Sortir les céréales d’Ukraine: un processus complexe et coûteux

Paris, 22 juil 2022 (AFP) – L’accord conclu vendredi à Istanbul pour permettre l’exportation de la vingtaine de millions de tonnes de céréales bloquées en Ukraine doit permettre de débloquer trois ports ukrainiens de la région d’Odessa, mais il faudra trouver des cargos et des équipages, et les assurer, ce qui coûtera cher.

Que prévoit l’accord?

Des corridors sécurisés doivent permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que « les deux parties (Russie et Ukraine) se sont engagées à ne pas attaquer », selon un responsable des Nations unies.

Il s’agit de de sortir entre 20 et 25 millions de tonnes de céréales bloquées dans les silos d’Ukraine et qui manquent cruellement aux marchés mondiaux, alors qu’une nouvelle récolte approche.

Un centre de coordination et de contrôle, basé à Istanbul, sera piloté par des délégués des parties impliquées –un Ukrainien, un Russe, un Turc et un représentant de l’ONU. Il sera chargé d’établir le calendrier des rotations de navires en mer Noire.

A partir de quels ports?

L’Ukraine estime que ses exportations pourraient commencer à partir d’Odessa et de ses satellites Pivdenny (Ioujne) et Tchornomorsk.

« On est sur du blé ukrainien dans des ports ukrainiens sous contrôle de l’Ukraine », dit Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime (Isemar), qui souligne que l’on n’évoque pas Marioupol qui est sous contrôle russe.

« C’est pour cela que l’on n’est pas dans une perspective de commerce maritime, mais dans une solution internationale pour répondre à la crise alimentaire en libérant des capacités », dit-il.

Quid des mines?

Les négociateurs ont renoncé à nettoyer la mer Noire des mines, principalement posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes. « Déminer aurait pris trop de temps », a justifié l’ONU, qui a précisé que des « pilotes ukrainiens » ouvriraient la voie aux cargos dans les eaux territoriales du pays, pour éviter les mines.

Avec quels navires?

Les bateaux utilisés devraient être selon M. Tourret des vraquiers majoritairement turcs ou grecs, la Grèce disposant de la flotte la plus importante. Ils peuvent typiquement transporter de 20.000 à 70.000 tonnes de céréales chacun.

Des porte-conteneurs des grands armateurs européens pourraient aussi être mis à contribution pour prendre en charge des produits déjà transformés en Ukraine, comme de la farine ou des pâtes, indique-t-on dans la profession.

Les navires devront être inspectés à Istanbul avant d’aller en Ukraine par des représentants des quatre parties, pour garantir qu’ils ne transporteront pas d’armes.

Ces trajets sont-ils assurables ?

Une grande partie de la mer Noire et de la mer d’Azov n’est plus couverte par les assurances maritimes depuis le début de la guerre. Les bateaux auront besoin d' »une couverture supplémentaire qui reste à négocier », explique Sylvain Gauden chez le réassureur Scor.

« Il va se poser la question de savoir comment les assureurs vont modéliser ce risque et le prendre en charge. Il va falloir qu’il y ait une discussion sur comment est organisé le corridor, que les souscripteurs comprennent très bien quelles sont les mesures de sécurité, les moyens militaires mis en place pour s’assurer que les bateaux puissent passer en toute sécurité », explique-t-il.

Combien cela va-t-il coûter?

« Les surprimes en mer Noire ont été dans le passé de l’ordre de 5 à 7% de la valeur assurée du bateau », indique pour donner un ordre de grandeur M. Gauden, rappelant que l’assurance d’une cargaison coûte d’habitude entre 0,2 et 0,5% de sa valeur, et jusqu’à 1% pour les vieux navires. « C’est colossal! »

« Dès qu’on est en zone de conflit, on passe à des tarifications au cas par cas, et là, sur les marchandises, ça peut très vite s’envoler », renchérit Mathieu Berrurier, directeur général du courtier Eyssautier Verlingue.

Avec quels équipages?

« Assurer la sécurité des équipages sera crucial si nous voulons faire avancer cet accord rapidement », a réagi la Chambre internationale de la marine marchande (ICS).

« Des questions subsistent sur la manière (…) dont nous pouvons efficacement former des équipages pour les navires dans la région, afin de respecter les délais », a-t-elle ajouté.

Combien de temps l’opération va-t-elle prendre?

« Il reste beaucoup de travail à faire », a souligné l’ICS.

Selon les experts impliqués dans la négociation, trois à quatre semaines sont encore nécessaires pour finaliser les détails et rendre l’accord opérationnel, bien que le ministre russe de la Défense estime possible de démarrer le processus « dans les prochains jours ».

L’accord a été validé pour quatre mois, ce qui nécessiterait d’évacuer de l’ordre de 8 millions de tonnes par mois pour écouler les stocks.

bur-cha-emb-bp-liu/ico/cco

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