Les Rencontres de l’industrie navale organisées par le Gican — présidé par Pierre-Eric Pommellet et dirigé par Philippe Missoffe —, se sont tenues le 21 janvier dernier à Paris. Elles ont permis de dresser un état des lieux de la filière. Et d’envisager l’avenir — plutôt chargé —, avec une relative confiance.
L’optimisme domine… pour le moment. Mais l’industrie navale française doit aussi se préparer à affronter de sérieux défis. Tel est, en substance, le constat que l’on peut dresser à l’issue des Rencontres annuelles organisées le 21 janvier dernier à Paris par le Gican (Groupement des industries de construction et activités navales).
Les motifs de satisfaction sont nombreux, en effet. L’industrie navale française vient de connaître, de l’avis de plusieurs intervenants, « une année exceptionnelle ». L’activité s’est affichée en nette croissance, tant pour le pôle défense que pour le segment de la croisière (5 grands navires commandés aux Chantiers de l’Atlantique) et même pour la réparation navale.
De façon générale, il s’agit d’une filière qui exporte, tant dans le domaine militaire (des navires de surface, des sous-marins, des drones…) que dans celui de la croisière. Une filière qui innove, qui irrigue l’ensemble du territoire – et pas seulement les régions côtières. Et qui est aujourd’hui l’un des (rares) fers de lance industriels du pays. L’industrie navale recrute : elle prévoit d’accueillir plus de 6.000 nouveaux collaborateurs – en faisant une large place aux femmes.
Le rouleau compresseur chinois
Plusieurs menaces pointent pourtant à l’horizon. A commencer par l’impressionnant « rouleau compresseur chinois ». Philippe Chabrot, président d’Affinis Conseil, a marqué l’assistance avec son exposé sur la concurrence chinoise et les risques de désindustrialisation qu’elle représente. « La Chine s’attaque aujourd’hui au cœur productif de l’Europe, qui risque d’être massivement atteint », a confirmé de son côté Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan.
Philippe Berterottière, PDG de GTT et vice-président du Gican, a pour sa part évoqué les grands acteurs chinois de la construction navale, qui disposent de « docks de plusieurs kilomètres de long », capables de fabriquer en parallèle plusieurs navires de grande taille, porte-conteneurs, supertankers, navires de croisière. De quoi capter, dès aujourd’hui, 70 % des commandes mondiales, voire bien davantage demain… « Il est très important de maintenir en France et en Europe l’art de construire des bateaux », a-t-il souligné, appelant par ailleurs les acteurs publics locaux à passer des commandes aux chantiers français.
Deuxième motif d’inquiétude, lié au précédent, le contexte général de désindustrialisation dans lequel la France s’enfonce à nouveau, après une « parenthèse » de quelques années. « On ne voit rien venir sur 2026, et 2027 sera dominée par la politique. Or il faut compter 18 mois pour que les décisions entrent dans les faits », a rappelé Olivier Lluansi, enseignant au Cnam et à Mines-ParisTech.
De cet environnement complexe, Pierre-Eric Pommellet, président du Gican, a voulu retenir les points positifs : « L’industrie navale française est au cœur des problèmes actuels de souveraineté, des défis industriels, des questions de décarbonation. Il s’agit d’une industrie en croissance, qui sait combiner cycles longs et cycles courts, et qui reste un pôle de stabilité. Elle a tout pour occuper une place centrale dans notre pays. »
La réindustrialisation maritime doit être un projet collectif, assumé et structurant, au niveau national comme au niveau européen. C’est à cette condition que nous pourrons transformer la dynamique actuelle de commandes en succès industriel durable, au bénéfice de nos territoires, de nos emplois, de nos compétences et de notre souveraineté.
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