4 novembre 1493 : Christophe Colomb débarque en Guadeloupe.
Au lendemain de la découverte de la Dominique et de Marie-Galante, la flotte du deuxième voyage de Colomb mouille sur la côte au vent de l’île que les Kalinagos appellent Karukera. Colomb la baptise Santa María de Guadalupe, du nom d’un monastère d’Estrémadure. L’expédition y reste six jours.
Parti de Cadix fin septembre avec dix-sept navires, Colomb a aperçu la Dominique le 3 novembre au matin, puis mouillé devant Marie-Galante. Le 4, la flotte gagne une grande île montagneuse située au nord-ouest. Elle jette l’ancre sur la côte est de la Basse-Terre, dans le secteur de l’actuelle commune de Capesterre-Belle-Eau, où un monument rappelle l’événement à Sainte-Marie. Les marins remarquent une chute d’eau qui semble tomber du haut de la montagne, sans doute l’une des chutes du Carbet.
Colomb donne à l’île le nom du monastère royal de Santa María de Guadalupe, en Estrémadure, sanctuaire auquel il avait promis de rendre hommage. Les relations du voyage, en particulier la lettre du médecin de la flotte, Diego Álvarez Chanca, décrivent des villages abandonnés à l’approche des Espagnols, des cultures, des poteries et des hamacs, ainsi que des captifs taïnos, surtout des femmes et des enfants, enlevés lors de raids sur les îles voisines. Ces récits accréditent en Europe l’image de Caraïbes anthropophages, que les historiens examinent aujourd’hui avec prudence.
Une patrouille partie à terre sous le commandement du capitaine Diego Márquez s’égare dans la forêt pendant plusieurs jours ; la flotte attend son retour et ne repart que le 10 novembre, vers Montserrat, Antigua et les îles Vierges.
La Guadeloupe reste aux Kalinagos pendant plus d’un siècle, les Espagnols n’y faisant que des escales d’aiguade. En juin 1635, Charles Liénard de L’Olive et Jean Duplessis d’Ossonville y débarquent pour le compte de la Compagnie des îles d’Amérique et y fondent la colonie française. L’île, plusieurs fois occupée par les Britanniques, est devenue département français en 1946.

4 novembre 1805 : combat du cap Ortegal, les derniers vaisseaux français de Trafalgar sont pris (Espagne).
Deux semaines après Trafalgar, les quatre vaisseaux du contre-amiral Dumanoir Le Pelley, qui avaient quitté la bataille sans être sérieusement atteints, sont rattrapés au large de la Galice par l’escadre du commodore Richard Strachan. Après trois heures de combat, tous amènent leur pavillon. Le Duguay-Trouin, devenu HMS Implacable, naviguera sous pavillon britannique jusqu’au milieu du XXe siècle.
Le 21 octobre 1805, à Trafalgar, Pierre Dumanoir Le Pelley commande l’avant-garde de la flotte franco-espagnole. Quand la ligne alliée est coupée par les colonnes de Nelson et de Collingwood, il tarde à virer pour secourir le centre, échange quelques coups de canon, puis s’éloigne vers le sud-ouest avec le Formidable (80 canons), son vaisseau amiral, et les vaisseaux de 74 canons Duguay-Trouin, Mont-Blanc et Scipion. Plutôt que de rentrer à Cadix, il remonte vers le nord pour gagner Rochefort.
Le 2 novembre, au large du cap Finisterre, la frégate britannique Phoenix, du capitaine Thomas Baker, aperçoit les quatre vaisseaux. Elle se laisse poursuivre jusqu’à l’escadre du commodore Sir Richard Strachan, qui croise au large du Ferrol à la recherche de l’escadre de Rochefort. Strachan dispose du Caesar (80 canons), de trois vaisseaux de 74, Hero, Courageux et Namur, et des frégates Santa Margarita, Phoenix, Aeolus et Révolutionnaire. La chasse dure deux jours.
Le 4 novembre au matin, les frégates, plus rapides, rejoignent l’arrière-garde française et canonnent le Scipion. Dumanoir forme sa ligne et accepte le combat vers midi au large du cap Ortegal. Le Caesar, le Hero et le Courageux engagent les vaisseaux français, tandis que les frégates les prennent par l’autre bord. Le Namur rejoint en cours d’action. Le Formidable et le Scipion, démâtés, amènent leur pavillon vers 15 heures ; le Duguay-Trouin et le Mont-Blanc, qui tentent de s’échapper, sont rattrapés et se rendent vers 15 h 35. Les Français comptent environ 750 tués et blessés, dont le commandant du Duguay-Trouin, le capitaine de vaisseau Claude Touffet, tué ; Dumanoir est blessé. Les Britanniques ont 24 tués et 111 blessés.
