27 octobre 1662 : Charles II vend Dunkerque à Louis XIV.
Par un traité signé à Londres, le roi d’Angleterre cède à la France Dunkerque et le fort de Mardyck pour 5 millions de livres. Le port, anglais depuis 4 ans seulement, devient la principale base corsaire du royaume sur la mer du Nord.
Dunkerque, ville espagnole depuis le XVIe siècle, abrite dans la première moitié du XVIIe siècle des corsaires qui ruinent la pêche et le commerce hollandais et anglais. Pendant la guerre franco-espagnole, Mazarin s’allie à Cromwell en 1657 : en échange de 6 000 soldats et de l’appui de la flotte anglaise, Dunkerque reviendra à l’Angleterre une fois prise. Après la victoire de Turenne à la bataille des Dunes, le 14 juin 1658, la ville capitule ; le 25 juin, Louis XIV y entre et la remet le jour même à l’ambassadeur de Cromwell, William Lockhart. Le traité des Pyrénées, en novembre 1659, confirme cette possession, qui passe à Charles II à la Restauration de 1660.
Pour le roi d’Angleterre, la place coûte cher : sa garnison et ses fortifications absorbent une part notable des revenus de la Couronne, alors que le Parlement mesure ses subsides et que l’alliance portugaise, scellée par son mariage avec Catherine de Bragance, entraîne de nouvelles dépenses. Le chancelier Clarendon mène la négociation avec le comte d’Estrades, ambassadeur de France. Le traité, daté du 17 octobre dans le calendrier julien en usage en Angleterre, soit le 27 octobre dans le calendrier grégorien, fixe le prix à 5 millions de livres : 2 millions payables comptant, le reste en traites échelonnées sur deux ans. Pendant cette période, l’Angleterre s’engage à fournir une aide navale à la France en cas d’attaque espagnole. Le solde sera ensuite renégocié à la baisse.
La garnison anglaise quitte la ville à la fin de novembre et Louis XIV fait son entrée solennelle au début de décembre 1662. En Angleterre, la vente est impopulaire ; les adversaires de Clarendon surnomment « Dunkirk House » la résidence qu’il fait bâtir à Londres, en l’accusant à tort ou à raison de s’être enrichi sur l’affaire.
La France fait de Dunkerque un grand port de guerre. Vauban fortifie la ville, creuse un bassin et un chenal protégés par des jetées et des forts en mer, dont le Risban. Les corsaires dunkerquois, Jean Bart en tête, s’y illustrent pendant les guerres de Louis XIV. La menace est telle que le traité d’Utrecht, en 1713, impose à la France de raser les fortifications et de combler le port, sous le contrôle de commissaires britanniques, clause qui ne sera levée qu’au traité de Paris de 1783.
27 octobre 1728 : naissance de James Cook (Yorkshire).
Fils d’un ouvrier agricole écossais, James Cook naît à Marton, dans le Cleveland. Mousse sur des charbonniers, entré dans la Royal Navy comme simple matelot, il conduit trois voyages dans le Pacifique qui renouvellent la cartographie de l’océan. Il est tué à Hawaï le 14 février 1779.
La date du 27 octobre est celle du calendrier julien, encore en vigueur en Angleterre jusqu’en 1752 ; elle correspond au 7 novembre du calendrier grégorien. Cook est baptisé le 3 novembre à l’église de Marton. Deuxième enfant de James Cook et de Grace Pace, il grandit à Great Ayton, où son père est contremaître dans une ferme. Placé à 16 ans chez un épicier-mercier de Staithes, petit port de pêche, il entre en 1746 au service de John Walker, armateur quaker de Whitby, dont les charbonniers transportent la houille de Newcastle vers Londres. Il y apprend la navigation côtière dans les bancs de la mer du Nord et devient second.
