« C’est vraiment une énorme découverte pour la biodiversité marine en Méditerranée », la mer considérée par le fonds mondial pour la nature (WWF) comme la plus polluée du monde, a indiqué mercredi à l’AFP Julie Deter, directrice scientifique d’Andromède Océanologie.
De « gigantesques colonies de reproduction de picarels (Spicara smaris) », « plus de 18 millions de nids, chacun gardé par un mâle », ont été observées « sur la côte orientale corse », sur « plus de 134,6 hectares entre 37 et 50 mètres de profondeur », rapportent ces scientifiques qui ont fait cette découverte avec des chercheurs de l’Université de Montpellier et en partenariat avec l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, le parc naturel marin du Cap Corse et Bastia Offshore Fishing.
Ces nids « attirent de nombreux prédateurs, y compris des espèces en danger critique d’extinction comme le requin ange », souligne Andromède, qui précise que les colonies de reproduction « sont bien connues chez les oiseaux de mer » mais « exceptionnelles chez les poissons marins ».
Les fonds marins sont « entièrement reconstruits en nids circulaires jointifs mesurant 55 cm de diamètre » et attirant « une riche macrofaune » venue manger les oeufs ou les adultes.
Le picarel, poisson de 20 cm, hermaphrodite et zooplanctonophage, tient ainsi un « rôle écologique exceptionnel » en tant qu' »ingénieur de l’écosystème créant des oasis de vie marine », souligne l’organisme, qui appelle à « une meilleure protection de la zone, au moins pendant la courte saison de reproduction » de quelques semaines au printemps.
Cette découverte, sur le littoral sablonneux de la plaine orientale corse, qui abrite « l’un des herbiers de posidonies les plus vierges de la Méditerranée », a eu lieu « fortuitement en mai 2021 lors d’une vaste campagne axée sur les requins anges ». Elle vient de faire l’objet d’une publication fin septembre dans la revue scientifique américaine « Current Biology ».
Si cette nouvelle est encourageante pour la biodiversité marine en Méditerranée, le paysage global est plus sombre, les différentes populations d’animaux sauvages ayant perdu en moyenne 73% de leurs individus en 50 ans, selon le rapport de référence du Fonds mondial pour la nature (WWF) publié jeudi.