Aides au carburant pour les pêcheurs : un « premier pas » pour une filière en « crise latente »

Les Sables-d’Olonne (France), 27 mars 2026 (AFP) – Inquiets de se trouver au « bord de l’extinction », pour certains contraints de rester à quai, les pêcheurs « pris à la gorge » par la flambée du prix des carburants vont bénéficier de nouvelles aides, qui ne suffiront toutefois pas à sortir de la crise, préviennent-ils.

Les pêcheurs français auront une aide équivalant à « 20 centimes par litre » de gazole marin en avril, via un remboursement sur présentation des factures de carburant, a indiqué vendredi soir la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud.

« C’est un premier pas. Ce matin on n’avait rien, ce soir on nous donne une petite bouffée d’air. Mais il ne faut pas se leurrer et croire que ce sera suffisant pour sortir la filière de l’enchaînement de crises qui la frappe », a réagi auprès de l’AFP José Jouneau, président du comité ligérien des pêches, qui participait dans la matinée aux Sables d’Olonne à une rencontre entre les pêcheurs et la ministre.

Si la mesure constitue une « bouffée d’oxygène », elle demeure « très insuffisante » pour de nombreuses entreprises qui « ne sont déjà plus en mesure de sortir en mer », ont de leur côté déclaré dans un communiqué l’Association nationale des organisations de producteurs (ANOP) et l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF).

Le prix du gazole marin a bondi de 65% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, passant de 0,61 à 1,01 euro par litre du 26 février au 26 mars, selon l’observatoire du carburant de la Coopération maritime.

Avec un « impact direct » sur les salaires: « Un tiers en moins depuis le début de la crise. Mais même si c’est limite rentable, avec les investissements qu’on a, on doit continuer à y aller. On est pris à la gorge », a expliqué Jérémy Rousseau, patron-armateur à Noirmoutier.

– « Détonateur » –

« Le prix du gazole, c’est le détonateur d’une crise qui est déjà latente depuis pas mal d’années », a affirmé José Jouneau à l’issue de la rencontre avec la ministre.

La réunion s’est cependant déroulée dans le calme: « l’inquiétude, c’est vraiment d’être sur le bord de l’extinction. Et ça a transparu: lors de la réunion, il n’y a pas eu de hurlement. On a l’impression que les gens sont presque résignés. »

La flotte française a diminué d’un tiers en 25 ans pour atteindre 5.352 navires en 2024. Ses armements sont vieillissants, avec une moyenne d’âge de 30 ans, faisant du renouvellement et de la décarbonation des armements la priorité du secteur.

La succession de crises l’a encore fragilisée: 86 navires (dont la moitié en Bretagne) ont été envoyés à la casse dans le cadre d’un « plan d’accompagnement individuel » post-Brexit, destiné aux pêcheurs n’ayant plus accès aux eaux britanniques.

A Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche français, des bateaux étaient contraints cette semaine de rester à quai. « En 33 ans de navigation, je n’ai jamais vu ça. C’est historique, très inquiétant. Là, cela fait trois semaines que nous naviguons pour zéro euro », racontait mercredi Mathieu Descharles, matelot sur le « Thomas Nicolas II ».

– « Plus vivable » –

Capitaine d’un autre bateau à quai, Théo Ramey s’est dit « dépité, perdu »: « C’est terrible parce que c’est un métier passion, on ne le fait pas par hasard (…) Mais c’est vrai qu’à un moment, on se rend malade et ce n’est plus vivable. »

Les pêcheurs bretons ont de leur côté réclamé jeudi des aides directes à la pompe. « Sans un engagement politique courageux, les pêcheurs bretons ne pourront bientôt plus assumer la continuité de leur mission stratégique pour notre souveraineté alimentaire », ont-ils mis en garde dans un communiqué.

Le gouvernement avait déjà annoncé lundi des mesures pour « soulager la trésorerie » des entreprises de pêche, sans toutefois décider à ce stade de remise directe à la pompe.

Selon Catherine Chabaud, « le moment est venu d’adapter le cadre européen pour pouvoir accompagner le secteur de la pêche ».

La ministre demandera lundi le feu vert de la Commission européenne pour mettre en place « un dispositif d’aide directe » pour les pêcheurs et plaidera pour engager sans délai « une révision du cadre juridique européen » pour permettre d’accompagner « le renouvellement » et la « décarbonation » de la flotte française, une demande forte et ancienne du secteur.

Le coût du gazole des marins – teint en bleu – représente « en moyenne 40% du chiffre d’affaires », selon le comité national des pêches.

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