En 1755, alors que Walker lui offre un commandement, il s’engage dans la Royal Navy comme matelot qualifié. Il est nommé master, officier chargé de la navigation, en 1757. Pendant la guerre de Sept Ans, sur le Pembroke, il participe au siège de Louisbourg (1758) puis relève le chenal du Saint-Laurent qui permet à la flotte de Saunders de mener l’armée de Wolfe devant Québec en 1759. De 1763 à 1767, il dresse les cartes de Terre-Neuve, dont la précision est reconnue jusqu’au XXe siècle. Il observe en 1766 une éclipse de soleil dont il tire la longitude de l’île, ce qui le fait remarquer de la Royal Society.
Lieutenant de vaisseau, il commande l’Endeavour de 1768 à 1771. Il observe à Tahiti le passage de Vénus devant le Soleil (3 juin 1769), fait le tour des deux îles de la Nouvelle-Zélande, relève la côte orientale de l’Australie, échoue sur la Grande Barrière de corail et prend possession de la côte au nom du roi. Le deuxième voyage (1772-1775), sur la Resolution et l’Adventure, est consacré à la recherche d’un continent austral : Cook franchit trois fois le cercle polaire antarctique, atteint 71° 10′ S le 30 janvier 1774 et conclut qu’aucune terre habitable n’existe à ces latitudes. Il emporte une copie du chronomètre de John Harrison, réalisée par Larcum Kendall, dont il confirme la fiabilité pour le calcul de la longitude. Il ne perd presque aucun homme du scorbut, grâce à une discipline alimentaire stricte.
Le troisième voyage, lancé en 1776 pour chercher un passage au nord-ouest entre Pacifique et Atlantique, le mène aux îles Hawaï, qu’il est le premier Européen connu à aborder, en janvier 1778, puis le long de la côte nord-ouest de l’Amérique jusqu’au détroit de Béring, où les glaces l’arrêtent. Revenu à Hawaï, il est tué le 14 février 1779 dans la baie de Kealakekua, lors d’un affrontement avec des Hawaïens après le vol d’une chaloupe. Ses journaux, ses relevés et ceux de ses officiers, parmi lesquels William Bligh et George Vancouver, ont servi de base aux cartes du Pacifique pendant des décennies. Louis XVI, qui fit préparer l’expédition de La Pérouse en s’appuyant sur ses travaux, avait ordonné en 1779 aux navires français de laisser passer Cook librement malgré la guerre.

27 octobre 1858 : naissance de Theodore Roosevelt (New York).
Le futur 26e président des États-Unis, historien de la guerre navale de 1812 et ancien secrétaire adjoint à la Marine, fait de l’US Navy un instrument de puissance mondiale. Son anniversaire est choisi en 1922 pour fêter chaque année le Navy Day.
Issu d’une famille de la bourgeoisie new-yorkaise, Roosevelt publie en 1882, à 23 ans, The Naval War of 1812, ouvrage commencé à Harvard qui devient une référence et sera mis à la disposition des bâtiments de l’US Navy. Il entretient une correspondance suivie avec Alfred Thayer Mahan, dont The Influence of Sea Power upon History (1890) inspire sa conception de la puissance maritime.
Nommé secrétaire adjoint à la Marine par le président McKinley en avril 1897, il prépare la flotte à une guerre avec l’Espagne. Le 25 février 1898, en l’absence de son ministre John D. Long, il ordonne au commodore George Dewey de concentrer l’escadre d’Asie à Hong Kong et de se tenir prêt à attaquer les forces espagnoles aux Philippines. Le 1er mai, Dewey détruit l’escadre espagnole dans la baie de Manille. Roosevelt a déjà démissionné pour lever un régiment de volontaires de cavalerie, les Rough Riders, qu’il mène à Cuba.