Les quatre prises sont intégrées à la Royal Navy : le Formidable devient HMS Brave, le Duguay-Trouin HMS Implacable. Le combat clôt la campagne de Trafalgar. Prisonnier, Dumanoir rentre en France en 1806 ; un conseil d’enquête, puis un conseil de guerre réuni en 1810, l’acquittent de toute faute pour sa conduite à Trafalgar et au cap Ortegal. L’Implacable, navire-école pendant des décennies, était en 1949 le deuxième plus ancien vaisseau de la Royal Navy après le Victory ; jugé trop coûteux à restaurer, il est sabordé dans la Manche le 2 décembre 1949. Sa poupe sculptée et sa figure de proue sont conservées au National Maritime Museum de Greenwich.
4 novembre 1875 : naufrage du vapeur Pacific au large du cap Flattery (côte nord-ouest des États-Unis).
Parti de Victoria, en Colombie-Britannique, pour San Francisco, le vieux vapeur à roues Pacific entre en collision dans la nuit avec le trois-mâts Orpheus et coule en quelques minutes. Seuls deux hommes survivent sur plus de 250 personnes à bord. C’est le naufrage le plus meurtrier de l’histoire de la côte pacifique nord-américaine.
Construit à New York en 1850-1851, le Pacific, un vapeur à roues latérales en bois d’environ 68 mètres, a transporté des chercheurs d’or entre Panama et la Californie, puis desservi la côte nord-ouest. Désarmé pendant plusieurs années, il est remis en service au début des années 1870, malgré une coque fatiguée.
Le jeudi 4 novembre 1875 vers 09 h 30, il quitte Esquimalt, près de Victoria, sous le commandement de Jefferson Howell, avec un nombre de passagers mal connu : les enfants ne payant pas de billet et beaucoup de voyageurs ayant embarqué au dernier moment, les estimations varient de 275 à plus de 300 personnes. On compte parmi eux des familles, des mineurs, des commerçants et des ouvriers chinois, ainsi qu’une cargaison comprenant de l’or. Le navire, mal chargé, gîte dès le départ. Vers 16 h 00, il double l’île de Tatoosh et fait route au sud dans une mer forte.
Vers 22 h 00, à environ 40 milles au sud-ouest du cap Flattery, le trois-mâts Orpheus, qui remonte vers le détroit de Juan de Fuca, prend le feu de tête de mât du vapeur pour le phare du cap Flattery, vient sur bâbord et coupe sa route. Le Pacific heurte l’Orpheus par tribord. Le voilier, peu endommagé, poursuit sa route, son capitaine, Charles Sawyer, ignorant selon ses dires la gravité de l’abordage. La coque du Pacific s’ouvre et le navire sombre rapidement ; les embarcations, chavirées ou brisées, ne servent à rien.
Le passager Henry Jelly, accroché à une épave, est recueilli le lendemain par le navire Gussie Telfair ; le quartier-maître Neil Henley survit deux jours sur un morceau de la passerelle avant d’être repêché par le cotre des douanes Oliver Wolcott. Deux jours après l’abordage, l’Orpheus s’échoue lui-même dans la baie de Barkley, sur l’île de Vancouver, son équipage ayant confondu le phare du cap Beale avec celui du cap Flattery. L’enquête du coroner de Victoria met en cause les officiers de l’Orpheus. L’épave du Pacific a été localisée en 2022 par une équipe privée de Seattle.
4 novembre 1911 : lancement du Selandia, premier grand navire de mer à moteur diesel (Copenhague).
Le chantier Burmeister & Wain lance pour la Compagnie danoise de l’Asie orientale un cargo mixte propulsé par deux moteurs diesel. Plus grand et plus puissant que les quelques navires à moteur déjà construits, le Selandia démontre en 1912 que le diesel peut remplacer la vapeur sur les lignes océaniques.
