SNCM: les élus marseillais tentent d’apaiser les tensions avant les négociations

Deux heures à peine avant une réunion prévue à la préfecture des Bouches-du-Rhône pour tenter de sauver l’opérateur historique des liaisons Corse-continent, la mairie, le Conseil général et la communauté urbaine de Marseille ont proposé un moratoire excluant toute procédure judiciaire pendant quatre mois afin de permettre la finalisation d’un projet de reprise de la SNCM.

Le redressement judiciaire est en effet la solution préconisée par l’actionnaire majoritaire Transdev (66%) qui a, sans surprise, réaffirmé cette opinion ce week-end: pour « bâtir un avenir stable et pérenne », la « solution passera nécessairement par une procédure judiciaire », affirme le groupe de transports.

L’Etat – actionnaire à 25% et à qui les syndicats demandaient de clarifier sa position – a lui aussi fini par afficher son soutien à cette option, par la voix du secrétaire d’Etat aux Transports, Frédéric Cuvillier, puis de Manuel Valls qui a estimé que son ministre avait « eu raison de dire la vérité ».

Etat et actionnaire majoritaire considèrent en effet que ce passage au tribunal de commerce permettrait, outre d’appurer les comptes de la compagnie déficitaire, de lever l’hypothèque des lourdes condamnations européennes, noeud gordien du dossier SNCM depuis 18 mois.

L’entreprise a en effet été condamnée à deux reprises par les instances bruxelloises au remboursement d’aides publiques jugées indûment perçues: 220 millions d’euros lors de la privatisation en 2006, et 220 autres millions pour la délégation de service public (DSP), entre 2007 et 2013.

Mais les syndicats font une lecture radicalement différente du dossier, réaffirmée dimanche dans des lettres ouvertes à Transdev et à Manuel Valls.

Les organisations syndicales interprètent le passage au tribunal comme une « disparition et un démantèlement », et affirment que les menaces bruxelloises ne sont ni réelles, ni imminentes. « Il faudra au moins 4 ou 5 ans pour considérer un éventuel remboursement dont les montants devraient être largement minorés et ne porter que sur le contentieux de la privatisation », jugent-ils dans leur courrier au Premier ministre.

Ils demandent ainsi d' »exclure tout scénario de discontinuité » (c’est-à-dire de procédure judiciaire) et, afin de trouver de nouveaux actionnaires, réclament une « garantie de passif » des actionnaires après épuisement des recours à Bruxelles.

– Ultimatum face aux grévistes –

Gilles Bélier, le médiateur fraîchement nommé pour gérer ce conflit, devra tenter de réconcilier les parties lundi après-midi alors que la SNCM est en plein grève. Mais il n’est pas certain que la proposition de moratoire soit suffisante pour permettre la reprise du travail, chose impossible « tant qu’il n’y aura pas de garantie qu’il n’y aura pas tribunal de commerce », a affirmé Yann Pantel, l’un des représentants CGT.

« C’est un minimum, et après, on veut bien parler de tout », a-t-il ajouté. « On ne va pas faire la saison tranquillement pour se faire manger à la rentrée ».

Pendant ce temps, sur le port de Marseille et en Corse, la situation continuait à se tendre.

Sur le continent, le Kalliste, bateau de la Méridionale, seule autre compagnie assurant la liaison Corse-Marseille, était toujours bloqué par des grévistes. La plupart des bateaux de croisière, qui assurent une manne financière à la ville, continuent à se dérouter vers d’autres ports méditerranéens.

En Corse, un nouveau rassemblement de plusieurs centaines de représentants du monde économique avait lieu lundi matin devant la préfecture de Bastia.

Les organisations socio-professionnelles de Corse (syndicats patronaux, CCI, transporteurs, agriculteurs) s’estiment pénalisées par ce mouvement de grève. Elles dénoncent le blocage du Kalliste et estiment que, si le flux de passagers peut à peu près être absorbé par les compagnies concurrentes, il n’en est pas de même pour le fret.

A la suite d’une nouvelle réunion à la chambre de commerce et d’industrie de Bastia, ceux-ci ont d’ailleurs posé un ultimatum aux pouvoirs publics: ils demandent le déblocage du Kalliste et la sécurisation d’un quai à Marseille pour permettre les rotations Marseille-Corse d’ici mardi 18 heures. Et se sont donnés rendez-vous mercredi matin devant la préfecture pour en tirer les conséquences.

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