Au coeur de ce dossier, la saisie en février 2023 dans un entrepôt clandestin du Val-de-Marne de plus de 300 kg de ces alevins de l’anguille d’Europe, espèce protégée depuis 2009 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).
Cela représente près du double de la marchandise saisie par la douane française en 2024 (154 kg).
Treize prévenus devaient comparaître mais une partie du dossier concernant trois d’entre eux a été disjointe en début d’audience jeudi matin.
Ce poisson migrateur fait l’objet de braconnage à destination d’élevages en Asie où les civelles se payent au prix fort, « entre 5.000 et 6.000 euros le kilogramme », selon un communiqué de l’Office national anti-fraude (Onaf).
La valeur des alevins découverts en France dans cette affaire est estimée par les enquêteurs entre 1,7 et 2,1 millions d’euros.
Deux des présents sont en détention provisoire. L’ensemble des prévenus comparaissent jusqu’à vendredi notamment pour détention en bande organisée de spécimen d’espèce de la faune et de la flore sauvages menacée d’extinction sans document justificatif régulier, et détention, transport, exportation non autorisés en bande organisée d’animal d’espèce non domestique.
Ils encourent jusqu’à 10 ans d’emprisonnement.
Après la première saisie à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), les investigations menées par l’Onaf en cosaisine avec l’Office français de la biodiversité (OFB) ont permis « la mise au jour d’un réseau criminel organisé et la découverte d’une nouvelle route de transfert des civelles depuis la France vers l’Asie via l’Afrique et plus particulièrement le Sénégal », précise le communiqué.
Trois ressortissants chinois ont été interpellés en février 2023, puis un an plus tard trois « mules » malaisiennes étaient arrêtées à l’aéroport de Roissy, avec près de 70 kg de civelles dans leurs valises, selon l’ordonnance de renvoi qu’a pu consulter l’AFP.
– Une tonne par mois –
L’enquête a permis également de mettre au jour un entrepôt à Dakar, où des gestionnaires chinois sont suspectés d’avoir remplacé le nom de l’espèce menacée par une autre, non protégée par la CITES.
« Cette fraude douanière aurait permis au réseau de trafiquant d’exporter près d’une tonne de civelles chaque mois vers Hong Kong par le fret aérien », indique l’Onaf.
Deux autres prévenus sont domiciliés à Nantes, mis en examen « pour leur rôle présumé de pêcheurs » d’alevins.
Entendus jeudi matin, tous deux cumulent à leur palmarès plusieurs condamnations en lien avec la pêche illégale.
Ces deux beaux-frères ont tenté de se justifier en assurant que le produit de leur pêche illégale était uniquement destiné à leur « consommation ».
L’ensemble des prévenus entendus en début d’audience, des « pêcheurs » à celui qui est accusé d’avoir accueilli des « mules » au Sénégal, ont soit assuré ignorer la nature illégale du trafic, soit minimisé sa gravité.
« Ce ne sont pas des drogues ou du trafic d’êtres humains, je ne savais pas que c’était grave, maintenant je sais que c’est protégé comme les pandas », a déclaré, ému, Leo T., qui avait mis l’entrepôt francilien en sous-location.
La contrebande de l’anguille européenne, protégée depuis 2009, est l’une des causes de la chute en 30 ans de 75% de sa population. En France, sa pêche est très réglementée et fait l’objet de quotas stricts.