Le navire était suspecté d’être impliqué dans les survols de drones ayant perturbé le trafic aérien danois en septembre, un volet dont la justice n’est pas saisie.
Après son arraisonnement par des commandos marine, le président français Emmanuel Macron avait annoncé vouloir « accroître la pression sur la flotte fantôme parce que ça réduit clairement la capacité de la Russie à financer son effort de guerre » en Ukraine.
Actuellement en mer, Chen Zhangjie, 39 ans, commandant chinois du Boracay (également connu sous le nom de Phoenix), sera représenté à l’audience au tribunal correctionnel de Brest (ouest) par son avocat Henri de Richemont.
« Il m’a demandé de le représenter et de remettre une lettre au président (du tribunal) lui demandant de l’excuser pour son absence », a indiqué ce dernier à l’AFP.
Avec son second, M. Chen avait été placé en garde à vue début octobre à la gendarmerie maritime de Brest. La justice lui reproche d’avoir refusé d’obtempérer lorsque la marine française a voulu inspecter son navire de 244 mètres de long, le 27 septembre, alors qu’il naviguait dans les eaux internationales au large de la Bretagne.
Cette infraction est punie d’un an d’emprisonnement et de 150.000 euros d’amende, selon le code de la défense.
Le Boracay, qui bat désormais pavillon russe, avait repris la mer cinq jours après avoir été arraisonné par la marine française. Il mouillait vendredi près du port de Rizhao, dans le nord-est de la Chine, selon le site Marine Traffic.
Le pétrolier, sous sanctions européennes pour son appartenance à la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole, était aussi soupçonné d’arborer un faux pavillon, celui du Bénin, mais cette infraction n’a pas été retenue par le parquet.
– La justice française incompétente? –
Sur l’infraction reprochée à son client, Me Henri de Richemont entend demander au tribunal de Brest de se déclarer incompétent.
Les faits s’étant déroulés dans les eaux internationales, « le droit français n’a pas vocation à s’appliquer », a-t-il souligné. C’est la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, dite « de Montego Bay », qui s’applique dans ce cas de figure, selon l’avocat.
« Si on reproche au capitaine de ne pas s’arrêter, il faut appliquer l’article de la convention de Montego Bay qui prévoit deux compétences en cas d’infraction de navigation: soit le tribunal du pavillon, soit le tribunal de la résidence du marin incriminé », a-t-il développé.
Ce sont donc les tribunaux béninois ou chinois qui seraient compétents pour juger le commandant.
L’avocat cite un précédent intervenu en octobre 2025 en Finlande. Le tribunal de district d’Helsinki s’était déclaré incompétent pour décider du sort du capitaine et de deux officiers du pétrolier Eagle S, appartenant à la flotte fantôme russe mais immatriculé aux îles Cook.
Ces marins, géorgiens et indiens, étaient accusés d’avoir volontairement sectionné des câbles en mer Baltique fin 2024. Le tribunal a estimé qu’il ne pouvait pas les juger en se fondant sur la convention de Montego Bay. Le parquet finlandais a fait appel.
Interrogé par l’AFP, le procureur de Brest Stéphane Kellenberger a indiqué que cette question de compétence serait « débattue, certainement, à l’occasion de l’audience judiciaire ».
Un autre navire de la flotte fantôme russe, le Grinch, a été arraisonné le 22 janvier par la marine française, dans les eaux internationales entre l’Espagne et l’Afrique du Nord.
Immobilisé plusieurs semaines près du terminal pétrolier de Marseille-Fos (sud) dans le cadre d’une enquête pour « défaut de pavillon », le navire a pu reprendre la mer la semaine dernière, après le paiement d’une amende de plusieurs millions d’euros.




