Le détroit d’Ormuz miné, cauchemar pour les marines et le trafic commercial

Paris (France), 11 mars 2026 (AFP) – Le spectre d’un minage par l’Iran des eaux du Golfe et du détroit d’Ormuz, contre lequel mettent en garde les Etats-Unis, repose sur une stratégie déjà employée par Téhéran et qui mettrait sous pression les moyens de déminage des Occidentaux.

+ De quoi parle-t-on ?

Engagé dans une stratégie visant à infliger un maximum de dégats à l’économie mondiale avec ses frappes de drones et de missiles, l’Iran a quasiment paralysé la circulation dans le détroit. Depuis le début du conflit, seul un infime nombre de navires a pu franchir cette voie maritime stratégique. D’autres qui ont tenté la traversée ont parfois fini en flammes. Dix-sept navires ont été attaqués dans le Golfe, selon l’agence maritime britannique UKMTO.

Le minage des eaux de cet étroit bras de mer par où transite un cinquième des hydrocarbures produits dans le monde compliquerait durablement les exportations de gaz naturel liquéfié et de pétrole.

Une telle stratégie de verrouillage avait déjà été utilisée à grande échelle par Téhéran dans son conflit avec l’Irak dans les années 1980 lors de la « guerre des tankers », conduisant les Etats-Unis à escorter les navires par convois.

Lors de la guerre du Golfe en 1991, les forces irakiennes avaient mouillé 1.300 mines, endommageant gravement deux navires de l’US Navy, dont le croiseur USS Princeton mis hors de combat par une mine valant quelques dizaines de milliers de dollars.

Il avait ensuite « fallu plus de deux ans d’opérations intensives de lutte contre les mines (…) pour déclarer le nord du Golfe libre de mines », rappelle dans une note l’expert naval Scott Truver, qui a enseigné au Naval War College américain.

« La mine, c’est l’arme du pauvre. C’est à la portée de n’importe quel groupe terroriste et ça fait peser une menace essentielle sur le commerce maritime et sur la liberté d’action » des forces navales, explique à l’AFP un ancien haut gradé de la marine française spécialiste du sujet.

Inutile de couler tous les navires: « A la première coque qui saute, tout est bloqué », résume-t-il, soulignant avant « l’effet psychologique » dissuasif.

+ Quels sont les moyens iraniens ?

« On estime à 5.000-6.000 le stock potentiel iranien de mines navales, avec des mines dérivantes extrêmement difficiles à intercepter », explique Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Ces mines, qui flottent à la surface et dérivent au gré des courants ou peuvent être reliées par un câble à un bloc lesté, sont dotées d’une charge qui explose au contact de la coque.

« C’est la mine plus rustique, la moins chère et la principale menace dans le détroit d’Ormuz », selon l’ex-haut gradé français.

Les Iraniens disposent également selon lui de « mines de fond » adaptées aux eaux peu profondes du Golfe, qui explosent « par influence » en fonction de la signature acoustique, magnétique ou de la variation de pression de l’eau provoquée par le navire passant en surface.

Les Iraniens peuvent également utiliser des mines ventouses, une charge explosive que de petites embarcations rapides viennent apposer contre la coque d’un navire.

Selon la DIA, l’agence de renseignement militaire américaine, Téhéran dispose de toute une variété de navires capables de mouiller des mines mais privilégie les petites embarcations rapides.

« L’Iran a équipé de nombreuses petites vedettes Ashoora de rails de pose de mines », notait-elle dans un rapport de 2019.

Mais pour rester discret, le mouillage de mines peut s’effectuer par un simple chalutier ou un petit vraquier. « Le Golfe regorge de ces bateaux, vous les transformez et voilà », pointe l’ancien officier français.

+ Quels moyens pour déminer ?

Les Occidentaux ont des moyens, mais une telle opération serait longue et compliquée.

Les Etats-Unis ont retiré du service en janvier leurs quatre chasseurs de mines Avenger basés à Bahreïn. Ils sont en cours de remplacement par autant de navires de combat littoral (LCS), dotés de moyens de lutte contre les minages mais pas conçus pour être dédiés à cette mission.

« L’US Navy démantèle ses capacités déjà limitées de lutte contre les mines sans déployer de remplaçants éprouvés », se désole dans une noté publiée l’an passé le Centre pour la stratégie maritime américain, pour qui cela pourrait devenir le « talon d’Achille » de la marine américaine.

Les capacités des Européens sont « supérieures à celles de l’US Navy (…) mais de toute façon totalement insuffisantes pour faire face aujourd’hui à cette menace », estime Elie Tenenbaum.

Les Britanniques ont retiré en décembre le dernier des quatre chasseurs de mines qu’ils basaient dans le Golfe depuis 2003.

Les Français qui dépêchaient, eux, régulièrement deux chasseurs de mines dans la zone ne le font plus et ne disposent plus que de huit navires dédiés, contre 13 à l’origine.

Les Belges et les Néerlandais, considérés comme chefs de file dans la lutte contre les mines marines, ne disposent pas encore de leurs nouveaux moyens, des bateaux-mères déployant à distance de sécurité des drones pour identifier et neutraliser les mines navales.

Les pays du Golfe n’ont pour leur part que des plongeurs démineurs pour détruire les mines, selon l’ancien haut gradé français, mais « pour neutraliser, il faut d’abord trouver la mine ».

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