SNCM: rendez-vous au ministère mercredi et menace de grève jeudi

Les organisations syndicales, qui dans une quasi-unanimité avaient décidé de sortir l’arme lourde de la grève en début de haute saison touristique et à deux jours du départ du Tour de France en Corse, ont obtenu mardi des premiers gages à l’issue d’un comité d’entreprise (CE) qui suivait l’annonce, la semaine dernière, d’un plan de sauvetage de la compagnie.

Le gouvernement a notamment confirmé dans un courrier qu’il engagerait “tous les recours en suspension et annulation nécessaires” pour s’opposer à la condamnation de la SNCM par Bruxelles à rembourser, d’ici fin août, 220 millions d’euros d’aides publiques reçues entre 2007 et 2013 et jugées illégales.

Cette question doit être évoquée lors de la réunion mercredi après-midi au ministère, car les syndicats estiment leur société insuffisamment protégée contre une décision qui lui serait fatale si elle était confirmée.

A l’issue du CE, tous les syndicats sauf le Syndicat des travailleurs corses avaient signé une motion de défiance à l’encontre des actionnaires. Dans ce texte, ils soulignaient notamment “l’absence totale de garanties des actionnaires pour couvrir les risques juridiques liés aux procédures engagées et remportées (à Bruxelles) par Corsica Ferries”, compagnie italienne concurrente.

Engagements écrits

Autre inquiétude, le projet de plan de sauvetage adopté la semaine dernière en conseil de surveillance.

Outre son coût social – plus de 500 suppressions d’emplois sur 2.600 personnes, sans licenciements – les syndicats estiment que ce plan n’est pas financé, ni garanti pour ce qui est de la promesse du renouvellement de la flotte.

Par ailleurs, ils voient d’un mauvais oeil la modification de l’actionnariat, prévoyant une “remontée” de l’entreprise chez Veolia, qui deviendrait actionnaire majoritaire direct.

Aujourd’hui détenue à 66% par Transdev, une coentreprise entre Veolia Environnement et la Caisse des dépôts et consignations (CDC), la SNCM doit passer sous le contrôle du seul Veolia, déjà aux commandes opérationnelles et qui récupèrerait en direct ces 66%, le reste du capital étant détenu par l’Etat (25%) et les salariés (9%).

Un scénario qui inquiètent les syndicats: “quel est le bilan depuis qu’on est sous Veolia ? Rien, néant !”, déplorait le délégué CFTC Camille Abboche récemment.

En geste d’apaisement, le PDG de Transdev Jean-Marc Janaillac a annoncé mardi que la remontée n’aurait pas lieu au 30 juin comme initialement prévu. Une autre date sera fixée “dès lors que nous disposerons d’une meilleure visibilité sur l’attribution de la future DSP” (délégation de service public) pour la desserte de la Corse, a-t-il dit.

Les syndicats voulaient que cette modification soit repoussée afin de pouvoir participer de manière plus sereine à l’appel d’offres concernant la DSP pour la période 2014-2023. La décision de la Collectivité territoriale de Corse, qui devait intervenir début juin, a été repoussée à septembre, les offres du duo SNCM-Méridionale et de Corsica n’ayant pas satisfait.

En dépit de ces premiers gages, le préavis de grève reconductible à partir de jeudi matin reste maintenu par l’intersyndicale CFDT-CFE-CGC-CGT-CFTC-FO.

“Incontestablement, l’action engagée par l’ensemble des syndicats signataires des préavis (de grève) et de la motion (de défiance, ndlr) au CE porte des fruits, qui demandent encore concrétisation et calendrier de mise en oeuvre effectif, alors que nous allons rentrer dans la saison estivale”, a estimé la CFE-CGC dans un communiqué.

Pour lever le préavis, les syndicats veulent “des engagements sérieux et écrits” sur tous ces sujets, explique le délégué syndical CGT Marins Frédéric Alpozzo.

Si la caravane du Tour de France cycliste ne devrait pas souffrir de la grève, l’organisation s’étant associée avec Corsica Ferries, le mouvement devrait bloquer l’intégralité de la flotte de la SNCM à quai et perturber le trafic de la Méridionale, dont les syndicats ont également appelé à la grève.

Les syndicats prévoient de faire jeudi matin le compte-rendu au personnel de la réunion au ministère.