Le Costa Concordia a souligné les risques majeurs contre l’environnement dans le canal de Corse

Chaque jour y croisent en effet des centaines de navires souvent en mauvais état et transportant des matières dangereuses.

Présente à Bastia pour surveiller le passage du convoi du Concordia, Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, a annoncé vendredi l’étude de la création éventuelle de « routes protégées », voire d’un « rail » maritime, comme celui d’Ouessant, à l’entrée de la Manche.

« La politique consiste à ne jamais s’arrêter aux problèmes juridiques », a souligné Mme Royal lors d’une réunion à la préfecture de Haute-Corse du comité de pilotage du futur parc naturel marin du Cap Corse, qui sera le 10e du genre en France.

Elle avait été alertée sur l’absence d’information des autorités italiennes par le maire nationaliste de Bastia, Gilles Simeoni, peu avant l’annonce du départ du convoi du Concordia (groupe Carnival).

Les efforts conjoints des deux pays ont pourtant permis de réaliser ces dernières années des progrès pour prévenir les risques d’une catastrophe en Méditerranée.

Mais ceux-ci demeurent majeurs dans le canal de Corse, comme le soulignent les experts et les professionnels de la mer.

L’absence d’une législation adaptée en Italie empêche notamment « une gestion intégrée du littoral à l’échelon européen », selon le biologiste marin Nardo Vicente.

Les experts civils et militaires déplorent aussi une centaine de cas de pollutions, généralement provoqués par des dégazages (vidange sauvage en mer des cuves d’hydrocarbures) entre la côte orientale de la Corse et le littoral ligure et toscan.

Ils stigmatisent aussi l’opacité sur l’origine et la propriété réelle de nombreux navires agissant à leur guise.

Dénonçant avec les élus, les pêcheurs et les gens de mer insulaires l’absence d’information autour du passage de Concordia le long des côtes corses, le président du Comité national des pêches, Gérard Romiti s’est ainsi insurgé contre l’existence d’une « autoroute des croisières et d’une route des épaves » dans le canal de Corse.

Plus de 20.000 navires l’empruntent chaque année, soit autant que sur le rail d’Ouessant, et plus de 30% du trafic pétrolier mondial transite par la Méditerranée.

-Lever les obstacles juridiques –

Face aux préoccupations des élus corses du comité de pilotage du parc marin, le préfet maritime de la Méditerranée, l’amiral Yves Joly, a rappelé à Bastia les limites posées par le droit maritime international pour restreindre la liberté de navigation notamment dans les détroits.

« Si on interdit le passage à certains Etats, les navires français pourraient aussi bien être interdits dans les détroits d’Ormuz (au Moyen-Orient) ou de Malacca », en Asie du sud-est, a-t-il souligné.

Il a ajouté que « les seules interdictions possibles sont nationales et ne pénaliseraient que les navires français et italiens alors qu’ils sont fiables, au vu de normes de construction et d’entretien ».

Il a aussi émis une réserve sur la création d’un rail, rappelant que « Ouessant est sous juridiction française ».

Très impliquée dans la défense de l’environnement en Méditerranée, Ségolène Royal qui, comme ministre de l’Environnement, avait déjà négocié avec l’Italie, en 1992, la réglementation du passage dans les Bouches de Bonifacio, entre Corse et Sardaigne, s’est engagée à soumettre à plusieurs ministères l’étude d’un système de protection du canal de Corse.

« Il faudra tout faire pour lever les obstacles juridiques », a-t-elle insisté, ajoutant en souriant que cela lui donnerait « l’occasion de reprendre contact » avec son homologue italien, Gian Luca Galetti, qui avait été irrité par les demandes d’explications de Mme Royal sur le remorquage du Concordia.

« Il n’était pas très content, mais je continuerai à déranger autant qu’il le faudra! », a dit la ministre.

Elle avait toutefois rendu hommage jeudi, en se rendant compte sur zone à bord du navire militaire français Jason, à la qualité des opérations de remorquage du Concordia organisées par l’Italie et un consortium international vers le port de Gênes, où l’épave doit arriver dimanche pour y être découpée.

La coopération franco-italienne, avec Monaco et, depuis 2013 l’Espagne est d’ailleurs active depuis 11 ans avec un exercice annuel de lutte anti-pollution en Méditerranée.

Le prochain aura lieu en septembre au large de l’archipel toscan, proche du Cap corse.

pl/mfo/jag/cj

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