A Mayotte, l’ampleur des feux éprouve les pompiers, le brûlis en question

Mamoudzou, 3 nov 2026 (AFP) – Avec une soixantaine d’hommes engagés depuis samedi, quatorze feux de végétation dimanche et d’épais nuages de fumée, les sapeurs-pompiers de Mayotte se démènent à nouveau contre les flammes, deux mois après un week-end noir.

Près de 30 hectares ont déjà brûlé dans le 101e département, le plus pauvre de France, une « estimation qui peut encore augmenter », selon le lieutenant Abdou Maoulida, chef du groupe Sud du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de Mayotte.

Lundi, plusieurs feux sont restés particulièrement actifs à Bouéni, Dapani, Bandrélé mais aussi sur le Mont Bénara.

Fin août déjà, quelques jours après l’envoi de renforts mahorais vers l’Hexagone en proie à des incendies d’une puissance jamais constatée, un feu avait ravagé la même superficie en deux jours, à Barakani, au centre de Mayotte.

Depuis ce sinistre, les pompiers font face sans moyens supplémentaires, s’appuyant sur ceux reçus au début de la saison sèche en avril, explique le colonel Patrick Clerc, directeur départemental et chef de corps du Sdis de Mayotte : deux camions-citernes feux de forêt moyen, qui ont porté à quinze le nombre de véhicules pouvant intervenir sur des feux.

– 80% liés aux brûlis –

« On a mis en place une équipe drone qui n’existait pas l’année dernière », ajoute le colonel Clerc. L’objectif est de repérer les incendies et les accès, la plupart des feux se déclarant dans des zones rurales difficilement accessibles.

Par ailleurs, « on a loué un hélicoptère bombardier d’eau pour la saison », précise-t-il, en pleine intervention en haut du mont Bénara. Depuis le 1er août, cet hélicoptère puise de l’eau de mer pour s’attaquer aux feux de forêt et de végétation.

En 2025, 288 hectares ont été brûlés à Mayotte, selon un bilan de la préfecture, marquant une année record.

Selon la base de données sur les incendies de forêt (BDIFF), les feux ont ravagé 14 hectares en 2024, 24 en 2023.

Le risque a été « fortement aggravé par les conséquences du cyclone Chido » fin 2024, « qui a endommagé environ 85% des forêts publiques, générant une importante quantité de biomasse morte favorable aux incendies », souligne la préfecture.

Les services de l’État mettent également en cause « les occupations illicites, les défrichements sauvages et les pratiques agricoles utilisant le feu sans respect des règles ».

Ces derniers jours, selon le lieutenant Abdou Maoulida, 80% des feux qui se sont déclarés sont le fait des brûlis, une pratique interdite qui consiste à nettoyer son champ par le feu.

– « Manque d’alternatives » –

La prévention sur les conséquences du brûlis doit justement être au coeur d’une sous-commission des feux de forêt créée cette année et pilotée par le préfet, souligne le colonel Clerc.

Depuis plusieurs années, des actions de sensibilisation sont pourtant menées sur cette thématique, rappelle la préfecture. L’Office national des forêts (ONF), la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Daaf) ainsi que l’Office français de la biodiversité effectuent des contrôles.

« Si les résultats demeurent contrastés, une amélioration des pratiques est observée chez les exploitants agricoles déclarés », assure la préfecture.

Pour Antoy Abdallah, agriculteur à Kani-Kéli, il faut s’attaquer au « manque d’alternatives » au brûlis.

S’il dit utiliser un broyeur pour nettoyer son terrain, il rappelle que beaucoup d’agriculteurs sont en situation précaire économiquement, voire administrativement, sans moyens de financer ce matériel.

À cela s’ajoute la difficulté d’acheminer des engins lourds vers les parcelles.

« Il y a très peu d’exploitations qui sont accessibles pour un véhicule », constate-t-il.

La loi prévoit des poursuites judiciaires en cas d’infractions constatées.

Mais s’il y a eu des interpellations, « ce n’est pas suffisant » au regard de l’ampleur des feux en cours, selon le lieutenant Maoulida.

« En ce moment, les pompiers souffrent. (…) Ça commence à devenir très compliqué », lâche-t-il en pleine intervention à Bandrélé, plaidant pour plus de moyens humains.

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