Attentat de Karachi: la sécurité des salariés de la DCN pointée du doigt

« Personne, mis à part la marine pakistanaise », ne s’assurait du respect des mesures de sécurité de ces ouvriers qui bâtissaient des sous-marins dans le cadre du contrat Agosta, a dit Alain Chouet, chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE au moment de l’attaque, selon ce témoignage dont l’AFP a consulté vendredi le compte-rendu.

Selon lui, des responsables français lui auraient fait état d’une proposition de la marine pakistanaise à la DCN, faite « avant l’attentat, d’héberger son personnel dans les locaux de l’arsenal ». Ce qui aurait permis d’éviter le trajet quotidien vers les chantiers où l’attentat s’est produit. Une proposition qui, selon lui, est le signe que la marine pakistanaise « subodorait des menaces ».

Mais « la DCN avait décliné cette proposition », a-t-il affirmé. Pourtant, ces ouvriers étaient « très vulnérables »: ils « empruntaient toujours le même itinéraire, à la même heure et avec le même véhicule ». Pour qui voulait s’en prendre à des Français, ils étaient une cible « pas très difficile car il n’y avait pas de procédures particulières de sécurité ».

Le concours d’un expert en sécurité aurait été « éminemment souhaitable », « mais à (sa) connaissance ça n’a pas été fait », a poursuivi M. Chouet. « Qu’un conseiller en sécurité donne des conseils, c’était un poste à plein temps qui coûtait de l’argent. »

Dans une note du 22 mai 2002, juste après l’attaque qui avait tué quatre autres personnes, la DGSE avait déjà relevé qu' »une négligence de sécurité se confirme dans l’itinéraire de déplacement entre les hôtels et le site militaire ». Le service jugeait « de plus en plus probable que l’équipe de la DCN ait été prise pour cible en raison de sa vulnérabilité ».

« Une instruction judiciaire est en cours, DCNS ne peut faire aucun commentaire », a réagi un porte-parole de DCNS (ex-DCN).

Luttes intestines au Pakistan

Outre l’origine de l’attentat, Marc Trévidic enquête depuis mai 2012 sur d’éventuels négligences de la DCN, qui avait déjà été condamnée en janvier 2004 pour « faute inexcusable » par le Tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) de Saint-Lô (Manche).

« Une fois de plus, cela ne fait que confirmer que l’on a été sacrifié par l’entreprise », a réagi pour l’AFP un des ouvriers présents lors de l’attentat, Gilles Sanson. « Il apparaît qu’au-delà des plus hauts personnages de l’Etat de l’époque, la DCN a caché beaucoup de choses à ses salariés, notamment quant aux conditions de leur sécurité », a renchéri Me Olivier Morice, avocat de victimes.

« Cette déposition circonstanciée détaille de façon cruellement accablante les scandaleuses négligences de DCN envers la sécurité de ses personnels », a de son côté commenté Thibault de Montbrial, avocat de cinq ouvriers blessés.

Lors de son audition, M. Chouet a également rappelé le scepticisme de son service quant à la piste d’un attentat commis par Al Qaïda, privilégiée par le premier juge en charge de l’enquête, Jean-Louis Bruguière.

La DGSE envisageait surtout la thèse d’une attaque qui serait la résultante de luttes intestines entre « clans d’officiers de l’ISI », les services secrets pakistanais, ou « d’un règlement de comptes entre l’armée de terre et la marine pakistanaise » à laquelle « les Français étaient étroitement liés ».

Quant à la thèse d’une attaque commise en rétorsion à l’arrêt du versement de commissions par la France à des intermédiaires dans des contrats d’armement, Alain Chouet relève que « personne dans nos contacts pakistanais n’était venu nous dire que quelque chose n’allait pas dans (les) contrats ». Selon lui, en admettant que des intermédiaires mécontents auraient souhaité régler leurs comptes avec la France, « ils ne l’auraient pas fait à Karachi mais à Paris ».

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