Des villageois promettent de s’opposer « jusqu’au bout » à un barrage pour le canal de Panama

Rio Indio, Panama (Panama), 22 mai 2025 (AFP) – Magdalena Martinez a vécu toute sa vie au bord de la rivière Indio, mais un barrage prévu pour protéger le canal de Panama de la sécheresse menace désormais d’engloutir sa maison.

Cette femme de 49 ans fait partie des centaines d’habitants opposés à un nouveau réservoir qui doit alimenter en eau douce la cette voie navigable interocéanique, au coeur de tensions diplomatiques avec les États-Unis.

« Je me sens mal face à cette menace », déclare Mme Martinez dans la maison en bois au toit de tôle où elle vit avec son mari et cinq de ses treize enfants. « Nous ne savons pas où nous irons », confie-t-elle à l’AFP.

Toute sa famille est née à Boca de Uracillo, un hameau entouré de collines verdoyantes, dont les quelque 200 habitants vivent de l’élevage et de la culture, de manioc et de maïs notamment.

Les villageois se disent déterminés à empêcher que leurs maisons soient sacrifiées pour aider l’industrie mondiale du transport maritime, qui pèse des milliards de dollars.

« Il faut se battre jusqu’au bout », lance Yturbide Sanchez, 44 ans.

La semaine dernière, des centaines d’habitants de cette zone, brandissant des drapeaux, ont navigué sur la rivière Indio en barques à moteur pour protester contre le projet de barrage, qui obligerait des milliers de familles à déménager.

« Nous ne voulons pas qu’ils nous prennent l’eau de la rivière, nous en avons besoin », a déclaré à l’AFP Ariel Troya. « Si le projet avance, il nous privera de futur », estime le cultivateur de 48 ans.

– « L’eau du futur » –

L’Autorité du canal de Panama (ACP), organisme public autonome qui exploite le canal de 80 km de long reliant les océans Atlantique et Pacifique, a décidé d’y construire un réservoir pour faire face à des sécheresses sévères, comme celle de 2023 ayant entraîné une réduction drastique du trafic maritime. Or, le Panama tire des recettes provenant du transit des navires et des prestations de services.

Inauguré il y a plus d’un siècle, le canal de Panama dépend en effet de l’eau de pluie, autrefois abondante, stockée dans deux lacs artificiels qui fournissent également de l’eau potable.

Le canal possède un système d’écluses pour hisser ou abaisser les navires jusqu’à 26 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le passage d’un navire nécessite près de 200 millions de litres d’eau douce.

Le nouveau réservoir voulu par l’Autorité, couvrant environ 4.600 hectares, alimenterait un des lacs existants via un tunnel de neuf kilomètres.

Le projet « répond à un besoin identifié depuis longtemps : c’est l’eau du futur », a déclaré à l’AFP Karina Vergara, responsable environnement et social à l’ACP.

Les travaux devraient commencer en 2027 et s’achever en 2032, pour un investissement d’environ 1,6 milliard de dollars. Sur ce montant, 400 millions sont prévus pour indemniser et reloger environ 2.500 personnes de plusieurs villages.

« Nous avons pris un engagement ferme de dialogue et de recherche d’accords » avec les personnes affectées, affirme Mme Vergara. Mais si le réservoir n’est pas construit, « on le regrettera dans 15 ans », assure-t-elle.

– « Donner nos vies » –

Plusieurs représentants de la société civile affirment qu’au total, environ 12.000 personnes pourraient être affectées par le projet, soutenu par le président panaméen Jose Raul Mulino, puisqu’il toucherait l’ensemble du bassin de la rivière Indio.

Long de 80 kilomètres, le canal de Panama représente 6% du commerce maritime mondial et constitue le moteur de l’économie du pays.

Il se retrouve au centre d’un bras de fer diplomatique en raison des multiples menaces du président américain Donald Trump de « reprendre » le canal, restitué par les Etats-Unis au Panama en 1999, en raison d’une supposée influence chinoise.

Dans le village de Limon, proche de Boca de Uracillo, les habitants refusent aussi d’abandonner leurs maisons. « Nous ne partirons pas. Ils devront nous faire partir par la force », affirme Maricel Sanchez, 25 ans, étudiante à l’université.

Les villageois comptent sur leurs terres pour vivre pendant la retraite, explique Olegario Cedeño, agriculteur, dans sa maison où il vit avec sa femme et ses trois enfants, entourée de poules et de perroquets. « Nous donnerons notre vie pour ce combat ».

Les Infos Mer de M&O

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.