Vice-président en 1901, il succède à McKinley, assassiné en septembre. Président jusqu’en 1909, il obtient du Congrès un programme soutenu de construction de cuirassés, appuie la sécession du Panama en 1903 pour acquérir la zone du canal, dont les travaux commencent en 1904, et envoie autour du monde, du 16 décembre 1907 au 22 février 1909, seize cuirassés peints en blanc, la « Great White Fleet », démonstration de la portée de la marine américaine. Il reçoit en 1906 le prix Nobel de la paix pour sa médiation dans la guerre russo-japonaise. Il meurt le 6 janvier 1919 à Oyster Bay.
Le 27 octobre 1922, la Navy League of the United States, association civile de soutien à la marine, organise la première journée de la Marine (Navy Day), à la date de naissance de Roosevelt. La célébration se répète jusqu’en 1949, quand le ministère de la Défense la fond dans une journée des forces armées commune. En 1972, l’amiral Elmo Zumwalt, chef des opérations navales, fait reconnaître le 13 octobre, date de la création de la Continental Navy en 1775, comme anniversaire officiel de l’US Navy ; la Navy League continue de marquer le 27 octobre. Un porte-avions nucléaire, le Theodore Roosevelt (CVN-71), porte son nom depuis 1986.

27-28 octobre 1864 : le lieutenant Cushing coule le cuirassé confédéré Albemarle (Caroline du Nord).
De nuit, sur la rivière Roanoke, une chaloupe à vapeur de l’Union armée d’une torpille portée au bout d’une hampe fait sauter le cuirassé qui interdisait depuis 6 mois les approches de Plymouth. Son chef, le lieutenant William Cushing, 21 ans, s’échappe à la nage. C’est l’une des premières attaques réussies à la torpille portée, 8 mois après celle du sous-marin confédéré H. L. Hunley contre l’USS Housatonic.
Construit dans un champ de maïs à Edwards Ferry, sur la Roanoke, sous la direction du jeune Gilbert Elliott, l’Albemarle est un bélier cuirassé à faible tirant d’eau, armé de deux canons rayés Brooke de 6,4 pouces. Le 19 avril 1864, il éperonne et coule le vapeur armé USS Southfield et met en fuite les canonnières fédérales, ce qui permet aux troupes du général Hoke de reprendre Plymouth. Le 5 mai, il tient tête à sept bâtiments de l’Union dans le détroit d’Albemarle. Il reste ensuite amarré à Plymouth, d’où il menace les bâtiments du blocus dans les détroits de Caroline du Nord.
Né le 4 novembre 1842 dans le Wisconsin, contraint de quitter l’Académie navale en 1861 pour indiscipline, réintégré au début de la guerre, Cushing s’est fait connaître par des coups de main sur les côtes confédérées. Il propose de détruire le bélier avec une embarcation légère. Le département de la Marine accepte et lui confie deux chaloupes à vapeur d’une dizaine de mètres, chacune équipée d’un obusier Dahlgren de 12 livres et d’une hampe de 14 pieds portant une torpille déclenchée par un cordon. L’une est perdue en route ; l’autre, la Picket Boat No. 1, rejoint les détroits le 24 octobre.
Une première tentative, le 26, tourne court : la chaloupe s’échoue à l’embouchure. Dans la nuit noire et pluvieuse du 27 au 28, Cushing remonte la rivière avec une quinzaine d’hommes, une embarcation à rames en remorque, et passe sans être vu devant l’épave du Southfield. Repéré près du quai, il découvre que le bélier est protégé par une ceinture de troncs flottants. Il fait un large tour pour prendre de l’élan, franchit l’obstacle sous le feu, abaisse la hampe sous la coque et déclenche la charge au moment où l’Albemarle tire sur la chaloupe à bout portant. La gerbe d’eau submerge l’embarcation.
Le cuirassé coule par le fond, sur une profondeur suffisante pour l’immobiliser. Cushing refuse de se rendre, se jette à l’eau, gagne la rive et se cache dans les marais ; le lendemain soir, il rejoint la flotte fédérale à bord d’un canot pris à un poste confédéré. Un seul autre membre de l’expédition s’échappe ; deux se noient et les autres sont faits prisonniers. Privée de son bélier, Plymouth est reprise par l’Union le 31 octobre. Cushing reçoit les remerciements du Congrès et le grade de capitaine de corvette. Il meurt en 1874 à 32 ans. 5 bâtiments de l’US Navy ont porté son nom.
