Le Léman et sa vie aquatique à l’épreuve du réchauffement climatique

Thonon-les-Bains (France), 12 mars 2025 (AFP) – L’avenir de l’omble chevalier, du féra et d’autres poissons emblématiques du Léman est menacé par le réchauffement du plus lac d’Europe occidentale, dont les eaux stagnent toujours plus et s’oxygènent de moins en moins.

« Petit à petit, la température du lac augmente », explique à l’AFP Nicole Gallina, secrétaire générale de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL), un organisme intergouvernemental franco-suisse qui l’étudie depuis plus de 60 ans.

Ce réchauffement accentue l’absence de brassage complet des eaux, entraînant un déficit d’oxygène dans les profondeurs du Léman.

Avec « moins d’oxygène dans l’eau, il y a de moins en moins d’espace viable pour les organismes vivants », s’inquiète Viet Tran-Khac, responsable de laboratoire à Thonon-les-Bains – côté français – à l’Institut national de recherche pour l’agriculture et l’environnement (Inrae), chargé d’analyser les échantillons collectés par la Cipel.

Habituellement, avec l’hiver, les eaux de surface se refroidissent, atteignant une densité comparable à celle des couches profondes, permettant le brassage. Un mélange essentiel au maintien des écosystèmes aquatiques car il facilite le transfert de l’oxygène.

Seuls les hivers particulièrement froids et venteux permettent un mélange vertical de grande ampleur des eaux, assurant une homogénéisation des nutriments, de l’oxygène et de la température de la surface jusqu’au fond.

Mais ce brassage complet se raréfie.

Les hivers toujours plus doux empêchent le refroidissement suffisant des eaux de surface : les températures minimales hivernales de surface (moyenne de 0-10 m) enregistrées cette année ont atteint 7,8°C: une augmentation de 1,5°C par rapport à 1991-2020, la période de référence.

– « Record historique » –

Selon les données publiées mercredi par la Cipel, cette année les eaux ne se sont mélangées que jusqu’à 110 mètres de profondeur, soit seulement un peu plus du tiers des 309 mètres que compte le lac.

C’est « un record historique », avec treize hivers consécutifs sans brassage complet, le dernier remontant à 2012, alerte Mme Gallina.

En 2012, « le taux d’oxygène dans les eaux profondes était à 7mg/l », détaille la biologiste. Il a chuté autour de 2mg/l, sous le seuil critique de 4mg/l nécessaire pour les organismes vivants.

Il existe néanmoins un « espoir » pour la réoxygénation des eaux profondes, selon Mme Gallina. L’an dernier, une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a révélé que le brassage complet de 2012 a également bénéficié de flux latéraux, un mécanisme jusqu’alors méconnu.

Mais c’est tout un écosystème qui commence à se changer, selon la Cipel.

Le manque d’oxygène impacte la croissance du phytoplancton, des microalgues à la base de la chaine alimentaire, que mange le zooplancton, qui sert lui-même de bol alimentaire des poissons.

– Microplastiques –

« Les salmonidés comme la féra ont besoin d’eau froide pour frayer. Avant, elles frayaient à 3-6 mètres d’eau de profondeur, maintenant plutôt à 20-25 mètres d’eau », commente Alexandre Fayet, président du syndicat intercantonal des pêcheurs professionnels du Léman.

« Pour l’instant, on ne s’inquiète pas trop » mais « on essaye de se diversifier et de commercialiser des poissons qui apprécient les eaux plus chaudes et peux oxygénées, comme la carpe, la tanche et la brème », dit-il à l’AFP.

Natacha Tofield-Pasche, cheffe de projet sur la plateforme scientifique LéXPLORE qui flotte depuis 2019 sur le Léman pour étudier 44 paramètres de l’eau du lac jusqu’à 110 m de profondeur, observe aussi que le réchauffement climatique entraine des « événements extrêmes » charrient « beaucoup de particules » qui polluent le lac, comme lors des importantes crues l’an dernier dans le canton suisse du Valais.

Ces phénomènes peuvent aussi paralyser les stations d’épuration, alors que le lac offre à boire à environ un million de personnes.

« La Cipel est très inquiète car elle observe que le Léman traverse une phase de transformation », marquée par de longues périodes sans brassage complet, auquel s’ajoute d’autres défis, tels que les pollutions invisibles à l’oeil nu, comme les micropolluants et les microplastiques, ou encore l’invasion de la moule quagga, souligne Mme Gallina.

Le risque de prolifération de cyanobactéries, qui peuvent être toxiques, augmente aussi avec les épisodes de forte chaleur.

Le manque de brassage favorise l’accumulation de nutriments, comme le phosphore, dans les eaux profondes. En cas de brassage complet exceptionnel, ce phosphore pourrait remonter en surface, provoquant des proliférations d’algues.

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