Cet homme de 46 ans, dont le navire Mussafah 2 a été frappé cette semaine dans le détroit d’Ormuz, est le seul marin philippin porté disparu dans la guerre au Moyen-Orient, selon le gouvernement des Philippines.
Mais plus de 6.000 autres professionnels du pays, dont un quart des marins dans le monde sont originaires, travaillent toujours dans la zone de conflit et « les zones environnantes ».
Dans ces eaux troubles, beaucoup attendent le feu vert pour traverser le détroit d’Ormuz, voie stratégique devenue mortelle.
Une série d’attaques iraniennes bloque le couloir maritime, par lequel transite habituellement 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié.
Pour John Winston Isidro, qui travaille à bord d’un grand pétrolier VLCC, le quotidien se partage entre monotonie et précautions. Son navire est plongé dans l’attente.
« L’équipage a cessé de travailler sur le pont », décrit l’homme de 32 ans à l’AFP. Sur ses heures de repos, il consulte Facebook, joue aux jeux vidéo et regarde des films.
Une routine devenue normale, raconte-t-il, même si certaines équipes restent en alerte, prêtes à « démarrer (les) moteurs » en cas d’urgence.
– Entre ennui et inquiétude –
Welbin Maghanoy, dont le navire transporte du pétrole brut à destination du Japon, était bloqué depuis neuf jours lorsqu’il s’est entretenu avec l’AFP.
« On commence à s’ennuyer et j’ai un peu peur, car de nombreux navires sont attaqués, la plupart sont des pétroliers comme le nôtre », s’inquiète-t-il, à 100 milles marins au large des côtes des Émirats arabes unis.
« Ceux dont les contrats sont sur le point d’expirer (…) ils veulent vraiment rentrer chez eux », explique-t-il à propos de ses collègues.
Judy Domingo, présidente du syndicat United Filipino Seafarers, qui compte 50.000 membres, indique à l’AFP avoir reçu des centaines d’appels de marins bloqués dans le détroit. L’approvisionnement en nourriture fait partie de leurs premières préoccupations.
« Certains ont également exprimé leur désir de quitter leur navire. Mais évidemment, nous ne pouvons pas les faire sortir de là immédiatement. Nous devons tenir compte de leur emplacement et trouver un port sûr où ils pourront débarquer », explique Mme Domingo.
– « Trop dangereux » –
Un autre marin, lui aussi bloqué, a choisi de raconter son quotidien sur les réseaux sociaux, où il publie sous le nom de Choi. Sur son bateau, l’équipage a pu voter pour décider de traverser ou non le détroit, où le trafic est désormais presque à l’arrêt.
« Notre capitaine nous a réunis dans la salle de conférence pour nous demander qui voulait traverser », raconte-t-il dans une vidéo publiée sur Facebook et authentifiée par l’AFP.
« Nous avons choisi de rentrer chez nous vivants », rapporte Choi. « Nous sommes 27. Presque tout le monde a refusé de naviguer. »
A bord de son VLCC, John Winston Isidro est heureux que son équipage n’ait au contraire pas été consulté sur le sujet.
« Notre capitaine ne risquera pas la sécurité de notre navire », estime-t-il, « c’est trop dangereux ».
« Prions simplement pour que cette guerre entre les États-Unis et l’Iran se termine rapidement afin que tous les navires bloqués ici puissent partir sains et saufs ».




