Ce gouvernement est dans « une position de déni complet par rapport aux enjeux climatiques, sauf du côté de l’Arctique », dont le réchauffement et « le recul, notamment de la glace de mer, est perçu comme une opportunité associée aux routes maritimes ou à l’exploitation de nouvelles ressources », a jugé la chercheuse en sciences du climat et membre du Haut conseil pour le climat (HCC), lors d’une audition au Sénat.
Elle évoque une « censure par rapport aux connaissances scientifiques », ainsi qu’une « sécession », avec le retrait du groupe d’experts scientifiques mandatés par l’ONU sur le climat (Giec) ou du traité fondateur des accords climatiques internationaux (CCNUCC).
Donald Trump a encore annoncé jeudi abroger un texte servant de fondement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis.
La position américaine « affaiblit la production de connaissances scientifiques dans le monde puisqu’on a un des leaders mondiaux qui affaiblit les efforts d’observation, de compréhension, de processus de modélisation. On ne va pas voir les effets tout de suite, mais c’est vraiment une perte nette qui a assez peu d’analogues historiques », a jugé la scientifique.
Elle a aussi dit craindre « des effets redoutables sur l’attractivité de la science pour les jeunes scientifiques, avec des risques de perte d’une génération entière ».
Valérie Masson-Delmotte observe encore que les États-Unis « jouaient un rôle stabilisateur dans les négociations, notamment sur le climat » et que « leur absence affaiblit le soutien au fait scientifique » et provoque « des reconfigurations de positionnement des autres pays dans les négociations internationales ».
Valérie Masson-Delmotte est l’ancienne coprésidente de l’un des trois groupes de travail du Giec. Ce dernier est en train de mener son septième cycle d’évaluation (AR7).
« Actuellement, il y a 10% de scientifiques américains dans les auteurs de l’AR7 parce qu’ils sont excellents, mais ce ne sont pas des chercheurs fédéraux – qui n’ont pas eu l’autorisation de contribuer -, ce sont essentiellement des universitaires », a souligné la chercheuse.
« Je ne sais pas ce qui se passera pour eux, parce qu’actuellement, aux États-Unis, les scientifiques sont parfois pris pour cible nominativement avec de l’intimidation et des menaces. Donc, j’espère qu’ils seront protégés », a-t-elle dit.