27 octobre 1914 : le cuirassé HMS Audacious coule sur une mine au large de l’Irlande.
Au nord du Donegal, l’un des dreadnoughts les plus récents de la Grand Fleet saute sur une mine mouillée par un ancien paquebot allemand. Le paquebot Olympic, sister-ship du Titanic, tente en vain de le remorquer. L’Amirauté tiendra la perte secrète jusqu’à la fin de la guerre.
Quatrième et dernière unité de la classe King George V, l’Audacious a été construit par Cammell Laird à Birkenhead, lancé le 14 septembre 1912 et mis en service en octobre 1913. Il déplace environ 23 000 tonnes et porte dix canons de 343 mm. Au début de la guerre, la menace des sous-marins allemands sur Scapa Flow pousse l’amiral Jellicoe à replier une partie de la Grand Fleet vers des mouillages de la côte ouest de l’Écosse et de l’Irlande, dont le Lough Swilly.
Dans la nuit du 22 au 23 octobre, le croiseur auxiliaire mouilleur de mines Berlin, ancien paquebot du Norddeutscher Lloyd, mouille environ 200 mines au large de l’île de Tory, sur la route des navires marchands qui gagnent Liverpool par le nord de l’Irlande. Le 26, le cargo Manchester Commerce y disparaît, sans que l’Amirauté en tire aussitôt la conclusion qu’un champ de mines existe si loin à l’ouest.
Le 27 au matin, la 2e escadre de ligne quitte le Lough Swilly pour un exercice de tir. À 8 h 45, pendant une évolution, l’Audacious heurte une mine qui explose sous la salle des machines bâbord. Croyant d’abord à une attaque de sous-marin, les autres cuirassés s’éloignent sur ordre. L’eau envahit progressivement le bâtiment, qui reste à flot. Vers 10 heures, il n’a plus de propulsion. Le croiseur léger Liverpool se tient à proximité, et le paquebot Olympic, en route de New York vers le Royaume-Uni, arrive dans la matinée. Son commandant, Herbert Haddock, propose de prendre le cuirassé en remorque. Les tentatives de l’Olympic, puis d’autres bâtiments, échouent : les remorques cassent par grosse mer.
L’équipage, environ 900 hommes, est évacué sans perte. Le cuirassé chavire vers 20 h 45 et explose peu après, probablement quand des obus se détachent de leurs râteliers. Un officier marinier du Liverpool, atteint par un débris, est la seule victime de la journée. Jellicoe obtient du gouvernement que la perte reste secrète, pour ne pas révéler aux Allemands l’affaiblissement de la Grand Fleet. Mais les passagers américains de l’Olympic, retenus quelques jours à bord, ont photographié et filmé la scène ; la nouvelle paraît dans la presse américaine en novembre. La Royal Navy continue pourtant de faire figurer l’Audacious dans ses listes, et n’annonce officiellement sa perte que le 14 novembre 1918, trois jours après l’armistice.
La perte d’un cuirassé presque neuf sous l’effet d’une seule mine conduit à revoir la protection sous-marine et les procédures de lutte contre les voies d’eau des grands bâtiments. L’épave repose retournée par environ 65 mètres de fond, à une quinzaine de milles au nord-est de l’île de Tory.

27 octobre 1945 : revue navale de la victoire à New York et mise en service du porte-avions Franklin D. Roosevelt.
Pour le premier Navy Day après la capitulation japonaise, le président Truman passe en revue sur l’Hudson une cinquantaine de bâtiments de guerre, dont le cuirassé Missouri. Le même jour, il met en service à Brooklyn le Franklin D. Roosevelt, deuxième porte-avions de la classe Midway, dont les unités sont alors les plus grands navires de guerre américains.
