Le chantier du canal de Panama suspendu après la rupture des négociations

L’administrateur de la voie interocéanique Jorge Quijano a indiqué mercredi que le consortium en charge des travaux d’élargissement venait de suspendre le chantier, peu après l’annonce de la rupture des négociations autour d’un conflit financier par le constructeur espagnol Sacyr, qui dirige le consortium.

« A cet instant », le consortium GUPC (Groupe Unis pour le canal) « a déjà suspendu les travaux. Ils ont mis une menace sur la table, et aujourd’hui (mercredi) ils l’ont mise à exécution », a indiqué M. Quijano.

Cent ans après son inauguration, ce canal, par lequel transite 5% du commerce maritime mondial, peut dans ce contexte difficilement espérer boucler comme prévu sa troisième série d’écluses d’ici à 2015, alors que le chantier tourne déjà au ralenti depuis des semaines, dans l’attente d’une solution au conflit.

Selon M. Quijano, c’est la « position inflexible » du GUPC qui a empêché la conclusion d’un accord au sujet de surcoûts estimés par le consortium à 1,6 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros), alors que le contrat initial avait été fixé à 3,2 milliards de dollars (2,36 milliards d’euros).

Le consortium avait menacé fin décembre de suspendre les travaux dans un délai de trois semaines en cas de non versement de la rallonge demandée, due selon le GUPC à des problèmes géologiques imprévus sur le chantier, entraînant d’importants surcoûts en ciment.

Mercredi matin, le géant du BTP espagnol Sacyr a annoncé que l’Autorité du Canal de Panama (ACP) avait rompu les négociations qui se sont pourtant prolongées jusqu’à une date butoir fixée à mardi. Sacyr attribue la responsabilité de cet échec à l’ACP mais a affirmé continuer malgré tout « de chercher une solution de financement pour terminer le projet et les travaux en 2015 ».

Car le contrat liant les deux parties court toujours, a rappelé M. Quijano, qui « exige que les travaux reprennent immédiatement ». Selon lui, une proposition d’annulation du contrat émise par l’ACP était toujours sur la table.

Risques pour l’économie mondiale

L’action de Sacyr a terminé en baisse de 6,86% à 3,611 euros à la Bourse de Madrid, dans un marché en légère hausse (0,21%).

La Commission européenne a exprimé sa stupéfaction devant l’annonce « inattendue » de la fin des négociations, le commissaire chargé de l’Industrie, Antonio Tajani, demandant aux parties de « reconsidérer leurs positions » dans les prochains jours. La ministre espagnole de l’Equipement Ana Pastor a lancé un appel similaire, prévenant de répercussions « non seulement sur l’économie (du Panama) mais aussi sur l’économie mondiale ».

Mais les positions des deux parties, qui se renvoient la responsabilité de l’échec des pourparlers, semblaient figées mercredi.

Alors que l’ACP appelait au respect du contrat ou à sa rupture, Sacyr insistait sur un partage de la facture, soulignant que cette situation « met en danger l’expansion du canal de Panama et jusqu’à 10.000 postes de travail ».

Le géant espagnol du BTP menaçait même que « sans une solution immédiate, Panama et ACP feront face à des années de conflits devant les tribunaux nationaux et internationaux sur les étapes qui ont mené le projet au bord de l’échec ».

Au sujet de la facture supplémentaire réclamée, le GUPC estime que la somme est « de telle ampleur qu’aucune entreprise privée ne peut l’assumer seule ». C’est à la fois « injuste et impossible », dit le groupement d’entreprises, qui inclut aussi l’Italien Salini-Impregilo, le Belge Jan De Nul et le Panaméen Constructora Urbana.

Le consortium propose que « les parties partagent le financement à 50-50 jusqu’à l’achèvement du projet » puis qu' »un tribunal international d’arbitrage décide qui est responsable des surcoûts additionnels et qui doit les payer ».

Les travaux, que le consortium dit avoir réalisés à plus de 70%, accumulent déjà un retard d’au moins neuf mois. Selon une estimation de l’assureur Zurich, il atteindrait trois à cinq ans en l’absence d’accord.

Long de 80 kilomètres, le canal de Panama a été inauguré en 1914 et avait été rétrocédé par les États-Unis au Panama en 1999.

Son extension, qui passe notamment par l’élargissement des voies d’accès et la construction de nouvelles écluses sur trois niveaux, doit permettre le passage de navires transportant jusqu’à 12.000 conteneurs, soit plus du double de la charge actuellement autorisée à emprunter la voie navigable.

ka/ag/nas

SACYR

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