A Nice, des assises de la pêche sous le signe de la colère

Nice, 21 sept 2023 (AFP) – Les assises annuelles de la pêche s’ouvrent jeudi à Nice (Alpes-Maritimes) dans un climat de colère, les pêcheurs dénonçant, avec la fin des aides au gazole, le « désengagement » de l’Etat d’un secteur « au bord du gouffre ».

Le secrétaire d’État à la Mer, Hervé Berville, a confirmé samedi que les aides à la trésorerie de 20 centimes (hors taxe) par litre de gazole s’arrêteraient le 15 octobre.

Le coût global de ces mesures, en place depuis mars 2022, s’est élevé à 75 millions d’euros pour l’Etat, le gouvernement affirmant ne plus pouvoir les prolonger « car le régime européen qui permettait ces aides s’arrête cette année ».

« Ce n’est pas à l’Etat de se substituer tout le temps à la responsabilité de tous les acteurs de la filière », a estimé M. Berville, dans un entretien à Ouest-France et TV-Rennes.

Une déclaration perçue comme « une provocation » par les professionnels. « On est pris en étau entre le cours du gazole et le cours du poisson, qui est très bas », a témoigné auprès de l’AFP Christophe Collin, directeur de l’Armement bigouden au Guilvinec (Finistère).

L’un de ses neuf navires est revenu au port avec 43.000 euros de poissons pour une dépense exorbitante de 23.000 euros de gazole, se désole-t-il.

Mercredi, les principales organisations représentant le secteur de la pêche ont dénoncé le « désengagement » de l’Etat.

Le comité national des pêches (CNPMEM) a haussé le ton, rappelant la capacité de mobilisation des pêcheurs, tandis que l’association France Filière Pêche (FFP), l’interprofession regroupant pêcheurs, mareyeurs, transformateurs et distributeurs, a estimé qu’il ne revenait pas à la filière de « pallier les manquements du gouvernement ».

La flotte française, troisième de l’Union européenne derrière l’Espagne et le Danemark avec quelque 6.500 navires, a diminué de plus d’un quart en 20 ans. Ses armements sont vieillissants, comme ses marins, dont près de la moitié partiront à la retraite d’ici 5 à 10 ans.

– « Impasse » –

La succession de crises, du Covid au Brexit, l’a encore fragilisée: 90 navires (dont 45 en Bretagne) devraient partir à la casse dans le cadre d’un « plan d’accompagnement individuel » post-Brexit, destiné aux pêcheurs n’ayant plus accès aux eaux britanniques.

la flambée du carburant est la crise de trop pour le comité des pêches qui explique que la rémunération des marins-pêcheurs se réduit à mesure que ce prix augmente. « Cette impasse crée une pression sociale insupportable pour les marins et leurs familles », souligne-t-il.

L’impact du coût du carburant, avec celui de l’électricité pour les entreprises de l’aval – criées, mareyage, grossistes, poissonniers et distributeurs -, « n’est plus tenable », a renchéri FFP.

Au-delà de la question du carburant, les pêcheurs regrettent « un manque de considération » du gouvernement.

« Depuis deux ans, l’Etat a (répondu) à l’urgence, mais sans définir les conditions d’une solution pérenne pour le secteur ni afficher d’ambition concrète pour la pêche française pour les 20 prochaines années », affirme le comité national.

« Où sont les 100 millions d’euros que le secrétaire d’Etat (Hervé Berville) voulait imposer aux grandes et moyennes surfaces? Plutôt que de faire des annonces, il aurait dû nous accompagner », a maugréé le président du comité national, Olivier Le Nezet. Selon lui, l’enjeu est plutôt de parvenir à des solutions pérennes, permettant au secteur de recruter, de se décarboner et de retrouver un équilibre.

Depuis la création de France Filière Pêche, en 2011, la profession a investi « plus de 250 millions d’euros » pour valoriser les produits de la pêche et aider le secteur, rappelle Frédéric Toulliou, son président.

Pour aller plus loin, dit-il à l’AFP, notamment dans la mise en oeuvre d’un Contrat stratégique de filière – en cours d’élaboration, « l’Etat doit s’engager ».

Hervé Berville répondra aux pêcheurs vendredi matin devant leurs assises où se tiendront diverses tables rondes sur les défis de la filière, la « cohabitation » des pêcheurs avec les espèces protégées ou la formation.

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