Détroit d’Ormuz: le marché de l’assurance maritime sous le feu de la guerre

Londres, 29 mars 2026 (AFP) – La guerre au Moyen-Orient a fait exploser les coûts de l’assurance pour les navires de la région, notamment ceux devant transiter par le détroit d’Ormuz, bras de mer stratégique pour le transport de marchandises, bloqué par l’Iran. Explications.

– L’assurance reste disponible –

Après le début des combats, le 28 février, certains assureurs ont envoyé des avis dits de résiliation pour les primes « risque de guerre » des bateaux, afin de « réévaluer » puis « de rétablir cette couverture à des conditions ajustées », a indiqué l’Union internationale de l’assurance maritime dans un communiqué.

Malgré leur nom, ces « avis de résiliation » ne mettent pas nécessairement fin à la couverture. L’assurance de guerre reste disponible pour les armateurs et opérateurs qui souhaitent y souscrire.

À Londres, premier marché mondial de l’assurance maritime, des responsables ont assuré que les capitaines évitaient la route pour protéger leurs équipages, et non parce qu’ils ne pouvaient pas s’assurer.

« Ce sont les préoccupations de sécurité, et non la disponibilité de l’assurance, qui réduisent le trafic maritime », a titré lundi la Lloyd’s Market Association (LMA), organisation professionnelle du secteur londonien.

Le prix de ces polices pour franchir le détroit a toutefois fortement augmenté, selon des acteurs du marché.

– Des primes en forte hausse –

Avant le conflit actuel au Moyen-Orient, une prime de risque de guerre coûtait généralement moins de 1% de la valeur du navire.

Aujourd’hui, cette assurance de guerre peut représenter des dizaines de millions de dollars pour un seul passage dans le détroit d’Ormuz.

David Smith, responsable de la branche marine chez le courtier spécialisé McGill, estime les tarifs « entre 3,5% et 10% ». « Cela bouge presque d’heure en heure », explique-t-il à AFP.

Les tarifs de l’assurance cargo –qui couvre la marchandise– ont suivi la même évolution.

« Un méthanier flambant neuf peut valoir à lui seul entre 200 et 250 millions de dollars, et sa cargaison peut valoir la même somme », souligne David Smith.

– Plusieurs couches d’assurance –

Les navires de commerce ont d’abord besoin d’une assurance « corps de navire », qui couvre la perte ou les dommages subis par le navire, puis d’une assurance de protection et d’indemnisation (P&I), qui assure la responsabilité civile vis-à-vis des tiers.

Les marchandises doivent elles être couvertes par une assurance cargo.

Enfin, les bateaux souscrivent une assurance pour risque de guerre, généralement via une prime annuelle, mais qui exclut l’entrée dans les zones de conflit les plus actives, appelées zones « listées ».

Pour y pénétrer, ils doivent renégocier une nouvelle prime de risque de guerre.

– Des zones à risque reclassées –

Début mars, le marché londonien de l’assurance maritime a officiellement élargi le périmètre des zones « listées » dans le Golfe.

Ce système « permet aux souscripteurs de réagir rapidement et de manière proportionnée aux zones de risque accru », explique Neil Roberts, responsable du service maritime et aéronautique au sein de la LMA et qui siège au comité chargé de mettre à jour cette liste.

Pour fixer les primes de risque de guerre, les souscripteurs prennent en compte de nombreux facteurs, dont le type de navire, son pavillon, son propriétaire, ainsi que sa taille, sa vitesse et sa cargaison.

Pour l’instant, « personne n’achète », explique David Smith, précisant qu’un souscripteur lui avait signalé un taux de souscription inférieur à 1% pour les polices liées à Ormuz.

– Un dispositif américain –

Une initiative américaine d’assurance destinée à encourager les traversées d’Ormuz va bientôt démarrer, a promis jeudi le secrétaire au Trésor Scott Bessent.

Donald Trump avait déjà présenté ce dispositif, qui doit inclure des escortes navales, et a exhorté les puissances occidentales et d’autres pays à s’y associer.

Mais la plupart semblent peu enclines à le faire tant que le conflit se poursuit.

Si un dispositif de traversée avec protection militaire pouvait être mis en place et prouvait son efficacité, les tarifs d’assurance « chuteraient très, très vite », prédit David Smith.

Les Infos Mer de M&O

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Australie : Canberra défend son engagement au Moyen-Orient face aux critiques de Donald Trump

L’Australie a défendu son implication au Moyen-Orient après les critiques de Donald Trump, qui a jugé la contribution de Canberra « pas terrible...

Banque mondiale : mobilisation face aux effets du conflit sur le transport maritime et l’énergie

La Banque mondiale se dit prête à répondre « à grande échelle » aux demandes des pays fragilisés par les conséquences du conflit...

Guerre au Moyen-Orient : reflux du pétrole et marchés rassurés, mais les risques persistent

Les marchés mondiaux montrent des signes d’accalmie au 26e jour de la guerre, avec un recul des prix du pétrole. Le Brent repasse...

Maquereaux : l’UE prête à relever les quotas malgré un stock fragilisé

L’Union européenne pourrait autoriser une hausse des quotas de pêche de maquereaux en 2026, en revenant sur la réduction drastique initialement prévue, malgré...

Plus de lecture

M&O 289 - Décembre 2025

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.