La revue réunit dans le port de New York des cuirassés, des croiseurs, des porte-avions, des destroyers et des sous-marins, dont le Missouri, sur le pont duquel le Japon a signé sa capitulation le 2 septembre, le vieux cuirassé New York, le croiseur Augusta, qui avait conduit Truman à la conférence de Potsdam, et le porte-avions léger Monterey. Le président, accompagné notamment de l’amiral William Leahy, passe les lignes à bord du destroyer Renshaw, monte à bord du Missouri, tandis que plusieurs centaines d’avions de l’aéronavale survolent l’Hudson. Dans un discours prononcé à Central Park, Truman expose les principes de la politique étrangère américaine d’après-guerre. Des centaines de milliers de New-Yorkais visitent les navires ouverts au public.
Mis sur cale le 1er décembre 1943 à l’arsenal de New York sous le nom de Coral Sea, le CVB-42 a été lancé le 29 avril 1945. Après la mort du président Roosevelt, le 12 avril, Truman approuve le 8 mai sa nouvelle dénomination : c’est la première fois qu’un grand porte-avions d’escadre américain reçoit le nom d’un homme politique plutôt que celui d’une bataille ou d’un navire ancien. Long de 295 mètres, déplaçant 45 000 tonnes, il est conçu pour emporter plus de 130 avions ; son pont d’envol est blindé, leçon des attaques kamikazes subies par les porte-avions à pont de bois. Il est commandé par le capitaine de vaisseau Apollo Soucek.
Le 21 juillet 1946, il est le premier porte-avions américain à faire décoller et apponter un avion à réaction, le prototype McDonnell XFD-1 Phantom. En août 1946, son premier déploiement en Méditerranée, avec une escale au Pirée, marque le soutien américain au gouvernement grec pendant la guerre civile. Il sert principalement en Méditerranée au sein de la 6e flotte, effectue un déploiement au large du Vietnam en 1966-1967 et est désarmé le 1er octobre 1977, puis démoli.
27 octobre 1962 : le sous-marin soviétique B-59 et la torpille nucléaire non tirée (mer des Sargasses).
Au plus fort de la crise des missiles de Cuba, des destroyers américains harcèlent avec des grenades d’exercice un sous-marin soviétique qui porte, à l’insu des Américains, une torpille à charge nucléaire. Son commandant ordonne de la préparer au tir. L’opposition du capitaine de frégate Vassili Arkhipov, chef d’état-major de la brigade embarqué à bord, contribue à empêcher le lancement.
Le 1er octobre 1962, quatre sous-marins diesel du projet 641 (code OTAN Foxtrot) de la 69e brigade, le B-4, le B-36, le B-59 et le B-130, quittent la presqu’île de Kola pour une base que Moscou prévoit d’installer à Cuba. Chacun emporte, en plus de ses torpilles classiques, une torpille à tête nucléaire d’une dizaine de kilotonnes. Les commandants ont reçu des instructions orales leur permettant de l’employer s’ils étaient attaqués et leur coque percée, ou sur ordre de Moscou. Le 22 octobre, le président Kennedy annonce une « quarantaine » navale autour de Cuba ; la marine américaine traque les sous-marins soviétiques détectés dans l’Atlantique.
Le B-59, commandé par le capitaine de frégate Valentin Savitski, est repéré le 27 octobre par le groupe anti-sous-marin du porte-avions Randolph. Les destroyers, dont le Beale et le Cony, lancent des grenades de signalisation, peu chargées, selon une procédure notifiée à Moscou pour inviter les sous-marins à faire surface. Le message n’a pas été transmis aux commandants. En plongée depuis des heures, batteries presque vides, le B-59 subit une température supérieure à 45 °C et un air chargé de gaz carbonique ; des marins perdent connaissance. Sans liaison radio avec Moscou, Savitski croit la guerre déclenchée. Selon le témoignage de l’officier de transmissions Vadim Orlov, publié en 2002, il ordonne d’assembler la torpille nucléaire et de la préparer au tir.
