Huîtres d’Arcachon contaminées: plusieurs plaintes, enquête ouverte

Bordeaux, 12 jan 2024 (AFP) – Une enquête a été ouverte dans l’affaire des huîtres contaminées du bassin d’Arcachon qui ont provoqué des intoxications massives autour de Noël, après plusieurs plaintes dont une mettant en cause ceux qui “savaient” depuis novembre et auraient tardé à agir.

La production des ostréiculteurs dans cette zone, qui fournit près de 10% des huîtres du pays avec quelque 8.000 tonnes par an, a été interdite à la vente le 27 décembre, à quelques jours du réveillon du Nouvel An, après une épidémie de gastroentérite autour de Noël.

Une première plainte a été déposée deux jours plus tard par une association de défense des eaux du bassin d’Arcachon (Adeba), créée par des ostréiculteurs, contre le syndicat intercommunal (Siba) responsable du réseau d’assainissement local et de la gestion des eaux pluviales.

L’Adeba pointait la contamination du milieu marin par des débordements du réseau après de fortes pluies, en mettant en cause le gestionnaire. Le constat de débordements a conduit le parquet à ouvrir une enquête le 5 janvier.

Ouverte notamment pour “écocide”, elle vise des “déversements” de substances nuisibles pour la faune, la flore et la santé humaine, commis “par imprudence ou négligence”, ou de façon intentionnelle, par des personnes physiques ou morales.

Depuis, le parquet indique avoir été saisi “de deux nouvelles plaintes et a été informé de la volonté de nombreux ostréiculteurs de déposer plainte à leur tour”. “Les investigations se poursuivent”, a-t-il indiqué vendredi à l’AFP.

Sollicité par l’AFP, le Siba n’a pas donné suite dans l’immédiat.

– Compromis –

Jeudi, une association de protection de l’environnement a notamment déposé plainte contre X pour pollution, intoxication et mise en danger d’autrui.

Cette dernière, la Coordination environnement du bassin d’Arcachon (Ceba), estime que “beaucoup savaient”, depuis novembre, que les huîtres étaient contaminées mais ont préféré fermer les yeux pour “sauver” le Noël des ostréiculteurs, qui représente les deux tiers des ventes d’huîtres durant cette période faste pour la filière.

“Si l’on avait interdit aux ostréiculteurs de vendre leurs huîtres à Noël, ils auraient foutu le feu”, lance le président de la Ceba, Jacques Storelli, dénonçant “compromis” et “petit scandale”.

Dans sa plainte, la Ceba fait ainsi la “chronique d’une catastrophe annoncée”. “Ces incidents se produisent de manière régulière et prévisible. Le plus choquant est qu’ils entraînent souvent des intoxications qui pourraient être évitées”, estime l’association, appelant à informer en amont “la population des risques potentiels et des mesures de prévention à suivre”.

“Il n’en fut rien avant le 27 décembre”, déplore-t-elle dans sa plainte, regrettant que le “principe de précaution” n’ait pas été observé “dès novembre”.

– Conflit d’intérêts? –

Depuis plusieurs semaines, d’autres zones en France sont touchées par des interdictions de vente d’huîtres, en Loire-Atlantique, en Vendée, dans le Calvados, dans la Manche et plus récemment sur une partie de la baie du Mont-Saint-Michel.

Le Comité régional de la conchyliculture (CRC) des Pays de la Loire a annoncé jeudi avoir saisi la justice.

Son équivalent à Arcachon “communique, gesticule, mais ne fait rien”, déplore Thierry Lafon, président de l’Adeba et ancien patron du Comité régional de conchyliculture Arcachon Aquitaine (CRCAA).

Certains professionnels pointent un éventuel conflit d’intérêts entre l’actuel président du CRCAA, Olivier Laban, et le Siba, dont la responsable de communication est son épouse.

Le 29 décembre, lors d’une assemblée générale, M. Laban avait indiqué envisager de porter plainte mais celle-ci n’est toujours pas intervenue.

“Il ne s’agit pas de porter plainte pour le principe mais d’élaborer une stratégie avec des chances sérieuses d’aboutir”, a déclaré vendredi à l’AFP Matthieu Cabaussel, directeur du CRCAA, précisant que l’instance s’oriente vers une procédure civile.

Un référendum sera mis en place au sein de la filière arcachonnaise “afin que chacun puisse s’exprimer (…) pour prendre une décision”, a-t-il précisé, ajoutant que la profession avait contacté le Siba dès le 16 octobre “pour échanger sur les risques en lien avec les prévisions météorologiques”.

mer-jed/ppy/mpm

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