, ils ne détiennent qu’un seul bateau d’importance et une cinquantaine de marins originaires du Bangladesh, de Chine, d’Inde, d’Indonésie, d’Iran, des Philippines, du Sri Lanka, de Thaïlande, du Vietnam, auxquels s’ajoutent une trentaine de pêcheurs yéménites.

Le nombre d’attaques de pirates a cependant augmenté de façon vertigineuse dernièrement dans le Golfe de Guinée, qui comprend le Nigeria, le Bénin et le Togo, selon plusieurs études.

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