Si Moscou et Kiev s’accusent déjà mutuellement de chercher à faire échouer cet accord, les détails sur sa mise en oeuvre concrète restent flous.
Voici ce que l’on sait sur cette potentielle trêve en mer Noire.
– Ce qui a été annoncé –
La Maison Blanche a annoncé mardi que la Russie et l’Ukraine avaient convenu d' »assurer la sécurité de la navigation, d’éliminer l’usage de la force et d’empêcher l’utilisation de navires commerciaux à des fins militaires dans la mer Noire ».
Cet accord a été confirmé par l’Ukraine, qui a cependant dit vouloir obtenir des « détails » sur son application de la part des Etats-Unis, et par la Russie, qui a toutefois averti qu’elle ne s’y plierait que lorsque les sanctions visant ses exportations agricoles seraient levées.
Il y a donc une confusion quant à la date d’entrée en vigueur de cette potentielle trêve, Washington n’ayant fourni aucun calendrier.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de son côté dit estimer que l’accord était entré en vigueur dès son annonce par les Etats-Unis mardi. Le Kremlin a insisté sur le respect préalable des conditions qu’il a posées.
– Quelle situation en mer Noire ? –
L’Ukraine, qui, contrairement à la Russie, n’est pas une puissance navale, a remporté des succès en mer ces trois dernières années, ses attaques de drones et de missiles ayant infligé des pertes importantes aux bâtiments de guerre russes, les forçant à rester dans la partie orientale de la mer Noire.
Les forces ukrainiennes ont ainsi notamment coulé en avril 2022 le croiseur Moskva, le navire amiral de la flotte russe de la mer Noire, un revers humiliant pour Moscou.
La flotte ukrainienne ayant été en quasi-totalité détruite, il n’y a pas de véritables batailles navales en mer Noire dans ce conflit. Mais l’Ukraine peut attaquer bateaux et ports russes à l’aide de drones maritimes. La Russie bombarde quant à elle régulièrement les ports ukrainiens par la voie des airs, en particulier celui d’Odessa.
L’Ukraine a averti mardi qu’elle considérerait que ce serait une violation de l’accord si les navires russes s’aventuraient au-delà de la partie orientale de cette mer.
– L’échec de l’accord céréalier –
La Russie et l’Ukraine ont été parties prenantes de juillet 2022 à juillet 2023 à un accord qui permettait à l’Ukraine de continuer à exporter ses céréales via la mer Noire sans que ses cargos courent le risque d’être coulés.
La Russie s’était finalement retirée de cet accord conclu sous l’égide de l’ONU et grâce à la médiation de la Turquie, se plaignant du non-respect d’un autre accord visant à garantir les exportations d’engrais et de produits agricoles russes, malgré les sanctions.
Depuis, l’Ukraine exporte via un itinéraire de navigation qui longe les pays européens de la mer Noire tels que la Roumanie et la Bulgarie, un trajet plus long mais loin des navires de guerre russes.
La Russie et l’Ukraine sont parmi les plus grands exportateurs mondiaux de céréales et celles-ci sont essentielles notamment aux pays d’Afrique et d’Asie.
Depuis la fin de l’accord céréalier, la Russie a frappé à de multiples reprises les installations portuaires à Odessa et sur le Danube, une autre voie de transport vers l’étranger de céréales ukrainiennes.
L’Ukraine espère ainsi obtenir la fin de ces attaques avec cette trêve.
« Pour nous, une trêve en mer signifie la fin des bombardements des infrastructures portuaires de l’Ukraine », a déclaré cette semaine le porte-parole de la marine ukrainienne, Dmytro Pletentchouk.
– Que veut la Russie ? –
La Russie, pour sa part, espère obtenir un allègement des restrictions occidentales pesant sur la banque agricole publique Rosselkhozbank, ainsi que sur d’autres institutions financières russes liées à l’alimentation et aux engrais.
Dans leur déclaration, les Etats-Unis ont assuré qu’ils aideraient à « rétablir l’accès de la Russie au marché mondial des exportations de produits agricoles et d’engrais » et qu’ils amélioreraient « l’accès aux ports et aux systèmes de paiement pour ces transactions ».
Le Kremlin a aussi dit avoir exigé la fin des restrictions visant « les transactions de financement du commerce » et « les services portuaires et les sanctions sur les navires battant pavillon russe impliqués dans le commerce des denrées alimentaires (…) et des engrais ».
Sur le plan militaire, une trêve en mer Noire ne contribuerait cependant que très marginalement à une fin des hostilités plus globale.
D’un point de vue militaire, « l’initiative sur la mer Noire semble inutile » car aucune bataille ne s’y déroule, relève l’analyste russe Sergueï Markov.
Dès lors il s’agit avant tout, selon M. Markov, pour Donald Trump d’afficher des « réussites » dans ses efforts de paix, aussi limitées soient-elles.