Au début du XXe siècle, les navires de commerce brûlent du charbon dans des chaudières qui alimentent des machines à vapeur. Le moteur à combustion interne breveté par Rudolf Diesel en 1892 commence à équiper de petits bâtiments, péniches, caboteurs et sous-marins, ainsi qu’un pétrolier néerlandais, le Vulcanus, en 1910. Le président de la Compagnie danoise de l’Asie orientale (Østasiatisk Kompagni), Hans Niels Andersen, convaincu des économies que promet le nouveau moteur, signe le 5 décembre 1910 avec Burmeister & Wain, dont l’ingénieur Ivar Knudsen a acquis des licences Diesel, la commande du Selandia et d’un navire jumeau, le Fionia.
Lancé le 4 novembre 1911 au chantier de Refshaleøen, à Copenhague, le Selandia mesure 112,8 mètres et porte environ 7 400 tonnes. Deux moteurs à huit cylindres de 1 250 chevaux chacun entraînent deux hélices. Le navire n’a pas de cheminée : les gaz d’échappement sortent par un mât arrière. Il peut embarquer une vingtaine de passagers de première classe.
Après ses essais en février 1912, il part le 22 février pour Bangkok, avec escales à Londres, où sa visite attire l’attention de la presse et des armateurs, puis à Anvers, Gênes, Port-Saïd, Colombo, Penang et Singapour. Il n’utilise qu’environ 800 tonnes de combustible entre Copenhague et Bangkok, soit un poids et un volume bien inférieurs à ceux du charbon qu’aurait exigé un vapeur, et se passe de chauffeurs. Le Fionia est vendu dès 1912 à la Hamburg-Amerika Linie.
Le Selandia reste au service de la compagnie danoise jusqu’en 1936. Vendu, rebaptisé Norseman puis Tornator, il s’échoue et se perd sur la côte japonaise près d’Omaezaki en janvier 1942. La propulsion diesel devient la norme dans la marine marchande après la Seconde Guerre mondiale, et Burmeister & Wain.
4 novembre 1914 : lancement du cuirassé HMS Valiant (Écosse).
Aux chantiers Fairfield de Govan, sur la Clyde, la Royal Navy lance le quatrième cuirassé de la classe Queen Elizabeth, les premiers grands bâtiments de ligne chauffés uniquement au mazout et armés de canons de 381 mm. Le Valiant combattra au Jutland, puis au cap Matapan en 1941.
Conçus en 1912 pour former une division rapide capable d’envelopper la tête de la ligne adverse, les cuirassés de la classe Queen Elizabeth portent huit canons de 15 pouces (381 mm) en quatre tourelles et filent 24 nœuds. Le choix du mazout plutôt que du charbon, soutenu par le premier lord de l’Amirauté Winston Churchill, accroît la vitesse et facilite le ravitaillement, mais rend la Royal Navy dépendante du pétrole importé. Mis sur cale le 31 janvier 1913, le Valiant est lancé le 4 novembre 1914, trois mois après l’entrée en guerre, et mis en service le 19 février 1916. Il déplace environ 33 000 tonnes à pleine charge et mesure 195 mètres.
Affecté à la 5e escadre de ligne, il prend part le 31 mai 1916 à la bataille du Jutland, où il tire près de 300 obus de 381 mm sans être touché. Modernisé à deux reprises entre les deux guerres, il participe en 1940 au bombardement de la flotte française à Mers el-Kébir, puis, en Méditerranée, à la bataille du cap Matapan le 28 mars 1941 et aux opérations autour de la Crète. Le 19 décembre 1941, à Alexandrie, des nageurs de combat italiens de la Xe flottille MAS, montés sur des torpilles pilotées, fixent des charges sous sa coque et sous celle du Queen Elizabeth ; les deux cuirassés se posent sur le fond du port. Réparé, le Valiant appuie en 1943 les débarquements de Sicile et de Salerne, puis sert dans l’océan Indien. Endommagé en août 1944 par l’effondrement d’un dock flottant à Trincomalee, il est vendu pour démolition en 1948.
4 novembre 1918 : l’armistice de Villa Giusti met fin à la guerre entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie.
Signé la veille près de Padoue, l’armistice entre en vigueur à 15 h 00. Il fait suite à l’effondrement de l’armée austro-hongroise à Vittorio Veneto. Sur l’Adriatique, la marine italienne prend possession de Trieste et de Pola, principale base de la flotte impériale et royale, que Vienne a remise quelques jours plus tôt au nouvel État des Slovènes, Croates et Serbes.