À bord du B-59, l’emploi de l’arme suppose l’accord du commandant et du commissaire politique, Ivan Maslennikov, mais la présence d’Arkhipov, supérieur hiérarchique de Savitski dans la brigade, lui donne voix au chapitre. Selon les récits recueillis ensuite, il s’oppose au tir et obtient que le sous-marin fasse surface pour reprendre contact avec Moscou. Le B-59 émerge dans la soirée au milieu des bâtiments américains, qui le survolent et l’éclairent, puis reprend sa route vers le nord sous surveillance. Le même jour, un avion espion U-2 est abattu au-dessus de Cuba ; ce « samedi noir » est tenu pour le moment le plus dangereux de la crise, qui se dénoue le lendemain avec l’annonce par Khrouchtchev du retrait des missiles.
Les détails restent discutés. Les rapports soviétiques ne sont pas tous accessibles, et des historiens, dont Serhii Plokhy, ont souligné que les témoignages divergent sur l’heure, le rôle exact de chacun et l’imminence réelle du tir. L’épisode n’est connu du public qu’à la conférence de La Havane d’octobre 2002, pour le 40e anniversaire de la crise. Arkhipov, né le 30 janvier 1926, avait été second du sous-marin nucléaire K-19 lors de l’accident de réacteur de juillet 1961. Il a terminé sa carrière vice-amiral et est mort le 19 août 1998. Le prix Future of Life lui a été décerné à titre posthume en 2017.
27 octobre 1981 : un sous-marin soviétique s’échoue devant la base navale de Karlskrona (Suède).
Dans la soirée, le sous-marin diesel S-363, désigné U 137 par les Suédois, s’échoue sur un rocher du Gåsefjärden, en pleine zone militaire interdite, à une dizaine de kilomètres de la principale base de la marine suédoise. L’affaire, surnommée « Whiskey on the rocks », tient la Suède en alerte pendant 10 jours et révèle que le bâtiment transporte probablement des armes nucléaires.
Le S-363 est un sous-marin du projet 613 (code OTAN Whiskey) de la flotte de la Baltique, basé à Liepāja, en Lettonie soviétique. Mis en service en 1957, long de 76 mètres, il a 56 hommes à bord. Pour pénétrer jusqu’au Gåsefjärden, il a dû franchir de nuit un dédale d’îles, de hauts-fonds et de chenaux étroits, alors que la marine suédoise procède à proximité à des essais de matériel. Vers 20 h 00, il touche le fond près de l’îlot de Torhamnaskär et tente de se dégager en faisant tourner ses machines. Le 28 octobre, un pêcheur signale sa présence ; son appel n’est d’abord pas pris au sérieux, tant l’endroit paraît inaccessible.
Un officier suédois monte à bord, sans arme, pour demander des explications. Le commandant, le capitaine de 3e rang Anatoli Gouchtchine, invoque une panne simultanée de ses instruments de navigation et une erreur de position ; Moscou parlera ensuite d’une avarie. Une petite flotte soviétique, avec des destroyers et un remorqueur de sauvetage, se poste à la limite des eaux territoriales. Le gouvernement de Thorbjörn Fälldin exige d’interroger le commandant et d’examiner le journal de bord. Après plusieurs jours de refus, l’officier, sur instruction de Moscou, est entendu pendant 7 heures le 2 novembre à bord d’une vedette lance-torpilles suédoise, en présence de deux diplomates soviétiques. Le même jour, le sous-marin est dégagé de son rocher et placé sous garde. Pendant ce temps, l’institut suédois de recherche de défense mesure discrètement, depuis une vedette des garde-côtes, le rayonnement gamma émis par la coque : les relevés indiquent la présence probable d’uranium 238 au niveau des tubes lance-torpilles, compatible avec une ou plusieurs têtes nucléaires.
