« C’est la perturbation la plus importante des chaînes d’approvisionnement que nous ayons connue depuis le Covid et le début de la guerre en Ukraine », a déclaré Corinne Fleischer, directrice de la chaîne d’approvisionnement du PAM, lors d’une conférence de presse à Genève.
L’agence onusienne indique que 70.000 tonnes de nourriture sont actuellement affectées par la situation, une partie étant chargée sur des navires, l’autre immobilisée dans des conteneurs « en transit ou bloqués dans des ports ».
Bien que le PAM ne fasse pas transiter directement ses cargaisons par le détroit d’Ormuz, l’organisation subit un « effet domino » lié aux perturbations dans cette zone stratégique.
« C’est toute la chaîne logistique mondiale qui est désorganisée », a expliqué Mme Fleischer, évoquant des navires immobilisés ou mal amarrés, des ports congestionnés et des conteneurs non déchargés.
Selon elle, ces perturbations pourraient durer plusieurs mois après une éventuelle stabilisation, comme ce fut le cas après la pandémie de Covid-19.
Le PAM fait aussi face à une augmentation significative des délais et des coûts de transport, notamment en raison de l’évitement du canal de Suez par la plupart des armateurs.
La route par le Cap de Bonne-Espérance peut rallonger les trajets de 25 à 30 jours et entraîner une hausse des coûts de 15 à 25%, selon Mme Fleischer.
Pour acheminer de la nourriture du Pakistan vers l’Afghanistan, le PAM a dû mettre en place un itinéraire terrestre complexe via le Moyen-Orient et l’Asie centrale à cause de la dispute Afghanistan-Pakistan et de la guerre en Iran, ce qui ajoute environ 1.000 euros et trois semaines de délai par tonne.
Et dans certains pays, les effets de la crise se font déjà sentir sur les coûts du transport local, comme au Liban (+45%) ou en Afghanistan (triplement des coûts), selon l’agence.
Dans ce contexte, l’agence s’inquiète déjà d’un impact direct sur les populations vulnérables.
« Ceux qui nous préoccupent ne sont pas ceux qui vont à la station-service, mais ceux qui consacrent déjà 50 à 70% de leurs revenus à la nourriture », a souligné Mme Fleischer.
Le PAM estime que 45 millions de personnes pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici juin, en plus des 318 millions déjà concernées, avec des perspectives sombres en matière de prix et de financement humanitaire.
« Nous sommes vraiment préoccupés par l’augmentation des besoins, la hausse des coûts et le risque de ne pas pouvoir atteindre les populations en raison de cette situation », a expliqué Mme Fleischer .