Dès la fin d’octobre 1918, la double monarchie se disloque. Le 31 octobre, à Pola, l’amiral Miklós Horthy remet la flotte austro-hongroise au Conseil national des Slovènes, Croates et Serbes, sur ordre de l’empereur Charles Ier. Dans la nuit suivante, ignorant ce transfert, deux officiers italiens, l’ingénieur Raffaele Rossetti et le médecin Raffaele Paolucci, pénètrent dans le port sur un engin sous-marin rudimentaire, la Mignatta, et fixent une charge sous le cuirassé Viribus Unitis, rebaptisé Jugoslavija la veille. Découverts et faits prisonniers avant l’explosion, les deux Italiens préviennent l’équipage, mais le cuirassé chavire vers 6 h 45 le 1er novembre, en emportant entre 300 et 400 hommes selon les estimations, dont le nouveau commandant de la flotte, le capitaine de vaisseau croate Janko Vuković.
Les négociateurs austro-hongrois signent l’armistice à Villa Giusti le 3 novembre. Le même jour, le destroyer italien Audace débarque des troupes à Trieste. Le texte, qui comprend des clauses militaires et des clauses navales, impose l’évacuation des territoires occupés depuis 1914, le libre passage des armées alliées vers l’Allemagne et la livraison aux Alliés d’une partie de la flotte, notamment 15 sous-marins, 3 cuirassés, 3 croiseurs légers, 9 destroyers et 12 torpilleurs. Le haut commandement austro-hongrois ordonne à ses troupes de cesser le combat dès le 3 novembre, alors que l’armistice ne prend effet que le lendemain à 15 h 00 ; l’armée italienne poursuit son avance jusqu’à cette heure et fait de très nombreux prisonniers. Peu avant l’entrée en vigueur, la marine italienne occupe l’île de Vis (Lissa), où elle avait été battue en 1866, et ses forces contrôlent Pola dès les jours suivants. Le 4 novembre est depuis célébré en Italie comme la journée de l’Unité nationale et des Forces armées. Le sort de la flotte austro-hongroise, revendiquée à la fois par l’Italie et par le futur royaume yougoslave, est réglé par les Alliés : la plupart des grands bâtiments sont remis aux vainqueurs, puis démolis ou coulés comme cibles.
4 novembre 1967 : lancement du sous-marin nucléaire lanceur d’engins HMS Repulse (Barrow-in-Furness).
Le deuxième sous-marin britannique armé de missiles Polaris quitte sa cale aux chantiers Vickers. La cérémonie tourne court : la coque s’échoue dans le chenal de Walney et n’est dégagée qu’à la marée suivante. Mis en service en 1968, le Repulse sera le dernier de sa classe à quitter le service, en 1996.
Par l’accord de Nassau de décembre 1962, les États-Unis acceptent de vendre au Royaume-Uni des missiles Polaris, que la Royal Navy doit embarquer sur des sous-marins nucléaires de conception britannique dotés de têtes nucléaires nationales. Le 8 mai 1963, l’Amirauté commande quatre bâtiments de la classe Resolution, deux à Vickers, à Barrow-in-Furness, et deux à Cammell Laird, à Birkenhead. Longs d’environ 130 mètres, ils emportent 16 missiles Polaris A-3 et sont armés par deux équipages qui se relaient, selon le modèle américain.
Mis sur cale le 12 mars 1965, le Repulse est lancé le 4 novembre 1967 par Lady Joan Zuckerman, épouse du conseiller scientifique en chef du gouvernement. Après avoir glissé à l’eau, il s’échoue dans le chenal de Walney, où il reste immobilisé jusqu’à la pleine mer suivante ; la coque n’est pas endommagée. En raison des retards du Renown à Birkenhead, il est mis en service le 28 septembre 1968, deuxième de sa classe, et effectue sa première patrouille de dissuasion en 1969.
Basé à Faslane, en Écosse, au sein de la 10e escadrille de sous-marins, il participe pendant près de trente ans à la permanence de la dissuasion nucléaire britannique en mer, assurée sans interruption par la classe Resolution depuis 1969. Ses missiles reçoivent dans les années 1980 les têtes du programme Chevaline, destiné à percer les défenses antimissiles de Moscou. Remplacé par les sous-marins de la classe Vanguard, armés du missile Trident, il est désarmé le 28 août 1996 et attend depuis son démantèlement à Rosyth.





