Un péage dans le détroit d’Ormuz, enjeu brûlant des négociations au Moyen-Orient

Paris (France), 9 avr 2026 (AFP) – Imposer un péage dans le détroit d’Ormuz? Le sujet sera au coeur des négociations irano-américaines qui s’ouvrent vendredi au Pakistan, Téhéran entendant maintenir les droits de passage qu’il a instaurés de facto.

Donald Trump apparaît tenté par l’option, mais elle est jugée « inacceptable » par l’Union européenne et divise dans le Golfe.

Passage stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures, Ormuz a été quasiment bloqué par les autorités iraniennes depuis le début de la guerre lancée le 28 février par les Etats-Unis et Israël. Téhéran impose ces dernières semaines à tout navire souhaitant franchir le détroit de longer ses côtes et s’acquitter d’un droit de passage.

Selon l’agence Bloomberg, les navires se verraient réclamer jusqu’à 2 millions de dollars par passage. Le Financial Times évoque, lui, une somme de un dollar par baril de pétrole, payé en cryptomonnaies ou en yuan, la devise chinoise.

Malgré l’annonce mardi d’une réouverture temporaire du détroit en échange d’un cessez-le-feu, « le système d’autorisation iranien pour le transit reste inchangé », affirme la revue maritime de référence Lloyd’s List.

Les bateaux restent « confrontés à une procédure de vérification lente et opaque et, dans de nombreux cas, à des frais de péage se chiffrant en millions de dollars ».

– « Précédent » –

Un plan en dix points transmis à Washington par les Iraniens en vue des négociations exige le maintien de leur « contrôle sur le détroit d’Ormuz ».

« Il y a un nouveau mécanisme (…) selon lequel il y a eu et il y aura un droit de passage » organisé avec Oman, autre pays riverain du détroit, a assuré mercredi une source diplomatique iranienne à des journalistes.

La liberté de circulation est un principe cardinal du droit de la mer régi par la Convention de Montego Bay. Les seuls péages existants portent sur les canaux artificiels de Suez et Panama nécessitant un entretien.

« Le paiement d’un péage légitime la coercition de l’Iran et établit un précédent en droit international que d’autres régimes pourraient vouloir poursuivre », avertit Guntram Wolff, chercheur à l’institut Bruegel.

Le président américain, qui a d’abord affirmé avoir obtenu une « ouverture totale, immédiate et sécurisée » du détroit, a évoqué mercredi l’hypothèse d’une société commune (« joint venture ») entre l’Iran et les Etats-Unis pour gérer la navigation contre paiement.

« Nous n’avons pas encore pris position de manière définitive », a tempéré la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt.

– « Plus important que le nucléaire » –

Pour plusieurs experts, un partenariat entre l’Iran et Oman est l’hypothèse la plus réaliste et la plus probable.

« Si l’Iran et Oman parviennent à un accord et créent une sorte de péage légalisé », cela « permettrait à l’Iran de percevoir des réparations » comme il le réclame, estime Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, cabinet spécialisé dans le suivi des flux de matières premières.

Selon la banque JP Morgan, se basant sur les estimations de Bloomberg, un tel péage rapporterait à Téhéran des recettes annuelles de 70 à 90 milliards de dollars.

Le détroit d’Ormuz « est devenu (un levier) plus important pour l’Iran que le nucléaire », abonde Amir Handjari, du groupe de réflexion américain Quincy Institute for Responsible Statecraft: « c’est la meilleure garantie de sécurité pour empêcher des attaques d’Israël et des États-Unis à l’avenir ».

– Pays du Golfe divisés –

« Oman bénéficierait aussi d’une importance stratégique accrue et de revenus importants dont il a besoin », dit-il à l’AFP.

La position du sultanat reste ambiguë.

Dans une vidéo diffusée mercredi, le ministre des Transports Saeed Al Maalouli a assuré que les conventions internationales signées par son pays interdisaient la perception de droits de passage, mais fait état de discussions en cours au ministère des Affaires étrangères. La vidéo a ensuite été supprimée.

« Oman mène sa propre stratégie envers l’Iran, qui n’est pas en phase avec celle du Conseil de coopération du Golfe (regroupant Emirats arabes unis, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Bahreïn, Oman, ndlr), tandis que les Etats-Unis pourraient y consentir si les paiements se font en dollars et non en yuans », assure Amir Handjari.

L’instauration d’un péage provoquerait une levée de boucliers des monarchies du Golfe, selon Amena Bakr, autre analyste de Kpler.

Le Conseil de coopération du Golfe n’acceptera pas « que l’Iran contrôle le flux de pétrole », rappelle-t-elle. « Sur quoi ce péage serait-il calculé? En fonction du pavillon? De la cargaison? De nombreuses questions se posent ».

Sultan Al Jaber, ministre émirati de l’Industrie, et patron de la compagnie pétrolière nationale Adnoc, a fustigé jeudi « l’instrumentalisation de cette voie navigable vitale », qui doit être « ouverte – totalement, inconditionnellement et sans restriction ».

L’UE rejette également toute idée de « péage », rappelant que « le droit international consacre la liberté de navigation ».

Mais pour M. Handjari, « au final, seuls les États-Unis, Oman et l’Iran détermineront le sort du détroit ». Selon lui, « des trois, les États-Unis sont en position de faiblesse ».

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