Le moment le plus tendu survient lors d’une tempête, quand les radars suédois détectent deux échos venant du groupe soviétique qui franchissent la limite des eaux territoriales. Fälldin ordonne de « tenir la frontière » ; batteries côtières et avions d’attaque sont mis en alerte, jusqu’à ce qu’il apparaisse, une vingtaine de minutes plus tard, qu’il s’agit de navires marchands ouest-allemands. Le 5 novembre au soir, Fälldin révèle à la télévision les soupçons de présence d’armes nucléaires. Le 6 novembre, le sous-marin est escorté jusqu’à la limite des eaux territoriales et remis aux bâtiments soviétiques qui l’attendent.
Le gouvernement suédois conclut que le bâtiment avait pénétré volontairement dans ses eaux pour une activité illégale. L’URSS n’a jamais confirmé la présence d’armes nucléaires ; l’ancien commissaire politique du bord, Vassili Besedine, a déclaré en 2006 que des torpilles nucléaires se trouvaient à bord et que l’équipage avait l’ordre de saborder le sous-marin, armes comprises, si les Suédois tentaient d’en prendre le contrôle. L’incident ouvre une décennie de chasses aux sous-marins dans les archipels suédois, dont celle de Hårsfjärden en octobre 1982. Le S-363 a été désarmé en 1988 puis démoli.
27 octobre 2001 : la frégate Guépratte admise au service actif (Toulon).
Cinquième et dernière frégate de type La Fayette, le Guépratte (F714) entre en service dans la Marine nationale. La série, conçue pour réduire la signature radar, a été la première de frégates furtives construites en série dans le monde. 25 ans plus tard, le bâtiment est toujours en service.
Le programme des frégates légères furtives (FLF) est lancé à la fin des années 1980 pour disposer de bâtiments de premier rang moins coûteux que les frégates anti-sous-marines ou antiaériennes, adaptés aux missions outre-mer, à la présence et aux crises de moyenne intensité. 5 unités sont commandées et construites par la DCN à Lorient : La Fayette (1996), Surcouf et Courbet (1997), Aconit (1999) et Guépratte. La coque et les superstructures présentent des flancs inclinés, sans angles droits ni équipements apparents ; une partie des superstructures est en matériau composite à base de bois et de fibre de verre, et les mouillages, embarcations et treuils sont dissimulés derrière des sabords.
Mis sur cale le 1er octobre 1998, lancé le 3 mars 1999, le Guépratte mesure 125 mètres et déplace environ 3 600 tonnes en charge. Propulsé par quatre moteurs diesel, il file 25 nœuds. Il est armé à l’origine de huit missiles antinavires Exocet MM40, d’un système surface-air Crotale, d’un canon de 100 mm et d’un hélicoptère Panther, avec un équipage d’environ 150 marins. Le type a été exporté sous des formes dérivées vers l’Arabie saoudite, Taïwan et Singapour.
Basé à Toulon, le Guépratte participe notamment à l’opération européenne de lutte contre la piraterie Atalante, dans l’océan Indien, à la mission Corymbe dans le golfe de Guinée et aux missions Jeanne d’Arc de 2016 et 2024. En janvier 2016, une capitaine de frégate en prend le commandement : c’est la première fois qu’une femme commande une frégate de la Marine nationale. Contrairement à trois de ses sister-ships, rénovés entre 2020 et 2023 avec un sonar de coque et de nouveaux missiles surface-air, il conserve son Crotale. Un temps destiné à être reconverti en patrouilleur de haute mer, il a été maintenu dans la flotte de frégates ; la durée de vie des cinq unités a été portée à 35 ans en janvier 2026, ce qui place son retrait vers 2036.
Le bâtiment porte le nom du vice-amiral Émile Guépratte (1856-1939), né à Granville, qui commandait l’escadre française engagée aux Dardanelles lors de l’attaque navale du 18 mars 1915, puis fut député du Finistère.





