À Mayotte, le conflit au Moyen-Orient inquiète les commerçants qui se fournissent à Dubaï

Koungou (France), 25 mars 2026 (AFP) – Derrière l’effervescence qui anime le quartier de Majicavo-Dubaï, à Mayotte, les commerçants s’inquiètent, près d’un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient. « Pour le réapprovisionnement, il y a une peur », confie Saoudati Madi, une vendeuse qui a vu plusieurs boutiques liquider leurs stocks pendant le Ramadan.

Ce quartier de Koungou, dans le nord de l’île, est connu pour ses commerces de vêtements provenant en grande partie de Dubaï. En 2025, les Émirats arabes unis étaient même le premier pays source d’importations à Mayotte, avec 98 millions d’euros et une part de 20,1%, selon la direction générale des douanes.

Mais depuis le début de la guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël, et le blocage par Téhéran du détroit d’Ormuz, les exportations depuis les Émirats sont fortement entravées.

Pas encore de pénurie, mais Mme Madi redoute un blocage des conteneurs et une augmentation des coûts des marchandises et du transport. « Ce n’est pas qu’une question de prix, il y a aussi la peur d’y aller », ajoute-t-elle.

Les commerçants mahorais ont en effet l’habitude de se déplacer en personne à Dubaï pour choisir leurs produits et passer leurs commandes. Avec une seule escale, généralement via Nairobi, « c’est une liaison accessible », explique Bibi Chanfi, vice-présidente du conseil départemental chargée du développement économique.

Avec le temps, « une facilité d’échange s’est instaurée », poursuit-elle.

Dans une échoppe en retrait de la foule qui occupe la rue principale, Naf Kamal est préoccupé. Plusieurs de ses proches sont partis à Dubaï juste avant le début du conflit pour passer des commandes de prêt-à-porter. « Ils sont bloqués. On ne sait pas quand ils vont revenir », s’inquiète le commerçant.

Daniel Halidi se rend d’ordinaire trois fois par an à Dubaï pour renouveler les stocks de son magasin de robes modernes et traditionnelles. Il pense désormais se tourner vers d’autres pays, comme la Tanzanie ou la Chine, qui fournissent déjà certains marchands du quartier.

Mais tous « n’ont pas l’expérience pour acheter les produits en ligne » venant de Chine, explique-t-il.

– Hausse des prix redoutée –

Il faudra établir de nouvelles routes logistiques, ce qui fait redouter une hausse des prix. « On s’adaptera. Mais ça voudra dire vendre plus cher », prévoit Shaïma Houmadi, qui achète ses produits auprès des autres commerçants.

Selon Fahardine Mohamed, président du Groupement patronal de Mayotte (GPM), le contexte géopolitique a déjà des effets concrets. Plusieurs entreprises ont constaté « une hausse des coûts du transport maritime et aérien », assure-t-il, faisant aussi état de retards de livraison et de ruptures d’approvisionnement.

« À Mayotte, compte tenu de l’insularité de son économie, toute fluctuation met forcément en difficulté », ajoute M. Mohamed, évoquant une « inquiétude forte » des commerçants.

M. Halidi, lui aussi, en subit les conséquences. Sa dernière commande en provenance de Dubaï est bloquée dans un conteneur au port de Longoni, porte d’entrée des biens importés.

En raison de la situation au Moyen-Orient, il n’a pas encore reçu le connaissement de la part de l’exportateur, un document obligatoire pour récupérer sa marchandise auprès des douanes. « On a les copies mais la douane demande l’original », regrette-t-il, redoutant déjà les frais de gardiennage à payer.

Selon la Chambre de commerce et d’industrie, quelques entreprises ont des marchandises bloquées dans l’Emirat. Son directeur général, Abdoul-Karime Bamana, assure que les acteurs économiques ont assez de stocks pour tenir un temps. Mais si la guerre perdure, « d’ici la rentrée, nous aurons des difficultés ».

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